Chronique d’histoire militaire. Histoire de thèses

Yves Tremblay
historien
Ministère de la Défense

Les étudiants chercheurs en histoire militaire et le choix d’un sujet de recherche

Dans ces chroniques, jusqu’à maintenant, je tentais de montrer l’intérêt grandissant (je l’espère) pour l’histoire militaire par le biais de notes critiques, de courtes recensions et parfois avec quelques nouvelles concernant des colloques récents ou à venir. Ce sont évidemment des mesures imparfaites. À vrai dire, ce ne sont pas des mesures.

Serge Bernier, qui connaît mieux que quiconque l’histoire difficile par laquelle est passé le métier, a suggéré de mesurer les progrès réalisés depuis une dizaine d’années en procédant à un relevé des mémoires et thèses canadiennes inscrites auprès de la Société historique du Canada. Grâce au travail d’une étudiante[1], une liste a pu être établie. En ventilant les thèses par année d’inscription et par domaines d’expertise, on obtient les résultats paraissant au tableau qui suit.

Aux fins de comprendre comment les étudiants en histoire se représentent les guerres, tous les sujets portant sur les temps de guerre sont inclus dans le relevé. En fait, on le verra, il est impossible de faire autrement, l’histoire «militaire» ne recouvrant pas la même acception pour tous ceux qui la pratiquent (ce qui me paraît très sain).

Thèses canadiennes en histoire militaire par aire d’études, année d’inscription et langue de rédaction[2]

Champs d’études 1998A – F 1999A – F 2000A – F 2001A – F 2002A – F 2003A – F 2004A – F 2005A – F TotauxA – F Grand total
Nouvelle-France 0–0 0–1 0–1 1–1 1–3 4
Régime anglais 1–0 3–1 2–0 1–0 2–1 1–1 10–3 13
Canada 1914-1919 1–0 0–2 4–2 5–1 2–0 0–3 5–0 17–9 26
Canada 1919-1946 4–3 11–4 8–0 7–1 2–2 6–2 8–2 4–1 50–15 65
Autres Canada 1867-1946 3–0 1–1 2–1 2–0 2–0 2–0 1–0 1–0 14–2 16
Canada post-1946 2–1 1– 1 8–2 3–1 4–0 5–1 3–0 1–1 27–7 34
Grand total Canada 11–4 16–10 22–5 19–3 11–3 15–8 19–4 6–2 119–39 158
Europe pré-1914 1–1 1–1 0–1 2–0 3–0 7–3 10
Europe 1914-1919 2–0 1–0 3–0 3
Europe 1919-1945 1–0 1–1 2–0 3–0 3–1 1–0 10–2 13
CE post-1945, OTAN incl. 0–1 1–0 1–1 2
USA, toutes périodes 1–0 1–0 1–0 1–0 4–0 4
Reste du monde 1–1 0–1 1–0 1–0 3–2 5
Total non-canadiennes 2–2 3–3 5–1 2–0 4–0 5–2 5–0 3–0 29–8 37
Sujet indéterminé 1–0 1–0 1
Grand total 13–6 20–13 27–6 21–3 15–3 20–10 24–4 9–2 149–47 196
19 33 33 24 18 30 28 11 196

Source: SHC, données extraites par Angel Groulx-Croteau, 28 février et 5 mars 2007, compilation de Yves Tremblay, 2, 5 et 6 mars 2007.

Ce n’est évidement qu’une fraction des propositions de thèses. Traitons donc le tout comme un sondage, dont les faits saillants sont:

