Chronique d’histoire militaire. Les histoires régimentaires

Yves Tremblay
historien
Ministère de la Défense nationale

Les histoires régimentaires – Un colloque

L’histoire régimentaire balance entre l’entretien d’un mythique esprit de corps et l’aspiration à l’objectivité de l’historien professionnel parfois chargé de sa rédaction. Les résultats, lorsqu’ils sont probants, cachent souvent les luttes épiques des auteurs pour échapper à la censure du commanditaire, l’association régimentaire le plus souvent. Ce dilemme fut l’objet des délibérations de la douzième rencontre annuelle des historiens militaires francophones en la Citadelle de Québec le 10 novembre 2006.

Les conférenciers, dont plusieurs étaient eux-mêmes historiens de régiment, n’ont pas manqué de décliner sous toutes les formes possibles les écueils du genre. L’un des plus critiques fut peut-être Serge Bernier, chef de la Direction Histoire et patrimoine au ministère de la Défense nationale: «on a le plus souvent affaire, avec d’heureuses exceptions, à une histoire très événementielle, qui ne pose guère de questions»[1].

Pourtant, malgré les défaillances, le genre prospère. Bernier recense au moins 450 histoires régimentaires canadiennes, admettant qu’il s’agit sans doute d’une sous-estimation. Certaines unités sont particulièrement choyées: ainsi, le bataillon francophone régulier, le Royal 22e Régiment, remporte la palme avec trente titres portant sur tout ou partie de son histoire, le Princess Patricia’s Canadian Light Infantry, le bataillon régulier de l’Ouest canadien, suivant avec vingt-huit[2]. Il est un peu surprenant de voir le bataillon d’une nation peu militaire aussi fortement représenté. Surprenant aussi est le fait que de nouvelles parutions et de nombreuses rééditions atteignent le marché chaque année.

La qualité et la valeur de ces textes sont pourtant inégales, rappelle Bernier. Alors, pourquoi le genre reste-t-il si populaire? Une réponse évidente est que les régiments, et parfois certaines personnes bien intentionnées sans lien avec l’unité, cherchent au pire à défendre l’honneur militaire de l’unité, au mieux à renforcer l’esprit de corps régimentaire. Dans ce contexte, l’esprit critique est chose secondaire, de sorte que l’utilité scientifique de cette production pour l’historien professionnel est questionnable. Et puisque les faits sont tournés à l’avantage du régiment, l’utilité qu’on pourrait y trouver un enseignement quelconque pour le jeune soldat est également douteuse, insiste Bernier, car les erreurs y sont souvent occultées. Comme on apprend plus des erreurs…

Il en résulte que peu de titres sont vraiment fiables. Lorsque c’est le cas, c’est l’œuvre d’historiens chevronnés qui savent résister aux interférences pernicieuses des régiments. Bernier donne en exemple Brereton Greenhous, mais on pourrait ajouter des auteurs respectés comme feu le colonel Nicholson ou plus récemment Donald Graves. En somme, aborder l’histoire d’une unité comme auteur ou comme lecteur est s’engager sur un parcours miné. Comme le dit Bernier, le passé est ici otage de la mémoire[3].

La plupart des conférenciers et la grande majorité de l’assistance s’accordaient sur le constat sévère de S. Bernier, sans toutefois vouer le genre à la disparition, car dans certaines circonstances, avec beaucoup de courage intellectuel, une bonne histoire régimentaire peut être produite.

Mentionnons aussi l’intervention courte mais bien sentie du journaliste et historien Pierre Vennat, qui a dénoncé l’état lamentable dans lequel beaucoup d’archives régimentaires se trouvent, car si les régiments tiennent en bonne condition les objets du musée régimentaire, ils n’ont ni l’intérêt ni les compétentes ni les installations physiques pour préserver leurs papiers, dont beaucoup ne sont pas classés et sont même dans un état de perdition avancé.

Prochains colloques

Le 60e Congrès annuel de l’Institut d’histoire de l’Amérique française se tiendra au Collège militaire de Kingston à la fin d’octobre 2007. Le thème retenu pour le congrès est «Nos combats». Combat a bien sûr ici un sens qui va au-delà de la «bataille». C’est évidemment une bonne occasion pour ceux qui pratiquent l’histoire militaire de fréquenter leurs collègues des autres spécialités. La Chaire Hector-Fabre, en collaboration avec le Département d’histoire du collège et la Direction Histoire et patrimoine du ministère de la Défense veut tenir à même le grand congrès de l’IHAF son colloque annuel (qui a habituellement lieu le ou autour du 11 novembre chaque année), histoire justement de favoriser les contacts. Le thème du colloque est le même que celui du congrès: «Nos combats». Les personnes intéressées par le colloque ou par le congrès peuvent contacter soit la Chaire Hector-Fabre (www.unites.uqam.ca/chf/) soit l’Institut d’histoire de l’Amérique française (www.cam.org/~ihaf/).

