Recension : Yves Tremblay, Volontaires. Des Québécois en guerre (1939-1945), Montréal, Athéna Éditions, 2006, 141 p.

Mourad Djebabla
Doctorant en histoire
Université du Québec à Montréal

Avec son étude intitulée Volontaires, l’historien Yves Tremblay contribue à donner la parole à des Québécois qui s’enrôlèrent comme volontaires dans l’armée canadienne pour contribuer à la Deuxième Guerre mondiale de 1939-1945. Il exploite pour cela les résultats d’une enquête menée en 1995 par la Direction Histoire et patrimoine du ministère dela Défense à Ottawa auprès notamment d’anciens combattants québécois dela Seconde Guerre mondiale. L’intérêt de cet ouvrage est que l’historien ne se contente pas de compiler des témoignages ou de rendre simplement compte des souvenirs de guerre des dix-neuf anciens combattants qui composent son échantillon (le Régiment de Maisonneuve y est particulièrement représenté), mais il les exploite, les confronte, et les croise les uns avec les autres par le biais d’une grille d’analyse pertinente permettant de mettre en lumière et d’interpréter les éléments rapportés par chacun des témoignages. L’historien veille ainsi systématiquement à remettre dans leur contexte et à aborder de manière critique chaque souvenir.

Volontaires s’attache ainsi à comprendre à travers ses différents chapitres les motivations, l’expérience du feu et les séquelles de la guerre sur les témoins qui à l’époque étaient pour la plupart de jeunes hommes. Les questions de l’entraînement, de la vie au front, de la peur, du rapport à l’ennemi, ou de la mort sont mises en lumière par l’historien via les témoignages des anciens combattants, offrant dès lors l’opportunité d’aborder sous un angle humain ou à hauteur d’homme l’histoire dela Seconde Guerre mondiale.

Le principal but de cette étude est d’aller à l’encontre de la mémoire collective québécoise qui tend à oublier la place de Québécois dans la guerre de 1939-1945. Pour ce faire, l’historien Yves Tremblay propose un travail historique dont la source est la mémoire des acteurs de l’Histoire: les Québécois qui participèrent à la Seconde Guerremondiale. À propos de ce problème du rapport entre histoire et mémoire, les deux derniers chapitres de l’ouvrage sont particulièrement intéressants pour à rendre compte de ce sentiment des anciens combattants interrogés, d’avoir été oubliés par une société québécoise qui préférait définir son expérience de la Deuxième Guerremondiale par l’opposition à la conscription. Volontaires apparaît donc comme un outil supplémentaire à ce travail des historiens québécois qui, depuis un peu plus d’une décennie, tend à rendre compte de la place des Québécois dans les conflits contemporains. Par son étude, l’historien Yves Tremblay nous invite à sortir de l’ombre et à (re)découvrir ces Québécois qui combattirent en Europe en 1939-1945.