  • Le nombre total de thèses enregistrées entre 1998 et 2005 étant de 2 477, la proportion de thèses en tout ou en partie en histoire militaire, tous les sujets, toutes les approches, est de presque 8 % (196/2477). Ce n’est pas négligeable.
  • Thèses complétées: 57A + 18F = 75 (38 %); abandonnées: 10A + 4F = 14 (7 %); en cours: 82A + 25F = 107. La proportion d’abandons est en réalité plus élevée, car la SHC n’arrive pas à suivre les abandons en s’en tenant aux déclarations.
  • Sexe des thésards: 132H (68 %) + 61F (32 %) + 3 au sexe indéterminable sur la base du prénom. La sur-représentation masculine n’est pas aussi grande qu’on pourrait le croire.
  • Proportion de mémoires et thèses en français, sur la base des titres: 47 sur 196 ou 24 %, une grande sous-représentation[3]. Toujours en se fiant aux prénoms et noms de famille, six francophones rédigent des thèses en anglais pour toute la période. Ce n’est donc pas (encore) un phénomène inquiétant. Aucun anglophone n’écrit en français sur l’histoire militaire. Pas d’inquiétude à avoir de ce côté-là non plus.
  • Thèses à caractère opérationnel (planification stratégique et opérationnelle, renseignement opérationnel, doctrine, entraînement et combats), sujets canadiens et non-canadiens: 20A + 3F = 23 ou 12 %, avec six femmes dont deux francophones à la maîtrise, les deux ayant malheureusement abandonnées.
  • Études sur l’institution militaire (histoire des politiques de défense, recrutement, histoire sociale d’unité, administration militaire, discipline et justice militaire, acquisition de matériel, démobilisation): 46A + 6F = 52, dont onze femmes. Six des 52 thèses portent sur les conscriptions, mais aucun Québécois n’y travaille!
  • Soit un total de 75 (23 + 52) thèses «militarisantes» sur 196 qui peuvent être rattachées à l’histoire militaire ou 38 %. Il y a ici une différence significative selon qu’on rédige en français (9/47, soit 19 %) ou en anglais (66/149 ou 44 %).
  • Périodes étudiées: si l’on tient compte de l’effectif des populations en jeu, la ventilation paraît assez conséquente. La faible fréquentation de la Nouvelle-France étonne quand même, seulement trois francophones s’intéressant à l’histoire militaire de la période la plus mouvementée pour leur nation. Et même si les périodes des deux guerres mondiales arrivent de loin en tête, on remarquera à nouveau que les thèses et mémoires portant sur ces époques n’abordent que très peu les combats. Il y a aussi que la masse des archives peu explorées, quelques kilomètres pour 14-18 et 39-45, se reflète dans la catégorisation par période. En ce sens, les étudiants sont personnellement bien avisés ou bien dirigés par leurs directeurs de recherche ou les deux.
  • Les fluctuations annuelles peuvent être très fortes et m’apparaissent difficiles à expliquer. Mais la période couverte par le relevé est sans doute trop courte pour tirer des conclusions. Et l’année 2005 est sûrement incomplète.
  • Thèses sur la masculinité = 3A + 0F (deux hommes, une femme); thèses sur les femmes = 11A + 2F (dont un seul homme, un anglophone). Parmi ces dernières, trop portent sur les infirmières militaires, pas assez sur les autres catégories de métiers militaires que pratiquent les femmes en uniforme. La relative popularité de l’histoire des genres[4] appliquée à l’histoire militaire ne surprendra pas, ni le fait que cette approche soit pratiquée presque exclusivement par des femmes.
  • Thèses sur les aborigènes: 4A + 1F (4 hommes, 1 femme). Deux thèses portent sur des femmes aborigènes (comptées ici et dans le fait saillant précédent).
  • La guerre civile espagnole est anormalement représentée: 3A + 2F, soit presque autant que les USA toutes périodes confondues! Fort étrange. (Y a-t-il plus de thèses sur les États-Unis en sciences po.?) En général, les étudiants canadiens ne s’intéressent pas à l’histoire des conflits hors leurs frontières si ces conflits n’impliquent pas des Canadiens. Les obstacles matériels étaient par le passé une explication, mais la disponibilité de plus en plus grande de sources en ligne devraient amener des changements dans la prochaine décennie (c’est un souhait).

Une minorité de thésards s’occupe donc des militaires, de leurs institutions et des combats ou ce qui y conduit directement, comme le recrutement et l’entraînement. Les thésards, et les femmes plus que les hommes, choisissent de traiter les conflits sans toucher aux faits de guerre, même de loin: pour donner quelques exemples, en s’intéressant au logement en temps de guerre, à la censure de la presse, à l’internement des ressortissants de pays ennemis, à l’histoire socio-économique d’une localité ou en abordant les monuments aux morts. C’est beaucoup plus vrai des francophones que des anglophones: seulement neuf francophones s’intéressant à des sujets opérationnels ou institutionnels, dont deux ou peut-être trois femmes (quel est le sexe de Dominique?). De même, l’histoire des représentations ou l’histoire de la mémoire sont des approches privilégiées par 41 thésards, dont 22 sont anglophones et 19 francophones.