L’histoire régimentaire, l’histoire d’une «unité»?

Radley, Kenneth. We lead, others follow : First Canadian Division 1914-1918, St. Catherines (Ont.), Vanwell Publishing, 2006, 415 p., ill., cartes.

Revenons un instant sur l’histoire régimentaire. C’est en théorie l’histoire d’une «unité» telle que les militaires l’entendent aujourd’hui, c’est-à-dire l’histoire d’un bataillon d’infanterie ou d’un régiment de cavalerie, d’un régiment (ou d’une batterie) d’artillerie, d’un bataillon de service, d’une escadrille aérienne, d’un navire de guerre, etc. Mais est-il judicieux de circonscrire aussi étroitement le concept d’unité?

En effet, comme le rappelle Kenneth Radley, pour 1914-1918, il est contestable de restreindre la notion d’unité au seul groupe d’hommes formant un bataillon (page xii). Les histoires de peloton ou de compagnie, les sous-unités qui mènent le combat, ou celles des brigades, des divisons, des corps ou des armées, les «formations» en parler militaire, où se fait la planification, présentent aussi de l’intérêt (p. 20).

Or pour Radley les historiens militaires canadiens produisent peu hors les représentations régimentaires ou les récits biographiques. Il juge cela incompréhensible, de sorte que son histoire de la 1ère Division canadienne en 1914-1918 est là pour combler une lacune: c’est la première histoire divisionnaire canadienne. Pourquoi la 1ère Division? Cela va presque de soi: c’est la plus ancienne, celle qui a servi de modèle aux trois autres, qui d’ailleurs leur a fourni de nombreux cadres.

Cependant, ce serait là une «découverte» banale si elle ne s’accompagnait pas d’un certain nombre d’innovations conceptuelles. Et c’est en cela que le livre de Radley est marquant. Il ne s’agit pas d’un récit, mais d’une analyse de «comment l’on devient une bonne division». C’est le mot «comment» qui compte ici. Radley, un militaire de carrière qui donne ici un livre dérivé de sa thèse de doctorat en histoire, propose une grille d’analyse en trois temps: commandement et contrôle, travail d’état-major et entraînement. Si l’on traduit en parler civil, on dirait l’organisation et le fonctionnement du commandement, l’administration relative au maintien d’une unité en campagne et à la préparation des ordres en vue du combat, finalement, l’entraînement, qui ne doit pas être compris de manière trop restrictive, mais plutôt comme tout ce qui touche à l’entraînement physique, à l’instruction au combat, aux manœuvres et aux adaptations nécessaires qui résultent des expériences vécues. Les technologies auraient aussi pu être un item analytique, mais par souci de concision Radley ne les discute que dans la mesure cela est nécessaire.

Non sans affecter un certain mépris, Radley repousse l’approche «institutionnelle», l’histoire sociale d’une formation (p. 24), car cela ne peut permettre d’expliquer comment l’on bâtit une bonne division. Radley reconnaît pourtant qu’il laisse toute une «couche» d’explications peu explorée avec ce livre: celle des soldats ordinaires et des officiers subalternes, les deux classes de personnel qui souffrent le plus physiquement. C’est pourquoi il annonce un second volume sur la 1ère Division. Au-delà du préjugé contre l’histoire sociale si fréquent chez les historiens militaires canadiens-anglais et américains — les Britanniques semblent plus ouverts — on comprend que l’auteur se trouve mal d’ignorer largement ces deux classes de combattants.

À deux autres égards la méthode de Radley souffre de graves manques: sa prétention, fausse, que seuls des militaires expérimentés comme lui produisent de la bonne histoire militaire (p. xiii); et les préjugés anti-Canadien français entretenu par l’ignorance crasse que manifeste cet homme par ailleurs bien renseigné. Il attribue aux Canadiens français (p. 30-31), deux pour cent de l’effectif selon lui, la faible mémoire qu’auraient les Canadiens (anglais et français) de l’histoire de 1914-1918. C’est un peu gros, surtout quand l’auteur insinue qu’il n’y eut qu’un seul bataillon canadien-français en 1914-1918, le 22e évidemment (qui sert avec la 2e Division), alors qu’en réalité d’autres bataillons furent dissous pour donner des renforts et que la hiérarchie canadienne-anglaise prenait un plaisir malin mais réel à disperser les francophones dans les unités anglophones.

Au-delà des préjugés, on trouve ici un ouvrage original. À ma connaissance, à peu près aucun livre, ni au Canada ni ailleurs, n’étudie avec autant de précision la machine administrative des unités de combat. Bien des légendes seront détruites sur la nature de la guerre moderne et non des moindres: ce sont les officiers de rang intermédiaire qui réfléchissent, qui innovent, pas les généraux (les historiens du social s’en doute depuis longtemps!); la part d’improvisation est bien moindre qu’on pourrait le croire et les hécatombes ne s’expliquent pas aussi simplement qu’on le pense généralement; que le système visait à économiser les précieuses vies des fantassins, difficiles à remplacer, en substituant à l’attaque à découvert des machines et de nouvelles procédures.

