Le domaine de l’Univers social au primaire: quand la nation cesse d’exister au profit de la société

Josiane Lavallée
Historienne et enseignante

Dans le débat sur la réforme du programme en histoire et éducation à la citoyenneté destiné aux élèves du secondaire, certains intervenants, dont le ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport Jean-Marc Fournier, ont invité le public à ne pas confondre les fonctions de «programmes» et de «manuels». Le 15 juin 2006, lors d’une conférence de presse, le directeur des programmes Gérard Guimond a prétendu aux journalistes présents que «dans le programme on a des lignes directrices pour les experts que sont les enseignants et dans les manuels on a toute la matière, c’est clair?». En fait, les fonctionnaires du ministère de l’Éducation ont tenté de faire croire à l’opinion publique que les manuels une fois rédigés allaient répondre aux attentes des Québécois en ce qui a trait à leur histoire. Selon le ministre Fournier et ses fonctionnaires, le programme ne refléterait pas tout à fait le contenu de formation que nous devrions retrouver dans les manuels d’histoire au secondaire.

Pourtant, lorsque nous analysons le programme et les manuels du domaine de l’Univers social qui comprend la géographie, l’histoire et l’éducation à la citoyenneté au primaire, nous sommes en mesure de constater que le contenu des manuels rejoint sans contredit les lignes directrices du programme et son orientation axée sur l’éducation à la citoyenneté et l’histoire des nations autochtones et de la diversité culturelle au Canada. Majoritairement, ce n’est plus l’histoire du Québec et de sa nation que nous enseignons depuis 2001 dans les écoles primaires du Québec, mais l’histoire du multiculturalisme au Canada et des «sociétés» autochtones.

Le domaine de l’Univers social enseigné par les enseignants du primaire au niveau d’une heure par semaine à partir de la troisième année accorde une très grande place à l’histoire des nations autochtones. Par exemple, en troisième année, l’enseignant devra au cours de l’année, c’est-à-dire pendant environ 38 heures, enseigner l’histoire de certaines «sociétés» autochtones vers 1500. L’enseignant débutera l’année avec la «société» iroquoienne à la même époque. Ensuite, il effectuera avec ses élèves une analyse comparative des différences entre la «société» iroquoienne et la «société» algonquienne vers 1500 en ce qui a trait au territoire occupé, au mode de vie, aux activités économiques, aux structures politiques, au rôle des femmes et des hommes, à l’habitat, à l’alimentation et à l’habillement. De plus, il devra accorder du temps d’enseignement à la «société» inca vers 1500 afin de montrer les différences entre les Incas et les Iroquois au niveau du territoire occupé, du nombre d’habitants, des chefs, de la structure sociale, de l’habitat, des sciences et techniques et des croyances. Finalement, à la fin de l’année, l’enseignant reviendra sur la «société» iroquoienne entre 1500 et 1745 pour analyser les changements survenus chez les Iroquois au cours de cette période de 245 ans en ce qui a trait au territoire occupé, aux éléments du mode de vie, à l’utilisation de produits européens, à la religion et aux maladies européennes. Curieusement, on ne traite pas de la société algonquienne vers 1745.

Une fois arrivé en quatrième année, l’élève pourra enfin s’initier à l’histoire de la Nouvelle-France pendant un peu plus de 35 heures. Tout d’abord, l’élève sera amené à découvrir ce que fut la «société française» en Nouvelle-France vers 1645 en jetant un regard sur la langue, la religion, les coutumes et traditions, la connaissance du territoire, les noms de lieux, les premières routes, les anciens postes de traite et les premiers établissements devenus des villes. Par la suite, l’élève sera appelé à distinguer les changements survenus entre la «société française» en Nouvelle-France vers 1645 et la «société canadienne» en Nouvelle-France vers 1745 au niveau du territoire occupé, du peuplement, de la démographie, du gouvernement, de l’agriculture, de l’industrie et du commerce. Une fois cette distinction faite entre les deux époques, l’enseignant pourra approfondir son enseignement sur la «société canadienne» en Nouvelle-France vers 1745 en s’attardant au mode de division des terres, à la connaissance du territoire, à l’importation d’animaux domestiques, aux productions artistiques, littéraires et scientifiques, aux jeux et au folklore. Enfin, l’enseignant terminera son année scolaire en comparant la «société canadienne» en Nouvelle-France vers 1745 avec les «sociétés anglo-américaines» des Treize colonies vers 1745 en s’intéressant aux caractéristiques du territoire occupé, au nombre d’habitants, au mode de gouvernement, aux langues, aux religions, aux activités économiques et à la force militaire.