C’est dire que tant par le choix de traiter des guerres, sans parler des opérations que par celui d’une approche nouvelle, l’histoire militaire telle qu’elle se pratique de nos jours est une histoire des temps de guerre, qui d’ailleurs s’étire souvent après les guerres proprement dites, dont les nombreuses études sur la mémoire sont l’exemple typique. Le phénomène est plus accentué chez les francophones que chez les anglophones, mais dans les deux communautés on s’écarte résolument de ce qui pourrait ressembler même de loin à l’histoire bataille. Cela correspond bien à une tendance lourde dans l’historiographie en général, alors que les objets et les approches éclatent dans toutes les directions, marginalisant les objets trop usés et les approches traditionnelles, de sorte que des 23 thèses à caractère opérationnel comptabilisées, peut-être deux, par deux étudiants anglophones, traitent d’une bataille. L’histoire bataille est en conséquence inexistante à l’université.

Il n’y a pas de doute que c’est là le résultat des approches privilégiées par les chercheurs patentés. Les professeurs, majoritairement formés aux nouvelles approches ou ayant suivi les modes historiographiques, entraînent les étudiants dans leurs sillages, avec la complicité des donneurs de subventions, les jurys étant contrôlés par les profs.

En ce qui concerne le Québec, c’est une tendance lourde qui laisse insatisfait, puisque la pratique de l’histoire sociale ou de l’histoire culturelle ne devraient conduire à aucune exclusion a priori, comme l’ont montré à leurs façons Paul Fussell ou John Keegan, et bien d’autres depuis, en posant un regard neuf sur les combattants ou le champ de bataille. Et il ne faudrait pas oublier non plus que Georges Duby a écrit une histoire de la journée de Bouvines inspirée des canons de l’histoire sociale. Après tout, l’histoire militaire ne serait pas militaire sans traiter des affaires militaires, y compris les combats que les militaires mènent parfois.

Nouvelles parutions sur la Guerre de Sept ans

Boulanger, René. La bataille de la mémoire: essai sur l’invasion de la Nouvelle-France en 1759, Québec, Éditions du Québécois, 2007, 160 p.

Le titre et le sous-titre vendent la mèche: petit livre hargneux d’un auteur utilisant plus les événements que pratiquant l’histoire. Préfacé par Pierre Falardeau.

Brumwell, Stephen. Paths of glory: the life and death of general James Wolfe, Montréal et Kingston, McGill-Queen’s University Press, 2006, xxv-406 p.

Une xième biographie du général Wolfe, très bonne celle-ci comme bien d’autres. On peut rêver que Montcalm ou Lévis déclenchent un zèle biographique aussi magnifique de la part des chercheurs francophones. (Les notices des premiers volumes du DBC sont bonnes, mais elles commencent à dater et il y en tant d’autres choses à dire.)

Castex, Jean-Claude. Dictionnaire des batailles terrestres franco-anglaises de la guerre de Sept Ans, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2006, 624 p.

Gros ouvrage pour les vrais amateurs, mais qui pourra plaire à ceux que ravit la lecture de notices au hasard de rencontres onomastiques.

À propos d’art

Brandon, Laura. Art of memorial? The forgotten history of Canada’s war art, Calgary, University of Calgary Press, 2006, xxii-168 p.

Conservatrice de l’art pictural au Musée canadien de la guerre, madame Brandon est connue dans les milieux intéressés par les programmes officiels d’art militaire (peinture et sculpture, mais le premier surtout). Son livre est tiré d’une thèse de doctorat en histoire soutenue à l’Université Carleton d’Ottawa. Histoire, car c’est vraiment l’histoire des collections d’art officiel depuis les premières expositions des années 1920 jusqu’au début des années 1990. C’est une histoire inséparable des programmes de commandites du ministère de la Défense, dont on connaît l’importance pour les artistes canadiens, les membres du Groupe des Sept par exemple. La thèse s’inscrivait évidemment dans une démarche contemporaine, celle de la construction sociale de la mémoire, et cette démarche est encore très accentuée dans le livre. Le tout s’accompagne d’illustrations comme il se doit dans un volume sur l’art, dont il faut déplorer qu’une moitié seulement soit en couleur.