Un ouvrage fascinant, même s’il est aride, prétentieux et pleins de préjugés. Espérons qu’il ouvre la voie à d’autres monographies sur l’entre-deux, entre bataillon et C. E. C., sur l’en deçà du haut commandement et de l’histoire des campagnes ou des batailles.

Autres nouveautés

Copp, Terry. Cinderalla’s army: the Canadians in northwest Europe, 1944-1945. Toronto, University of Toronto Press, 2006, xii-392 p., ill.

Avec cet ouvrage, Copp conclut son travail sur les grandes campagnes de la fin de la Deuxième Guerre mondiale, cette fois en Belgique, en Hollande et en Allemagne du Nord. Peut-être meilleur que son ouvrage précédent sur la campagne de Normandie[4], en tout cas un peu moins complaisant devant le lobby des Anciens Combattants.

Coulon, Jocelyn (dir.). Guide du maintien de la paix 2007, Montréal, Athéna éditions, 2006, 278 p.

Depuis 2003, Jocelyn Coulon publie un guide sur les opérations de paix chez Athéna éditions. L’édition de cette année se décompose en quatre parties: un dossier thématique dirigée par Coulon, une chronologie détaillée (du 6 juillet 2005 au 15 juillet 2006) préparée par Stéphane Tremblay, et deux parties sous la responsabilité de Charles Létourneau donnant des statistiques et des références Internet. Le dossier est le résultat d’un colloque tenu au printemps 2006 pendant lequel les invités se sont efforcés de redéfinir la nature des opérations de paix une cinquantaine d’années après les premières tentatives, alors que la nature des interventions, de plus en plus des guerres civiles où se multiplient les groupes armés, a changé considérablement. Des analystes et des acteurs connus ont participé au dossier: mentionnons William Durch et Trevor Findlay chez les analystes et les généraux Patrice Sartre (France) et Robin Gagnon (Canada), deux anciens commandants d’opération. Notons en particulier l’appel du général de brigade Sartre (p. 96-97) à la formation de force de police lourde (comme les gendarmeries française ou italienne), car les polices civiles habituelles sont insuffisamment armées et entraînées, et les forces armées sont devenues trop petites et auront toujours à limiter leur «agressivité», une qualité pour des troupes de combat mais qui peut être un facteur de détérioration des relations entre Casques bleus et population.

Cook, Tim. Clio’s warriors: Canadian historians and the writing of the world wars. Vancouver, UBC Press, 2006, ix-326 p., ill., (Studies in Canadian military history).

Excellent ouvrage historiographique, peut-être le meilleur sur l’histoire canadienne jamais produit avec les Mémoires de C. P. Stacey[5], même s’il laisse dans le vide l’historiographie en langue française. Certes, cette dernière est faible en volume comparée à la production du R. O. C., mais elle n’est pas inexistante. Il est vrai que la plupart des historiens militaires du Canada anglais ne lisent pas le français. Pourtant, ce vieux sage de Sunzi n’écrivait-il pas que «celui qui connaît son adversaire et se connaît lui-même peut livrer cent batailles sans aucun risque; celui qui ne connaît pas son adversaire mais se connaît soi-même a autant de chance de gagner que de perdre; celui qui ne connaît pas son adversaire et ne se connaît pas soi-même perdra toutes les batailles»[6]. Il ne faut rien laisser au hasard.

Delaney, Douglas E. The soldiers’ general: Bert Hoffmeister at war, Vancouver, UBC Press, 2006, xvi-299 p., ill., (Studies in Canadian Military History).

L’un de ces généraux moins connus qui n’avait pas encore attiré l’attention d’un biographe. Un cas intéressant : Hoffmeister est un officier issu de la milice, donc pas un officier de carrière, et aux dires de plusieurs il fut l’un des meilleurs généraux canadiens de 1939-1945. Bien fait.

De Vos, Luc, dir. «Le recrutement militaire à l’époque contemporaine (XIXe-XXe siècles), International Review of Military History/Revue internationale d’histoire militaire, no. 86, 2006, Bruxelles, Commission internationale d’histoire militaire, 263 p.