En cinquième année, le programme se consacre dans un premier temps aux changements survenus dans la société canadienne entre 1745 et 1820, notamment en ce qui a trait au territoire occupé, au système parlementaire représentatif, à la présence anglophone, au commerce du bois et à la canalisation. Comme événements marquants de cette période, l’enseignant devra tenir compte dela Conquête, des guerres napoléoniennes et de l’Acte constitutionnel de 1791. Par la suite, l’élève pourra approfondir ses connaissances sur la «société canadienne» vers 1820 en s’intéressant au parlementarisme, à la construction des canaux, à l’industrie forestière, au développement des townships et à la présence anglophone avec l’arrivée des Britanniques et des Irlandais. Après quoi, l’élève sera amené à distinguer les changements marquants survenus entre 1820 et 1900 dans la «société canadienne» et la «société québécoise» en s’attardant au territoire occupé, à l’industrialisation, à l’urbanisation, à la colonisation, au développement ferroviaire, à la fédération canadienne, à la syndicalisation et à l’immigration. Une fois arrivé au XXe siècle, l’élève sera appelé à découvrir la «société québécoise» vers 1905 en s’intéressant à l’industrialisation, à l’urbanisation, à la syndicalisation, à l’électrification et à la colonisation. Pour conclure la cinquième année, l’enseignant devra consacrer du temps à la «société canadienne des Prairies et celle dela Côte Ouestvers 1900 dans le but de faire connaître aux élèves la composition et la répartition de la population, les caractéristiques du territoire, les activités économiques, les langues et les religions.

Pour boucler la boucle de l’Univers social au primaire, regardons pour conclure le segment de programme prévu pour la sixième année. Tout d’abord, l’enseignant consacrera le début de l’année à l’histoire de la «société québécoise» entre 1900 et 1980 en mettant l’accent sur des changements marquants survenus dans la société: comme le réseau de transports et de communication, l’hydroélectricité, la laïcisation, la scolarisation obligatoire, la démocratisation de l’éducation, la gratuité des soins de santé et les services sociaux. Comme événements marquants, l’enseignant devra retenirla Révolutiontranquille, l’exploitation des ressources hydroélectriques et les chartes des droits. Par la suite, l’enseignant invitera l’élève à découvrir la «société québécoise» vers 1980. Dans la seconde moitié de l’année scolaire, l’élève sera amené à comprendre ce que pouvait être une société non démocratique vers 1980. Le programme n’a toutefois pas défini laquelle des sociétés non démocratiques serait à l’étude. Néanmoins, la plupart des manuels ont retenu l’Afrique du sud où l’apartheid sévissait en 1980. Finalement, l’élève terminera l’année avec les Micmacs et les Inuits du Québec vers 1980.

Maintenant que nous avons bien circonscrit le contenu du programme du domaine de l’Univers social au primaire, posons notre regard sur deux séries de manuels reliées à ce programme. La première série de manuels s’intitule Voyages publiée en 2004 aux éditions CEC à Montréal et la seconde intitulée Sur la piste publiée en 2002 et 2003 chez ERPI à Montréal. Conformes au programme, ces manuels respectent la vision de l’histoire du Canada et du Québec que les fonctionnaires du ministère de l’Éducation ont décidé de promouvoir auprès des élèves québécois.

