Le feld-maréchal Erich von Manstein ou le virtuose de la stratégie au service du diable. Un allié ou une victime de l’entreprise hitlérienne d’agression et de destruction en Europe? [1]

Benoît Lemay
Étudiant post-doctoral en histoire, Paris IV-Sorbonne

Le feld-maréchal allemand Erich von Manstein a été sans doute le plus grand génie opérationnel, voire le plus grand stratège de la Seconde Guerre mondiale. C’est l’avis non seulement de nombreux historiens militaires de renom, mais aussi de la plupart des généraux de la Wehrmacht et de l’Armée rouge[2]. Hitler lui-même dira de Manstein qu’il est tout simplement «le meilleur cerveau que l’état-major ait produit»[3]. Comme officier d’état-major, Manstein a été notamment le concepteur du plan «coup de faucille» de la campagne de France. Mais ce sont surtout ses commandements sur le front russe qui lui ont donné l’occasion de se révéler comme un virtuose de la guerre de mouvement.

Cette étude sur Manstein ne se limite pas seulement au grand stratège et tacticien; elle fait ressortir que cet officier est l’un des meilleurs représentants de la caste militaire germano-prussienne et nous aide à comprendre les rouages de l’alliance étroite entre la Wehrmacht et le régime national-socialiste, collaboration qui a permis à Hitler de dominer d’abord l’Allemagne, puis l’Europe. Elle permet aussi de montrer la faillite d’une élite militaire qui, après avoir longtemps dominé la Prusse et l’Allemagne, a renié les préceptes éthiques qui faisaient sa force et lui valaient le respect presque superstitieux de la société dont elle était issue. Après la guerre, on voudra présenter Manstein, qui avait refusé de comploter contre son Führer, comme une caution morale pour ces millions d’Allemands qui n’avaient «fait que leur devoir». Sans doute d’origine en partie slave, sinon juive comme 150 000 soldats de la Wehrmacht[4], ce stratège de Hitler, partisan de la guerre d’agression afin d’assurer à l’Allemagne sa domination sur l’ensemble du continent européen, représente dans toutes ses contradictions un repère privilégié pour comprendre en profondeur le pilier militaire du IIIe Reich.

Il s’agit ainsi, à travers le portrait d’un de ses plus brillants représentants, de présenter la Wehrmacht sous un éclairage nouveau, qui aboutit à réviser en profondeur la façon dont le comportement de cette armée sous le régime national-socialiste et pendant la Seconde Guerre mondiale a été longtemps présentée. En effet, l’historiographie a longtemps minimisé, sinon occulté les responsabilités politiques et morales de la Wehrmacht durant la période du Reich hitlérien. La guerre froide et les impératifs du réarmement allemand dans le cadre de l’OTAN, qui nécessitaient la réinsertion d’anciens officiers ayant servi dans l’armée de Hitler, ont contribué probablement à ne pas trop s’interroger sur le véritable rôle de la Wehrmacht, pas plus que sur la position du haut commandement au sein du régime nazi. Il s’y ajoute sans doute un certain «américano-centrisme», qui amenait à privilégier les événements du front occidental au détriment du front de l’Est. Or c’est sur ce front précisément que se sont produits les faits qui permettent de remettre en question une image volontiers apologétique de l’armée du IIIe Reich. Dans la construction de cette image sur fond de guerre froide, on était tenté d’accorder foi aux témoignages d’officiers qui s’étaient illustrés au front comme Manstein, aussi bien dans leurs déclarations devant le Tribunal militaire de Nuremberg que dans leurs souvenirs de guerre. Dans ces témoignages, les militaires se présentaient généralement comme des soldats trompés par un régime fanatique et insistaient sur le fait que la Wehrmacht avait été une victime de la politique nazie[5].

Bien qu’il ait été l’un des principaux commandants de la Wehrmacht, il existe très peu d’ouvrages en français ou en anglais sur Manstein, car les Occidentaux s’intéressent plutôt à des généraux ayant servi principalement sur le théâtre des opérations de l’Ouest, le feld-maréchal Erwin Rommel ou le grand-amiral Karl Dönitz par exemple. En concentrant notre attention sur le cas de Manstein, on permet de redonner au front oriental, là où la plupart de ses faits d’armes ont eu lieu, l’importance primordiale qu’il a eue au cours du second conflit mondial, puisque le sort de la guerre s’y est joué. Non seulement la Wehrmacht y a engagé l’essentiel de son effort de guerre, mais elle y a subi approximativement 85% de ses pertes, faisant ainsi de la Russie «le tombeau de l’armée allemande»[6]. Toutefois, c’est surtout l’occasion de suivre le chemin ouvert par les historiens révisionnistes pour reconsidérer et réexaminer les rapports de la Wehrmacht avec le régime nazi et ses actions criminelles qui ont été commises principalement en Europe de l’Est[7].