Cette revue a une parution irrégulière. Souvent on y trouve les actes d’un colloque thématique, comme c’est le cas ici. L’intérêt du numéro 86 est évident pour les Québécois: comparer les réalités de la conscription avec les systèmes européens. En Europe, le service militaire a très généralement été obligatoire pour la majeure partie de la période, sauf au Grande-Bretagne et en Irlande. Significativement, le seul pays non-Européen analysé est le Canada de la Première Guerre mondiale. Dans un article pondéré, peut-être avec les meilleurs chiffres disponibles, David Campbell fait des observations qui intéresseront les chercheurs du Québec, notamment une hypothèse sur la migration des jeunes hommes d’avant la guerre des Maritimes vers l’Ouest du pays, migration qui expliquerait en partie les mauvaises performances du recrutement volontaire au Québec et dans les Maritimes. On lira aussi avec intérêt l’article de John Peaty sur la conscription au Royaume-Uni en 1939-1945, où Peaty explique par exemple les difficultés de recrutement de l’Armée de terre britannique par une popularité de l’Aviation et de la Marine qui a beaucoup à voir avec le souvenir des hécatombes que l’infanterie de 1914-1918 a connues. C’était la même chose au Canada.

Durflinger, Serge. Fighting from home: the Second World War from Verdun, Quebec, Vancouver, UBC Press, 2006, xvi-279 p., ill., (Studies in Canadian military history).

Les historiens du Québec se reconnaîtront dans l’approche de Durflinger. On y constatera en particulier que les Verdunois, francophones et anglophones, n’ont pas nécessairement des comportements divergents face aux épreuves de la guerre, petites et moins petites. Cette bonne vieille catégorie galvaudée qu’est la classe sociale a encore un intérêt heuristique! Comme les autres premiers tirages chez UBC, hors de pris. Nous attendons la traduction.

Halliday, Hugh A. Valour reconsidered: inquiries into the Victoria Cross and other awards for extreme bravery, Toronto, Robin Brass Studio, 2006, x-245, ill.

Le danger d’une histoire complaisante guette ceux et celles qui ont une grande empathie pour leur sujet. Mais parfois, paraît un livre iconoclaste par lequel l’équilibre est rétabli. Hugh Halliday est l’un de ces auteurs. Vieux routier de l’histoire de l’aviation, Halliday s’est souvent frotté au problème des «héros», du moins ceux qui avaient fait l’objet d’une reconnaissance officielle. À force de fréquenter les archives, Halliday s’est rendu compte que les politiques de reconnaissance des actes de bravoure étaient loin d’être aussi imperméables aux interférences qu’on le supposait. Intrigué, Halliday a alors entrepris une enquête systématique sur l’octroi des plus hautes décorations dans les pays du Commonwealth. Il en résulte ce petit livre intelligent, qui non seulement expose que «les politiques» sont court-circuités par «la politique», mais que l’attribution des décorations a pris une pente dangereuse après le «rapatriement» du système au Canada entre 1967 et 1972, donc sous la gouverne de Pearson et Trudeau, une opération motivée par un nationalisme canadien grandissant selon Halliday.

La comparaison des dernières pages entre le système canadien et le système australien (rapatrié sur le modèle canadien en 1975) invite en effet à se questionner. Les systèmes canadien et australien ont conservé la structure ternaire du système britannique (les décorations s’appelant dans le système canadien Croix de la vaillance, Étoile du courage et Médaille de la bravoure). De l’instauration des systèmes nationaux respectifs jusqu’à la fin de 2005, le Canada a décerné 19 Croix, 398 Étoiles et 2 190 Médailles, alors que l’Australie a de son côté décerné respectivement 4, 60 et 307 décorations. Même en factorisant pour tenir compte des populations différentes, il semble que les Canadiens se considèrent cinq fois plus courageux que les Australiens, une proposition évidemment risible. (À noter qu’il s’agit maintenant de décorations gagnées surtout par des civils.) À cette généreuse perception de soi-même, les Canadiens ajoutent la tendance à multiplier les médailles de toute nature, au fédéral et dans les provinces, entraînant la plus grande confusion dans la valeur respective des décorations, à tel point qu’il faut se demander si certaines d’entre elles ne sont plus que des colifichets. Tout cela produit un système «balkanique» dans lequel la «valeur» de la valeur s’effondre.

On notera l’équilibre de la composition, car malgré l’absence quasi totale des femmes et des francophones, Halliday parvient à placer son argumentation avec une sensibilité rare sur un sujet qui ne peut être que controversé. Par exemple, lorsqu’il parle de balkanisation, il cite comme mauvais exemple la Colombie-Britannique et l’Alberta mais pas le Québec, tout aussi coupable à cet égard. Halliday a aussi l’intelligence de présenter le processus d’octroi de la Croix de Victoria en prenant pour exemple l’un des trois seuls Québécois à l’avoir obtenu, le capitaine Paul Triquet. Et le dernier cas développé à l’épilogue est celui du sergent d’armes de l’Assemblée nationale René Jalbert, pour son rôle lors de l’affaire Bernard Lortie en 1984.

Keshen, Jeffrey A. et Serge Marc Durflinger (dir.). War and society in post-Confederation Canada, Toronto, Nelson, 2007 [en fait 2006], xix-412 p.