Dans les manuels Voyages, nous retrouvons dans chacun d’eux quatre sections distinctes qui s’intitulent escale 1, 2, 3, 4. Chaque escale comprend trois dossiers spécifiques. En troisième année, l’élève effectue vers 1500 ses trois premières escales chez les Iroquoiens, chez les Algonquiens et chez les Incas. Finalement, l’élève termine son voyage avec une dernière escale dans la société iroquoienne entre 1500 et 1745. Au cours de ces quatre escales, l’élève aura découvert le territoire des Iroquoiens, des Algonquiens et des Incas vers 1500, effectué la visite d’un village iroquoien avec sa maison longue, ainsi que la visite d’un wigwam algonquien. Il aura appris à mieux connaître la vie des Amérindiens au rythme des saisons. Après sa visite de l’Empire inca où il aura pu s’initier au savoir et aux technologies incas, il retournera voir le «nouveau territoire iroquoien et le «nouveau mode de vie» des Iroquois devenus depuis quelque temps «une population en péril».

Poursuivant son voyage, cette fois-ci en Nouvelle-France vers 1645, l’élève de quatrième année découvrira lors de sa première escale le nouveau territoire des Européens où une «jeune colonie se développe» et apprendra à «vivre en Nouvelle-France». Par la suite, voyageant en Nouvelle-France entre 1645 et 1745, il pourra observer lors de sa deuxième escale les changements survenus au niveau du territoire et voir la naissance d’une colonie royale avec le régime seigneurial, ses filles du roi et ses capitaines de milice. Enfin, il pourra partir «à la découverte du territoire» immense de l’Amérique à la recherche de fourrures. Une fois arrivé en 1745 dans la «société canadienne» en Nouvelle-France, il pourra parcourir la colonie et le territoire dela Nouvelle-France «du golfe du Saint-Laurent au golfe du Mexique», apprendre à «vivre en ville ou à la campagne» en tant que Canadien. Il terminera son périple avec une dernière escale dans les Treize colonies britanniques où il découvrira «des ressources abondantes» et «des colons dynamiques» devenus avec le temps des Américains.

Une fois arrivé en cinquième année, l’élève pourra continuer son voyage où il assistera lors de sa première escale au changement d’Empire avec la Conquête de 1760. Dans cette Nouvelle-France devenue colonie anglaise, il observera les difficultés des premiers gouverneurs à gouverner la Province of Quebec. Il fera la rencontre du gouverneur Carleton l’année de l’adoption de l’Acte de Québec. Avant de reprendre son voyage qui l’amènera à sa deuxième escale, il sera témoin de la guerre de l’Indépendance américaine, de l’arrivée des Loyalistes au Canada, des débuts de la démocratie en 1791 et des guerres napoléoniennes. Arrivé à sa deuxième escale, il découvrira la «société canadienne» vers 1820 où la «démocratie à l’anglaise» prévaut depuis trois décennies. Il pourra observer une société canadienne en plein bouleversement économique où la fourrure est remplacée par le commerce du bois pendant que «les rapides et les chutes» deviennent «un problème de taille» au Canada. Avant de repartir, il pourra assister à l’arrivée des immigrants britanniques et irlandais venus s’installer au «Canada, pays d’immigration». Lors de sa troisième escale, il pourra noter les changements survenus entre 1820 et 1900, notamment «la fin des deux Canadas» suite aux Rébellions de 1837-1838. Après un aperçu des «problèmes du Canada-Uni», il verra la naissance de la «Confédération» canadienne, «une solution prometteuse» pour les Canadiens. Enfin, avant d’entreprendre sa dernière escale, il assistera à l’industrialisation du Québec où «la dure réalité du travail» fera naître le syndicalisme et où «l’union fait la force». Sa dernière escale, quant à elle, sera ponctuée de trois arrêts. Pour commencer, il s’arrêtera au Québec vers 1900 où il pourra parcourir le territoire québécois et admirer «l’essor de la province de Québec, le réseau de transport et de communication, l’agriculture et l’élevage» et apercevoir la population à la ville et à la campagne. Après cette visite du Québec, il poursuivra sa route vers les Prairies pour découvrir les Plaines remplies de blé et de bœuf et sa population fière de sa diversité culturelle. Il terminera son voyage en visitant le territoire dela Côte Ouest en plein essor grâce à l’exploitation des richesses naturelles et du tout nouveau chemin de fer transcontinental.