À cet effet, faut-il croire que le haut commandement, en général, et Manstein, en particulier, se sont contentés de faire la guerre et de mener des campagnes militaires décidées, souvent malgré eux, par le pouvoir national-socialiste, en évitant soigneusement de prendre part aux crimes commis par les organisations du régime, telles que la SS ou le SD? Ne doit-on pas plutôt constater la parenté, voire l’identité des conceptions et des ambitions des militaires de haut rang avec celle des dirigeants nazis et leur participation résolues aux entreprises d’agression et de destruction du régime? Or une lecture minutieuse et critique de la littérature secondaire sur la Wehrmacht et sur son corps des officiers, ainsi que des archives militaires allemandes, permet de démontrer que, contrairement aux thèses défendues précisément par des hommes comme Manstein et longtemps acceptées sans trop d’esprit critique par les historiens, les militaires et les nazis se sont conduits en alliés avant de devenir de véritables complices.

Pour comprendre cette dynamique entre l’armée allemande et le régime national-socialiste, Manstein est un témoin particulièrement intéressant pour trois raisons principales. Il est très représentatif du corps des officiers de par ses racines prussiennes, son éducation et ses fonctions exercées au cours de deux guerres mondiales et de trois régimes successifs, le Reich wilhelmien, la République de Weimar et le IIIe Reich (et cela, sans parler de la RFA). Il s’est, en outre, distingué comme le plus grand talent stratégique et le plus habile tacticien de la guerre de mouvement qui a fait la force de l’armée allemande durant la Deuxième Guerre mondiale. Il en a été l’un des acteurs à la tête d’unités combattantes (en France et en Russie) et surtout l’un des concepteurs et l’un des promoteurs comme officier d’état-major (avant les campagnes de Pologne et de France) et comme commandant d’armée ou de groupes d’armées (en URSS). Enfin, il est l’un de ceux qui ont le plus contribué après la guerre, aussi bien par leurs témoignages que par leurs autobiographies, à accréditer la légende d’une Wehrmacht honorable et intègre, qui ne se serait compromise d’aucune manière avec le régime national-socialiste et ses politiques criminelles.

Le produit le plus accompli de la caste militaire germano-prussienne

En raison de ses origines familiales aristocratiques prussiennes aux très lointaines traditions militaires, Manstein est voué dès l’enfance au métier des armes comme son oncle Paul von Hindenburg, feld-maréchal et commandant en chef de l’armée impériale de 1916 à 1918, et président du Reich de 1925 à 1934. Son éducation familiale et sa jeunesse dans les cadets l’amènent à adopter les traits dominants, les conceptions intellectuelles et la vision du monde de la caste militaire germano-prussienne au point de devenir le produit le plus accompli de ce milieu. Le paradoxe est sans doute que Manstein n’a pas suivi le cursus traditionnel qui en aurait fait un tel produit, car il n’a pu compléter, en raison du déclenchement de la Première Guerre mondiale, son éducation à la Kriegsakademie (École de guerre) de Berlin, qui modèle définitivement les officiers d’état-major prussiens. C’est donc par la pratique directe de la guerre qu’il s’est formé, un parcours particulier qui lui donne sans doute son originalité et son non-conformisme.

Malgré le fait qu’il ne dispose pas d’une formation d’officier d’état-major en bonne et due forme, Manstein se pose d’emblée comme un stratège remarquable et reconnu comme tel. Cela tient en particulier au fait qu’il sait sortir des schémas classiques et s’affirme comme le maître d’un nouvel art de la guerre moderne à l’âge du moteur dans lequel l’opérationnel joue un rôle central. Hitler, par contraste, avec lequel il se heurte à plus d’une reprise, ne peut s’affranchir d’une conception statique de la guerre héritée du premier conflit mondial et se révèle incapable de saisir la nécessité de concentrer le maximum de forces au moment et à l’endroit décisifs, ainsi qu’imperméable au concept de la guerre mobile.