Durand, Nicole. De l’horreur à l’art dans les tranchées de la Première Guerre mondiale, Paris, Éditions du Seuil, 2006 160 p.

On sait la fascination qu’avaient des écrivains d’horizons aussi divers que Barbusse, Céline, Cendrars, Dorgelès, Drieu La Rochelle, Genevoix, Graves, Jünger, Morand, Paulhan, Remarque ou Romains pour l’«art» des tranchées (cendriers, porte-plume, lampes, etc.). Nul n’était plus obsédé en cette matière qu’Apollinaire, qui fabriquait ou faisait fabriquer des bagues en aluminium pour ses financées, leurs familles ou ses amis. Et les écrivains n’étaient pas les seuls à partager cette fascination. Pourquoi? La vie de soldats est faite de longs temps morts dépourvus de sens et le travail des mains est certainement un bon exutoire. Manière aussi de transmuer la laideur environnante en une sorte de beauté tangible, même si elle n’est pas du goût de tous. «Culturisation» de la barbarie? Pré-ergothérapie afin de s’auto-réhabiliter avant même la fin du traumatisme? Difficile à dire. Tout cela peut-être.

L’art des tranchées regroupe autant des pièces d’artisanat loufoques réalisées par des amateurs que de véritables chefs d’œuvre produits par des artistes accomplis mobilisés en 14-18. L’album en donne un échantillonnage où les belles pièces sont en nombre disproportionné. Les objets utilitaires ou décoratifs sont réalisés avec des matériaux récupérés, souvent des métaux provenant de munitions explosées.

Le phénomène a évidemment une signification sociologique ou culturelle qui dépasse l’ingéniosité des artisans, ne serait-ce que parce qu’il transcende les lignes de front, les nationalités, les métiers militaires (même si les mécaniciens d’entretien possédaient l’énorme avantage d’avoir l’outillage à portée de la main). À noter que plusieurs des pièces présentées proviennent de collections québécoises.

Autres nouveautés

Castonguay, Bernard et Renée Giard. Prisonniers de guerre au Japon (1941-1945), s. l., 2005, 213 p., ill.

La plus grande partie du livre reproduit le journal tenu par Bernard Castonguay pendant la longue et difficile période où il fut prisonnier des Japonais après la catastrophique défense de Hong Kong en décembre 1941. Deux bataillons canadiens y ont été entièrement détruits, dont le Royal Rifles of Canada, un bataillon d’infanterie de Québec comptant un bon tiers de francophones, et dans lequel l’auteur était engagé volontaire[5]. Après quatre années de détention, du fait de la malnutrition et des mauvaises conditions d’hygiène, Castonguay est revenu presque aveugle.

Cette édition posthume (Castonguay est décédé en 2000) comprend, outre le journal, des lettres, des extraits de conversation et un récit de la jeunesse du protagoniste (travail saisonnier dans le nord de l’Ontario, etc.) qui n’est pas sans intérêt. Cependant, le passage de la parole entre le témoin et l’éditrice, qui fait des additions généralement judicieuses, n’est pas toujours signalé avec la clarté qu’il aurait fallu. Le livre est agrémenté de nombreuses photographies et fac-similés de documents, tous reproduits clairement.

Clearwater, John. «Just dummies»: cruise missile testing in Canada, Calgary, University of Calgary Press, 2006, xvii-283 p.

On se rappelle cette crise du début des années 1980 qui avait embarrassé le dernier gouvernement Trudeau. Dans cette histoire «immédiate» bien informée (avec force recours à la Loi sur l’accès à l’information), Clearwater explique que les Canadiens ont été dupés par les Américains. Les développements sont prévisibles et le ton est parfois surprenant dans un livre publié par des presses universitaires. Lecture recommandée pour les amateurs de thèses machiavéliques.

Douglas, W. A. B. et al. Parmi les puissances navales. Histoire officielle de la Marine royale canadienne pendant la Deuxième Guerre mondiale, 1939-1943, volume 2, partie 2, St. Catherines (Ont.), Vanwell Publishing, 2007, xvii-680 p., ill., cartes.