Durant la dernière année de son voyage en Univers social au primaire, l’élève de sixième année pourra traverser le XXe siècle «en mouvement». Lors de sa première escale, il constatera un bouleversement dans les traditions au Québec avec des «innovations électrisantes» qui transformeront la société québécoise. «En route vers la modernité», il verra lors de cette escale la crise de 1929,la Deuxième Guerre mondiale, la prospérité d’après-guerre, les années Duplessis,la Révolution tranquille avec «la laïcisation de la société», «l’école obligatoire pour tous» et «les Grands chantiers de l’État» québécois. Il découvrira les nouvelles mesures sociales de l’État, ainsi que les transports, les communications et les droits et libertés des chartes canadienne et québécoise. À sa deuxième escale, il pourra suivre l’évolution du Québec vers 1980 en parcourant le territoire québécois et en s’intéressant aux «grands défis pour le Québec» en ce qui a trait à sa «modernité en héritage (l’État interventionniste)», à son «marché du travail (l’apport des femmes, des industries modernes)», à ses richesses naturelles, à ses «commerces plus nombreux (nouvelles zones industrielles)», à son agriculture et à sa vie démocratique. «À l’heure de la diversité», l’élève pourra mesurer «l’impact dela Révolution tranquille» sur l’Église catholique, sur les religions diverses, sur la famille et sur la société de consommation et constater que «le Québec affirme sa différence de tous les horizons» en accueillant «des nouveaux venus» et en ayant «une ouverture sur le monde».

Au début de la deuxième moitié de l’année scolaire, l’élève de sixième année poursuivra son voyage vers une société non démocratique vers 1980. Il s’arrêtera en Afrique du sud où il pourra se familiariser avec l’histoire sud-africaine et sa population vivant sur deux territoires. Il sera témoin de la vie quotidienne sous l’apartheid et du combat contre cette dictature. Une fois de retour de l’Afrique, il terminera son voyage avec une dernière escale chez les Micmacs et les Inuits du Québec vers 1980. Dans un premier temps, il pourra apprendre à connaître les Micmacs, ce «peuple de la mer» qui a survécu grâce à son identité micmac, à sa langue, à ses croyances religieuses et à ses activités économiques de tourisme et de pêche. Dans un deuxième temps, il ira dans le grand nord rencontrer la population inuit où la famille et la langue sont le «cœur de la culture», sans oublier leurs croyances religieuses et leurs activités économiques. Avant de repartir, l’élève de sixième année sera amené à comprendre «les défis du Nord au Sud» en matière de droits et d’autonomie des Premières Nations», de même qu’au niveau de leurs problèmes économiques et de leurs «cultures en danger».