Cette publication est destinée au marché des séminaires universitaires de 1er ou 2e cycles. Le recueil est divisé en douze modules de quatre ou cinq textes, chaque module était précédé d’une mise en contexte de deux pages serrées. Les textes d’époque et l’historiographie récente et moins récente sont mélangés. Les compilateurs ont choisi de retenir des textes au long ou de longs extraits, un choix judicieux, la réflexion pouvant difficilement s’alimenter de morceaux épars et disjoints.

Certaines décisions ne laissent pourtant pas d’être arbitraires. Peut-on admettre que l’on écarte tous les textes sur des sujets rabâchés (ma traduction libre de over-exposed, p. xi) comme l’internement des civils japonais et les ouvrières de l’industrie d’armement durant la Seconde Guerre mondiale ou les deux crises de la conscription, alors que, par exemple, la masculinité fait l’objet d’un module de quatre textes et que d’autres sujets rabâchés, Vimy et la construction de la nation canadienne en l’occurrence, sont discutés dans deux modules?

En ignorant les deux conscriptions, Keshen et Durflinger excluent d’office toute l’historiographie québécoise ancienne. Et ils font de même dans leur bilan historiographique (p. xii-xix) pour la recherche récente publiée en français, ce qui est plus surprenant pour des auteurs qui ont une bonne connaissance de l’histoire québécoise. Ils ne signalent pas non plus le renouveau de l’histoire militaire francophone accompli depuis le début des années 1990 (que les lecteurs de cette revue ont pu suivre), alors qu’ils se félicitent des progrès accomplis au Canada anglais par une new military history aux contours restreints à une histoire culturelle assez exclusive. Si l’on en croit les notes (p. xviii), la «nouvelle» historiographie militaire québécoise s’arrête à Jean-Yves Gravel. Pis, si j’ai bien compté, seuls deux textes sont originellement parus en français (en traduction ici), l’un de Gabriel Dumont sur la deuxième rébellion des Métis, l’autre de Claude Beauregard sur la médiatisation de la crise d’Oka. L’excellent texte de Desmond Morton sur les Canadiens français et la campagne de 1885 adoucit les angles dans le premier module, mais dans les autres modules, rien de la sorte. Pourtant, on aurait pu utiliser des extraits de l’étude de Pariseau et Bernier sur le bilinguisme dans les Forces canadiennes, par exemple leur chapitre sur la Deuxième Guerre mondiale, ou encore celle de Béatrice Richard sur Dieppe, un autre de ces sujets escamotés (Dieppe n’apparaît même pas à l’index!). Il y a une grosse marche entre rétablir l’équilibre pour éviter un excès de radotage et l’oblitération complète de plusieurs objets.

Pour ces raisons, le recueil me semble un échec. Il est inutilisable dans une université québécoise et je me demande pourquoi une université vraiment canadienne voudrait le mettre au programme.

Legault, Roch et Magali Deleuze (dir.). Lendemains de guerre, Montréal, [Lux], 2006, 236 p.

Voici les actes d’un colloque tenu en 2004 au Collège militaire royal de Kingston qui avait pour objet de contraindre les historiens, et surtout les historiens militaires, à réfléchir sur les après conflits ou les sorties de conflits. Le recueil est assez réussi en ce que les auteurs arrivent à couvrir des moments et des objets très différents: le traitement historiographique, les décisions diplomatiques consécutives au verdict du champ de bataille, l’effet sur l’outil militaire, le retour au pays à travers l’histoire orale ou dans la littérature, ou même les fausses fins avant la fin, comme la peur exagérée de nucléarisation dans le cas du Vietnam. Le manque d’unité est le défaut classique des actes de colloque; ici, la dispersion est une qualité, car la juxtaposition d’expériences éloignées les unes des autres nourrit la thématique. On ne saurait être trop gré aux organisateurs du colloque du choix d’une thématique productive.

La plupart des auteurs s’acquittent bien de leurs tâches (quelques noms connus: John Dickinson, Béatrice Richard, Greg Donaghy, Bernd Horn et Howard Coombs). On notera cependant les péchés véniels suivants: le nom de la maison d’édition n’apparaît nulle part; on n’a inscrit ni sur la couverture ni sur la page titre que Legault et Deleuze dirigeaient la publication; les droits d’auteur sont mal attribués; et, plus surprenant, un article annoncé dans l’introduction (p. 12) ne se trouve pas dans le recueil. On pardonnera.

Massé, Jean-Claude. Malcolm Fraser: de soldat écossais à seigneur canadien, 1733-1815, Québec, Les Éditions du Septentrion, 2006, 360 p.