Cette seconde partie (la première est parue en 2002) complète l’histoire des opérations navales durant la Deuxième Guerre mondiale. C’est le récit (parfait anti-thèses celui-ci) le plus détaillé sur le sujet. Il comprend quelques renseignements nouveaux sur des volets moins connus, comme les opérations navales canadiennes sur les côtes européennes, le travail d’état-major et les relations avec les gouvernements alliés. Belles cartes du regretté Bill Constable. La version française comporte malheureusement de nombreuses coquilles d’édition.

Granatstein, J. L. Whose war is it? How Canada can survive in the post-9/11 world, Toronto, HarperCollins, 2007, 256 p.

En vieillissant (je devrais m’excuser d’employer ce genre de formulation, mais l’irritation me gagne), Jack Granatstein s’éloigne de plus en plus des vues modérées et bien documentées qu’on pouvait lire dans Broken promises (Toronto, Oxford University Press, 1977). Ce nouvel essai comprend un chapitre sur le Québec pacifiste, qui représenterait un danger pour le succès de la lutte contre les terroristes post 9/11, ou toute autre urgence nationale pouvant requérir l’emploi de militaires. Cela rappelle évidemment certaines pages de Who killed the Canadian military? (Toronto, HarperFlamingo, 2004). Granatstein répète sa thèse à toutes les occasions, récemment à propos du 90e anniversaire de la bataille de Vimy, dans le magazine Légion de mai-juin 2007. On est dans les gros tirages.

Je ne suis pas sûr que les Québécois soient beaucoup plus pacifistes que les Canadiens ou que beaucoup d’Européens. Si l’Armée canadienne est ignorée ou méprisée par les Québécois, et la conscription par conséquent, cela a des causes anciennes que l’historien Granatstein connaît bien. Je suis cependant sûr que les subtilités de l’histoire des conscriptions échapperont de plus en plus à ses nombreux et fidèles lecteurs.

Lamarre, Jean et Magali Deleuze (dir.). L’envers de la médaille: guerres, témoignages et représentations. Actes du 12e Colloque d’histoire militaire, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2007, viii-159 p.

Ce colloque tenu en mars 2006 réunissait des chercheurs francophones (dont le très connu Dominique Wolton, invité d’honneur du colloque) travaillant sur le Canada, la France, le Maghreb, l’Allemagne, l’Argentine et le Brésil. Les représentations dans la presse aux XIXe et XXe siècles forment la plus grande partie du corpus analysé.

Legault, Roch (dir.). Le leadership militaire canadien-français: continuité, efficacité et loyauté, Toronto, Dundurn Press, 2007, 366 p. Aussi paru en anglais.

Il s’agit de l’aboutissement d’un projet d’études historiques sur le haut commandement canadien. En effet, deux gros volumes ont été publiés en 2001 et 2002 par des historiens anglophones sur des chefs militaires canadiens-anglais pour la plupart. Ce volet francophone regroupe onze études inédites, toutes sur des francophones. Le titre un peu rébarbatif ne reflète heureusement pas le contenu, car les collaborateurs, tous historiens reconnus (Serge Bernier, René Chartrand, Christian Dessureault, Roch Legault, John MacFarlane, Desmond Morton, etc.), livrent des articles bien groupés autour de la thématique du commandement, de l’époque de la Nouvelle-France aux opérations de paix des années 1990 en passant par le Bas-Canada et les débuts de la période confédérative. Les biographies y sont évidemment à l’honneur, de militaires mais aussi de politiciens, comme le ministre Adolphe Caron. Trois des onze articles sont cependant des études sur des groupes (tacticiens du XVIIIe siècle, officiers de la milice du Bas-Canada et marins francophones du XXe siècle) dans la bonne tradition de l’histoire sociale québécoise.

Mantle, Craig Leslie (dir.). The unwilling and the reluctant: theoretical perspectives on disobedience in the military, Kingston, Canadian Defence Academy Press, 2006, vii-257 p.

