Chronique sur l’histoire de l’Amérique latine : ouvrages récents

José Del Pozo
Département d’histoire
Université du Québec à Montréal

Menéndez, Mario, Cuba, Haïti et l’interventionnisme américain. Un poids, deux mesures, Paris, CNRS Éditions, 2005, 178 p.

Ce livre étudie la politique états-unienne à l’égard de ces deux états dela Caraïbe, depuis le début du XIXe siècle jusqu’à nos jours. L’auteur souligne le traitement différencié dont ils ont été l’objet: alors que Cuba était un territoire convoité bien avant qu’elle n’accède à l’indépendance, Haïti n’attirait nullement l’intérêt de la grande puissance nord-américaine tout au long du XIXe siècle. Pour Menéndez, cette attitude s’explique par la composante noire de la nation haïtienne, qui motivait une politique plutôt hostile de la part de Washington: comme preuve, les États-Unis n’ont reconnu l’indépendance (acquise en 1804) de ce pays qu’en 1861! Cette politique différenciée s’applique aussi dans la politique d’immigration américaine: alors que les Cubains fuyant la révolution furent accueillis les bras ouverts, les immigrants haïtiens ont été refoulés systématiquement et sont souvent traités comme des délinquants.

Gott, Richard, Hugo Chávez and the Bolivarian Revolution, London-New York, Verso, 2005, 315 p.

L’auteur est un journaliste britannique possédant une longue expérience de la vie politique contemporaine de l’Amérique latine. Mettant à profit sa relation personnelle avec le président vénézuélien, il nous livre une analyse globale de ce qu’a été le cheminement de ce dernier, depuis le temps où il était un jeune cadet dans l’armée, jusqu’à sa prise du pouvoir. On y apprend entre autres qu’il avait développé ses idéaux nationalistes et avait organisé un mouvement chez les militaires bien avant sa tentative de coup d’état manqué de 1992, tissant des liens avec des politiciens issus de l’ancienne guérilla des années 1960, qui ne parvinrent cependant pas à contrôler son mouvement. D’autres chapitres du livre sont consacrés à expliquer les différents aspects de son œuvre une fois au pouvoir, incluant non seulement la nationalisation du pétrole, mais aussi des aspects moins connus, tels sa politique à l’égard des indigènes et ses plans pour développer l’agriculture. Les deux tentatives de l’opposition pour le renverser, en 2002 et 2004, sont aussi analysées. Les vastes connaissances que l’auteur a du pays lui permettent d’étoffer ses explications avec des références historiques, faisant de ce livre beaucoup plus qu’un reportage sur ce personnage qui fait l’actualité dans toute la région latino-américaine depuis plusieurs années.

Gott, Richard, Cuba. A New History, New Haven et Londres, Yale University Press, 2004, 384 p.

Gott a aussi une bonne connaissance de Cuba, grâce à plusieurs visites de l’île durant les années 1960. Après cela, il avait gardé des contacts soutenus avec des intellectuels cubains et connaît bien la production historiographique des spécialistes de Cuba aux États-Unis, ce qui lui a permis d’écrire cette étude. Le livre couvre toute l’histoire de l’île depuis 1511, mais comme il fallait s’y attendre, la moitié est consacrée à l’époque à partir du commencement de la révolution, en 1959. Pour le lecteur, les pages les plus intéressantes sont celles qui analysent l’isolement progressif de Cuba alors qu’elle commence à perdre l’appui de l’Union Soviétique, dès le début des années 1980. Dans ce chapitre, l’auteur analyse l’exécution d’Arnaldo Ochoa, la «période spéciale» de l’économie (dont la situation fut désastreuse entre 1991 et 1994), l’exode de 1994 vers les États-Unis, la visite du Pape et l’émergence de groupes d’opposition. S’il émet certaines critiques à l’égard du régime, sa vision d’ensemble est plutôt positive. Écrivant en 2004, il affirmait espérer peu de changements à Cuba dans les années à venir, même si Castro disparaissait. Il croit que le régime est assez solide dans les mains de Raul Castro et de politiciens plus jeunes, qu’il qualifie de «équipe plus que compétente» et pense que, de toutes manières, cela fait quelque temps que Fidel n’est plus aussi présent que par le passé. L’auteur croit aussi que Cuba a déjà changé, passant du mot d’ordre «le socialisme ou la mort» à celui de «un autre monde est possible»…