Voilà un livre qu’on n’attendait pas. L’auteur, mathématicien de profession, enseigne à l’Université Laval. Il a bien compris la méthode et l’objet de l’histoire. C’est une biographie contextualisée d’un officier de l’un des redoutables régiments écossais envoyés en Amérique pour chasser le Français. Elle fourmille de détails peu connus. Après la fin des hostilités, Fraser et ses héritiers ont reçu plusieurs seigneuries en aval de Québec. Les campagnes de 1759-1760, comme la fortune seigneuriale des Fraser font l’objet du livre. Du bien bel ouvrage, illustré avec à propos, sous une couverture éclatante.

Mayne, Richard O. Betrayed: scandal, politics, and Canadian naval leadership, UBC Press, 2006, 296 p.

Un livre iconoclaste sur les tiraillements au sein de l’état-major de la Marine canadienne durant la Seconde Guerre mondiale. Ou comment les hauts gradés, ceux de l’état-major à Ottawa en particulier, peuvent être des intrigants manœuvrant les politiciens (jusqu’au premier ministre) et combattant leurs concurrents au sein de la Marine pour défendre leur vision de l’avenir de cette arme, la plus négligée par Ottawa. De sorte que Mayne revient sur certains des épisodes les moins glorieux de la guerre. Richard Mayne, un officier de réserve, est historien au ministère de la Défense nationale.

Morin-Pelletier, Mélanie. Briser les ailes de l’ange: les infirmières canadiennes (1914-1918), Montréal, Athéna éditions, 2006, 189 p.

Il s’agit d’un mémoire de maîtrise adapté pour l’édition. Des Mémoires publiés (six) et non publiés (sept) constituent l’échantillon de base, remis en contexte grâce à une étude de dossiers (400 sur 2500) du personnel infirmier conservés à Bibliothèque et Archives Canada, supportées par d’autres sources d’archives (parfois en ligne sur Internet) et, bien sûr, par la littérature secondaire.

L’approche est ancrée dans l’histoire culturelle maintenant à la mode. Au chapitre premier, l’auteure expose la constitution de la profession d’infirmières depuis les exploits de Florence Nightingale en Crimée, c’est-à-dire la transformation des «filles d’hôpital» du milieu du XIXe siècle en véritables professionnelles des soins au tournant du XXe siècle. L’étude de la nature du travail infirmier en 1914-1918 suit au chapitre II, avec un regard posé sur tous les fronts excentriques au chapitre III. (Dans ce chapitre, noter un passage sur l’hôpital anglo-russe de Petrograd, qui doit beaucoup à un récit détaillé laissé par Dorothy Cotton, l’infirmière canadienne ayant le plus longtemps servi là-bas). Tout cela pour en arriver aux représentations de l’infirmière dans le quatrième et dernier chapitre. Voilà les intentions de l’auteure.

Cependant, Mélanie Morin-Pelletier ne livre pas la marchandise, surtout dans le dernier chapitre: plusieurs pages portent en fait sur des problèmes administratifs (tensions avec la hiérarchie ou les infirmières britanniques, problème de l’ennui et des divertissements) qui auraient dû être discutés dans les chapitres précédents, alors que la question des représentations — l’infirmière comme mère des soldats blessés, le regard des infirmières sur l’ennemi, sur la guerre en général et sur elles-mêmes comme professionnelles émancipées — est analysée en vingt-cinq pages, peut-être les moins intéressantes et sûrement les moins convaincantes. Ainsi, on y note à au moins deux reprises la pratique du golf par des infirmières, toutes bonnes anglaises qu’elles sont[7].

La constitution du corpus de base fut laborieuse et la limitation aux récits autobiographiques questionnables, d’autant plus que l’effort sériel n’a pas porté grands fruits, de sorte que la représentativité paraît contestable. Ainsi, des treize infirmières ayant laissé des textes biographiques substantiels, une seule est une francophone originaire du Québec. Mais si Catherine de Bellefeuille est mentionnée plusieurs fois par Morin-Pelletier, cette Québécoise a été formée en Alberta.

On aurait pu faire mieux, d’autant qu’il y a une omission difficile à comprendre: nulle part Blanche Olive Lavallée (1891-1969) n’est mentionnée. Or si Blanche Lavallée ne semble pas avoir laissé d’autobiographie au sens strict, sa vie est bien connue[8]. C’est la figure la plus connue des infirmières militaires canadiennes. C’était une belle femme à l’air mystérieux, ce qui explique que R. G. Mathews l’ait choisie comme sujet du pastel[9] qu’on utilise généralement pour illustrer les récits du travail infirmier féminin.