La discipline dans les armées est d’actualité, car l’obéissance servile est révolue. Et malgré que presque toutes les armées du monde soient dorénavant composées de volontaires, malgré que depuis à peu près un siècle les châtiments corporels aient disparus, les problèmes de comportement demeurent. La manière de donner des ordres a dû changer. L’évaluation des risques pour la personne fait maintenant partie de la réalité du commandement dans les armées européennes et nord-américaines. L’actualité fournit nombre d’exemples de carrières tardives d’objecteurs de conscience qui avaient été le temps d’avant d’agressifs volontaires. Les forces armées d’Occident ont des difficultés considérables à gérer cette portion d’humanité rétive qui accepte encore de porter l’uniforme[6].

Il s’agit à nouveau d’un volume mal titré, car les essais réunis sont plutôt à saveur historique, l’appel à la psychologie ou à l’anthropologie étant plus rare. Dans les études de cas sont surtout travaillés des sujets canadiens et britanniques, mais quelquefois plus exotiques, comme lorsqu’on se sert de l’exemple d’une révolte de marins afro-brésiliens. Et même si le cas des mutineries navales canadiennes est discuté, les auteurs, tous anglophones, évitent soigneusement le cas où de mauvaises relations entre francophones et anglophones canadiens ont conduit à des actes de désobéissance.

Zuehlke, Mark. For honour’s sake: the war of 1812 and the brokering of an uneasy peace. Toronto, Alfred A. Knopf Canada, 2006, xiii-443 p.

Zuehlke est un historien «privé» de Colombie-Britannique qui réécrit toute l’histoire militaire canadienne dans de grosses monographies visant le grand public, un peu dans la veine de feu Pierre Berton, mais peut-être avec plus d’investissement personnel dans la recherche en dépôts d’archives. Bien fait comme ses livres précédents sur la guerre d’Espagne, sur la campagne d’Italie, sur le Jour J, etc.



[1]. Madame Angel Groulx-Croteau, étudiante à l’Univesité d’Ottawa, que je remercie vivement.

[2]. A = mémoire ou thèse rédigé en anglais; F = en français. Thèses abandonnées et en cours incluses. Certains ont présenté un sujet de maîtrise et un autre pour le doctorat. Ils comptent pour deux ici. Le classement est fait avec le titre seulement. La précision n’est pas absolue, mais les tendances sont très probablement les bonnes.

[3]. Afin de comparer l’histoire militaire avec l’histoire en général aux points de vue du sexe et de la langue, disons qu’en 2004, l’année «complète» disponible la plus récente, 251 sujets ont été déposés (dont les 28 militaires du tableau ci-haut), avec les profils suivants: par des hommes 125 (51 %); par des femmes 120 (49 %); sexe indéterminable sur la base du seul prénom 6; titres soumis en français 85 ou 34 %. La sous-déclaration des sujets est-elle plus grande dans les universités anglophones? Il semble que oui.

[4]. À ce sujet, voir les observations que Janet G. Valentine fait du livre de Christina S. Jarvis (The male body at war: American masculinity during World War II, DeKalb, University of Northern Illinois Press, 2004, xiii-243 p., compte rendu paru dans Annales d’histoire canadiennes, XLI, hiver 2006, p. 597-598. Valentine a deux reproches: malgré que ce livre discute des mutilations physiques et psychologiques (intrusion médicale, répression de l’homosexualité, etc.), les combats sont évacués, alors que ce sont eux qui sont souvent en cause; et la propension à accorder trop d’importance aux sources secondaires par rapport aux sources primaires, ce qui fait que l’on se fie trop aux représentations construites post-facto, plusieurs décennies après les événements, alors que les sources primaires sont accessibles, abondantes et très explicites pour un sujet comme celui-là. C’est dommage quand l’on sait qu’une pionnière de ce genre de travaux, Joanna Bourke, ne se gêne pas pour investir toutes les dimensions de la question.

[5]. On dispose d’un autre bon journal où est raconté à peu près la même expérience, celle de Georges Verreault (Journal d’un prisonnier de guerre au Japon, 1ère éd., Québec, Les éditions du Septentrion, 1993, 315 p.), qui est d’ailleurs signalé par madame Giard. Il est curieux que les journaux de prisonniers soient facilement disponibles alors que les journaux de combattants québécois ne sont presque jamais édités. Les combattants sont pourtant bien plus nombreux que les prisonniers.

[6]. Voir l’article fort éclairant de Brian Mockenhaupt, «The army we have», The Atlantic Monthly, vol. 299, 5, juin 2007, p. 86-99.