En ce qui a trait aux manuels Sur la piste qui comportent respectivement quatre dossiers, nous retrouvons sensiblement le même contenu de formation que le programme, mais présenté différemment par rapport aux manuels Voyages. Par exemple, en troisième année, le manuel Sur la piste retient les quatre dossiers suivants: «1–Les Iroquoiens d’autrefois, Une société vers 1500; 2–Les premiers habitants de l’Amérique, Algonquiens, Iroquoiens et Incas vers 1500; 3–Portrait de la Nouvelle-France, Une société française vers 1645; 4–Cent ans d’histoire de la Nouvelle-France, D’une société française à une société canadienne de 1645 à 1745. Contrairement au manuel Voyages, les auteurs de Sur la piste ont décidé d’introduire l’histoire dela Nouvelle-France en troisième année. Au cours de l’année, l’élève sera amené au cours du premier dossier à s’intéresser à la vie des Iroquoiens durant les quatre saisons. Ensuite, au deuxième dossier, il apprendra à connaître les principales caractéristiques de la «société» algonquienne, de la «société» iroquoienne et de la «société» inca. Il pourra aussi découvrir leur vie au rythme de la nature et des saisons et connaître leurs grands chefs, leurs habitations, leur alimentation, leurs vêtements, leurs croyances, leurs fêtes et leurs échanges. Arrivé au troisième dossier, l’élève se familiarisera avec la «société française» vers 1645 avec les thèmes suivants: «Les débuts d’une aventure, Aventure en Nouvelle-France, Les colons s’installent, Avec les missionnaires, À Québec, À Trois-Rivières, La vie à Trois-Rivières, Une colonie française, Lacs et rivières et La naissance des villes». Curieusement, on ne fait pas mention de Montréal dans la table des matières. Finalement, au quatrième dossier, l’élève parcourra cent ans d’histoire dela Nouvelle-France. Au cours de ce siècle, il approfondira ses connaissances sur la «société française» en Nouvelle-France avec l’arrivée des nouveaux arrivants et de l’intendant. Il sera témoin des conflits et visitera les nouvelles industries dela Nouvelle-France devenue désormais une «société canadienne».

Une fois en quatrième année, l’enseignant utilisant Sur la piste enseignera à ses élèves ce qu’était une seigneurie près du fleuve dans la «société canadienne» en Nouvelle-France vers 1745. L’élève pourra visiter «La seigneurie de Longchamp» et rencontrer «Jean Déry, habitant de la seigneurie». Au cours de ce premier dossier, il fera le tour de la seigneurie où il visitera la ferme de Jean, le domaine du seigneur, les terrains de la commune et l’église. Au deuxième dossier, il fera la connaissance de personnages importants en Nouvelle-France dont Samuel de Champlain, Louis Hébert, Marie Rollet, Paul Chomedey de Maisonneuve, Jeanne-Mance, Monseigneur de Laval, Marguerite Bourgeoys, Pierre-Esprit de Radisson, René Robert Cavelier de LaSalle, Jean Talon, Louis de Buade de Frontenac, Kondiaronc et Gilles Hocquart. En ce qui a trait au troisième dossier, les auteurs de Sur la piste ont décidé d’inclure le point du programme consacré à la «société» iroquoienne entre 1500 et 1745 dans le manuel de quatrième année plutôt que dans celui de troisième année. Avec ce dossier, l’élève sera amené à distinguer les changements survenus dans la «société» iroquoienne au niveau du mode de vie, du territoire et de la population. Il verra que la «société» iroquoienne de 1745 est différente de celle de 1645. Enfin, au quatrième dossier, il découvrira la «mosaïque de colonies» que furent les Treizes colonies vers 1745. Après avoir visité le «Massachusetts: une colonie pleine d’avenir», il ira parcourir la «Pennsylvanie: une colonie accueillante» etla Caroline du Sud: une colonie de plantations».