Blanche Lavallée a joint les rangs en mars 1915 et a été rapatriée pour épuisement en décembre 1917. Elle a épousé une personnalité, le brigadier-général G. A. H. Trudeau, qu’elle a connu en France alors que celui-ci était jeune aviateur dans le Royal Flying Corps. Ce qui est intéressant dans son histoire, c’est qu’elle a conservé les lettres que sa mère lui a écrites pendant et juste après la guerre. On y apprend entre autres choses que Blanche remet une grosse partie de sa solde à sa famille (mère, père et deux frères plus jeunes), ce qui permet à la famille de bien vivre malgré les difficultés financières du père (lettres du 13 août et du 26 octobre 1915). D’autres entrées ont plus d’intérêt encore. Le 2 décembre 1915, madame Lavallée écrit à Blanche ce qui suit à propos du Dr Kingston, un médecin connu de Blanche, en soulignant un passage: un «homme si courageux d’apparence était tout à fait désillusionné» par ce qu’il voyait dans les hôpitaux militaires. Madame Lavallée a obtenu cette information via une religieuse. En effet, cette bonne mère a gardé des contacts avec les pieuses sœurs de l’Hôtel-Dieu (madame Lavallée y sera d’ailleurs ensevelie) qui ont formé sa fille, et elle la tient informé de leurs connaissances communes. On comprend aussi que mère et fille s’arrangent pour se tenir vraiment au courant de leurs sentiments les plus profonds, en débit de la censure militaire à laquelle sont soumises les lettres de sa fille. De sorte que le 14 décembre 1915, la mère peut expliquer à la fille que «j’ai lue [sic] entre les lignes de ta lettre pour la première fois je crois j’ai lue [sic] aussi visiblement que tu avais le bleu»[10].

Ces quelques exemples permettent de concevoir tout l’intérêt que les lettres reçues par Blanche constituent pour une histoire de la représentation des infirmières, non plus du point de vue de celles-ci, sur lequel s’attarde Mélanie Morin-Pelletier, mais du point de vue d’une famille désargentée de Montréal. Après tout, ce qui devrait d’abord nous intéresser, c’est la manière dont sont perçues les infirmières dans leur milieu ou dans les milieux étrangers. Cela aurait peut-être eu pour effet d’enrichir la section sur les «anges de liberté» (chapitre III) de notations plus pertinentes que les banalités qu’on y trouve, comme celles sur la malpropreté des Français. Venant d’infirmières canadiennes anglaises, on est en droit de considérer cette remarque avec suspicion.

On peut aussi reprocher à l’auteure une revue de l’historiographie tendancieuse à propos des histoires officielles et de l’histoire écrite par les hommes, alors que les meilleurs textes sur la nature du travail infirmier en 14-18 ont été écrits par quatre hommes, les quatre étant de surcroît historiens officiels. Sans leurs travaux, madame Pelletier aurait eu bien du mal à décrire le travail infirmier[11]. Il en va de même de l’affirmation péremptoire, non démontrée et fausse selon laquelle les infirmières de 1914-1918 travaillaient «aux abords du champ de bataille» (p. 13), une affirmation d’ailleurs infirmée par le reste du livre, car l’on y constate que les infirmières militaires travaillaient en milieu hospitalier, fréquemment en bordure de villes aussi inhospitalières que Londres, Paris ou Petrograd. Quant aux trente-neuf décédées, souvent du fait de bombardements à longue distance, cela représente un taux de mortalité de 0,14 %. Si madame Morin-Pelletier avait rapproché ce taux de celui des hommes enrôlés (environ 617 000 hommes), on aurait compris leur vraie signification: 9,83 % (60 622 morts), un taux soixante-dix fois supérieur à celui des femmes. L’idéologie fausse les perspectives et, à cet égard, le féminisme peut être aussi pernicieux que toute autre croyance qu’on n’arrive pas à objectiver.

L’écriture souffre du même mal. Un exemple suffira: l’utilisation de l’adjectif «genré» ou «genrée».

Malgré tout, ce livre est la meilleure référence en français sur les infirmières militaires canadiennes de la Grande Guerre. En attendant mieux.

Rawling, Bill. Une façon de faire la guerre: la prise de Cambrai, octobre 1918, Montréal, Athéna éditions, 2006, 234 p., ill.

C’est le premier livre écrit directement en français de cet auteur prolifique dans l’autre langue officielle. La bataille de Cambrai de l’automne 1918 est l’une des grandes victoires sur un front Ouest où il y en eut si peu, une victoire intéressante parce qu’elle permet d’exposer une manière de faire la guerre particulière à quelques grandes formations des armées alliées, dont le Corps expéditionnaire canadien. C’est un ouvrage technique qui ne plaira pas à tous; mais Rawling est mondialement reconnu pour son expertise, et puisqu’il faut lire des ouvrages du genre pour comprendre ce que fut le front, autant lire celui-ci. C’est aussi un bon exemple de l’évolution de l’histoire-bataille depuis les années 1970, qui a changé radicalement et pour le mieux: contexte longuement décrit (la dernière campagne de la guerre, la seule victorieuse des Alliés sur terre avec celles contre les Turcs et les Bulgares), attention aux détails qu’on négligeait auparavant (par exemple, les blessés), démolition de certains mythes (comme celui de l’insensibilité du haut commandement aux pertes, voir la page 188 et la conclusion) et tant d’autres changements positifs qui font que le genre se renouvelle enfin.

Tremblay, Yves. Volontaires: des Québécois en guerre (1939-1945), Montréal, Athéna éditions, 2006, 144 p., ill.

Une étude analytique de l’expérience de soldats volontaires québécois, pour la plupart du Régiment de Maisonneuve, des motivations qui les portèrent à s’enrôler aux traces laissées dans la mémoire individuelle et collective cinquante ans après.

Vance, Jonathan. Mourir en héros: mémoire et mythe de la Première Guerre mondiale, traduction  de Pierre R. Desrosiers, Montréal, Athéna éditions, 2006, 318 p., ill.

Décidément, 2006 est une année faste. Vance étudie la mémoire de la Première Guerre mondiale au Canada anglais[12]. L’objet du livre et la démarche seront plus simplement compris en citant l’auteur (p. 11): «Ce livre a pour sujet le souvenir. Il raconte comment s’est construite une version mythique des événements de 1914-1918 à partir d’un assemblage complexe de faits réels, de désirs pris pour des réalités, de demi-vérités et de pures inventions, et comment s’est exprimée cette version dans des romans et des pièces de théâtres, dans le bronze et dans la pierre, dans des réunions et des commémorations, dans des chansons et dans la publicité». Excellent.

Ward, Matthew C. The battle for Quebec, 1759, Stroud (Gloucestershire), Tempus, 2005, 286 p.

Bien fait, sans renouveler le sujet. Pour le non-spécialiste.



[1]. Serge Bernier, «Les histoires régimentaires au Canada: tentative d’un état des lieux et de leur pertinence», communication présentée au colloque «Les histoires régimentaires: quels apports à l’histoire militaire?», Citadelle de Québec, 10 novembre 2006, 14 p. Je remercie Serge Bernier de m’avoir remis le texte de sa conférence. Bernier est l’auteur d’une histoire du 22e Régiment.

[2]. S. Bernier, op. cit., p. 1.

[3]. Ibid., p. 11. Bernier emploie une autre tournure à la p. 3: «la mémoire a pris le pas sur l’histoire».

[4]. Fields of fire: the Canadians in Normandy, Toronto, University of Toronto Press, 2003, xv-344 p.

[5]. A date with history: memoirs of a Canadian historian, Ottawa, Deneau, 1983, 293 p.

[6]. Trad. du chinois par Tang Jialong et Véronique Riffaud, Paris, Rivages, 2004, p. 47.

[7]. Cela tend à montrer que les infirmières de 1914-1918 sont des femmes exceptionnelles d’un autre point de vue: c’est qu’elles viennent de milieux favorisés. Ceci est un écueil majeur de l’histoire des représentations et de l’histoire culturelle en général: pour étudier les représentations, il faut du matériel sur les attitudes mentales, le plus souvent des lettres, des journaux intimes ou des Mémoires, mais ces matériaux viennent majoritairement, au moins jusqu’au début du XXe siècle, de personnes plutôt bien éduquées, nullement représentatives de la majorité. On n’arrive donc au paradoxe d’une historiographie qui se veut progressiste, mais qui limite son champ d’investigation à des favorisé(e)s.

[8]. Voir Liliane Grantham, «Blanche Olive Lavallée, infirmière militaire pendant la Première Guerre mondiale», Revue canadienne de défense, vol. 16, no. 2 (automne 1986), p. 46-49. Cet article ne figure pas dans la bibliographie de madame Morin-Pelletier. Madame Gratham travaillait pour le ministère de la Défense au moment où elle a réalisé la recherche menant à cet article.

[9]. Ce pastel figure en page de garde de l’histoire des femmes dans les Forces canadiennes commanditée par le ministère en 2000, un livre se trouvant en bibliographie de Morin-Pelletier. L’original est conservé au Musée canadien de la Guerre à Ottawa.

[10]. Même genre de notation dans une lettre à Blanche du 31 décembre 1915. Toutes les lettres citées ici viennent du fonds Liliane-Grantham, série I, carton 1 «Blanche Olive Lavallée», fonds 96/5 conservé par le ministère de la Défense nationale, Direction Histoire et patrimoine.

[11]. Il s’agit d’Andrew Macphail, de G. W. L. Nicholson, de Bill Rawling et de Michel Litalien. Barbara Dundas, sous contrat du ministère de la Défense, a quant à elle produite une synthèse sur l’histoire des femmes dans les Forces canadiennes où les infirmières sont les principales héroïnes.

[12]. À ce sujet, il faut se reporter à la note de l’éditeur en tête du livre. On y lit que si le Québec a la portion congrue, c’est que les Québécois n’ont pas la même mémoire de 14-18 que les Canadiens anglais. Quelques historiens québécois y travaillent, comme Mourad Djebabla-Brun.