En cinquième année, au cours des quatre dossiers de Sur la piste, l’élève pourra «vivre à la manière de 1905» dans la «société québécoise», «voyager dans le temps» au Canada entre 1745 et 1905, aller faire un tour dans les Prairies etla Côte Ouest vers 1905 et effectuer un rallye au Canada pour découvrir la diversité canadienne vers 1905. Au cours du premier dossier où il portera son regard sur la manière de vivre au Québec en 1905, il saisira les réalités politiques et culturelles de cette population, observera les activités économiques à la ville et à la campagne et découvrira les moyens de transport différents d’aujourd’hui. Par la suite, au deuxième dossier, il voyagera dans le temps où il pourra voir le territoire occupé par le Canada en 1745, 1820 et 1905. À travers ce voyage, il sera amené à mieux connaître «la population anglophone, le gouvernement, le commerce, le transport par voie d’eau, les villes, les industries et le transport terrestre» au Canada à cette époque, tout en se familiarisant avec la colonisation au Québec. Par ailleurs, au troisième dossier, il ira voir le territoire occupé par les Prairies etla Côte Ouest et rencontrer leur population respective. Durant ce voyage, il pourra s’initier à leurs activités économiques et à leurs moyens de transport et comprendre leurs réalités culturelles. Pour clore son année, l’enseignant invitera ses élèves à effectuer un rallye au Canada.

Au cours de sa dernière année du primaire en Univers social, l’élève ayant le manuel Sur la piste ira «vivre au Québec vers 1980», voyagera «au fil du temps» dans la société québécoise entre 1905 et 1980, effectuera des «carnets de voyage» sur la «société québécoise» et sur la «société sud-africaine» vers 1980 et fera une «excursion chez les Micmacs et les Inuits» du Québec vers 1980. Au premier dossier, il pourra observer la vie politique des Québécois vers 1980 et leur «culture ouverte sur le monde». Il les verra «Au travail!» et pourra apprécier leurs transports modernes et leur système de santé. Il apercevra aussi «des immigrants bien établis» au Québec. Ensuite, au deuxième dossier, il effectuera un voyage de 1905 à 1980 où il sera témoin dela Révolution tranquille avec «le développement des ressources hydroélectriques» et d’un «réseau de transport amélioré». «De l’Église à l’État», il assistera à la naissance d’un système d’«éducation accessible à tous» et à «la gratuité dans la santé et les services sociaux». En route, «vers l’égalité des hommes et des femmes», la «société québécoise» de la fin des années 1970 lui aura fait découvrir de multiples horizons. Par la suite, dans ses carnets de voyage sur la «société démocratique» du Québec et sur la société non démocratique de l’Afrique du Sud vers 1980, il sera amené à distinguer les deux régimes politiques. Pour clore ce dossier, il fera un bref survol de l’Afrique du Sud au XXIe siècle. Terminant son année scolaire par son excursion chez les Micmacs et les Inuits vers 1980, l’enseignant lui racontera une «brève histoire» des Micmacs et des Inuits du Québec et ce qu’ils sont devenus vers 1980.

En guise de conclusion, nous croyons avoir démontré au cours des dernières pages que le contenu des manuels de l’Univers social au primaire rejoint les orientations du programme du ministère de l’Éducation. Les deux séries de manuels que nous avons analysées pour les fins de ce texte respectent le contenu de formation du programme du domaine de l’Univers social au primaire, qui prescrit l’étude des sociétés iroquoienne, algonquienne, inca, française en Nouvelle-France, canadienne en Nouvelle-France, anglo-américaine, canadienne vers 1820, québécoise vers 1905 et 1980, canadienne des Prairies, canadienne dela Côte-Ouestet des Micmacs et des Inuits. Comme le programme le précise: «Les sociétés et territoires prescrits contribuent à donner à l’élève une vision d’ensemble du territoire canadien et de certains points de repère de l’histoire du Québec et du Canada». Par conséquent, nous sommes forcés de constater que ce programme renferme avant tout l’histoire du Canada d’Est en Ouest, assortie de l’histoire des diverses «sociétés» qui cohabitent à l’intérieur du territoire canadien à l’heure du multiculturalisme. À la lumière de ce programme, l’histoire des deux nations et des deux nationalismes au Canada en lutte pour leur indépendance respective n’aurait jamais existé. Finalement, en refusant de faire référence à la nation québécoise, les auteurs du programme insultent la mémoire du peuple québécois qui a bâti ce pays depuis 400 ans.