Mais c’est aussi le cas de ses supérieurs au sein du haut commandement de l’armée de terre comme en témoignent les démêlés de Manstein avec ceux-ci lors des préparatifs de la campagne de France. Le plan d’opérations qu’il propose est rejeté à maintes reprises par un état-major général qui, dépourvu d’originalité, ne pense qu’à rééditer dans une certaine mesure le «plan Schlieffen» de 1914, que le haut commandement franco-britannique est pourtant en droit de s’attendre. Son concept opérationnel pour l’offensive à l’Ouest, mieux connu par le terme «coup de faucille» et considéré comme l’un des plus brillants de l’histoire militaire, est finalement imposé à l’état-major général par un Hitler qui recherche avant tout l’effet de surprise. S’il provoque la débâcle des armées franco-britanniques que l’on sait, Hitler et ses exécutants n’ont toutefois pas le courage de l’appliquer dans toutes ses dimensions et implications, c’est-à-dire de le pousser dans les ultimes conséquences prévues par son concepteur, ce qui permet le «miracle de Dunkerque», transformant par le fait même la victoire stratégique visée par Manstein en une simple victoire opérationnelle.

L’idée du «coup de faucille» est la première et sans doute la plus célèbre des intuitions remarquables de Manstein. Ses campagnes militaires montrent à l’œuvre un génie opérationnel hors du commun qui est toujours prêt à innover, que ce soit en Crimée en 1941-1942, là où il méritera son bâton de feld-maréchal, ou lors de la grande contre-attaque dans la région de Kharkov à l’hiver 1943. Réalisée grâce à une rocade qui demeure un classique du genre, cette grande contre-attaque de Manstein entre le Dniepr et le Donets a permis de dégager l’aile méridionale de l’armée allemande, sur laquelle étaient déployés un million et demi d’hommes, d’un gigantesque Stalingrad qui aurait assurément précipité la défaite militaire de l’Allemagne. Son non-conformisme apparaît encore, par exemple, lors des préparatifs de l’opération visant à réduire le saillant de Koursk à l’été 1943. Tandis que l’état-major général de l’armée de terre ne sait que proposer une attaque en tenaille sur le modèle décidément insurpassable pour la pensée militaire allemande de la bataille de Cannes, Manstein propose en vain d’attaquer le saillant de front pour, une fois la percée effectuée, livrer bataille à fronts renversés[8].

Le complice des guerres d’agression et de destruction du régime national-socialiste

Cette description des qualités du grand stratège Manstein est l’aspect disons positif de ce génie opérationnel qui s’inscrit dans la lignée des grands chefs de guerre allemands. Mais il y a un autre aspect à ce personnage, négatif celui-là, mais de loin plus intéressant pour notre propos. Contrairement à trop d’idées reçues, il appert que Manstein, à l’instar de la plupart de ses collègues du corps des officiers, s’est fait le complice de l’entreprise hitlérienne d’agression et de destruction en Europe. Non seulement a-t-il participé de plein gré à la planification et à la conduite des guerres d’agression en Pologne, en France et en Union soviétique, mais il a également cautionné les crimes de guerre de la Wehrmacht en Europe de l’Est aux dépens des Juifs, des partisans et des populations des territoires occupés, des prisonniers de guerre polonais et soviétiques, et des commissaires politiques de l’Armée rouge.

Cela peut s’expliquer par le fait que Manstein n’a pas cessé d’être complètement un membre du corps des officiers hérité de l’Allemagne impériale. Il en a partagé le conservatisme et l’esprit réactionnaire. Comme ses pairs, il a été hostile au libéralisme, à la démocratie, au socialisme, au communisme et au pacifisme, tout en entretenant des préjugés raciaux envers les Slaves et une phobie antisémite. C’est pourquoi, loin de rester sur leur quant-à-soi vis-à-vis du régime national-socialiste en raison d’un soi-disant apolitisme, les officiers supérieurs de la Wehrmacht et Manstein, en particulier, en ont été partie prenante. Il n’est guère étonnant que ceux-ci aient alors salué la prise du pouvoir par Hitler, la mise en place de la dictature du parti national-socialiste sur les cendres de la démocratie libérale pluraliste et la substitution du IIIe Reich à la République de Weimar. Fondée sur une communauté d’objectifs, notamment la conquête d’un espace vital à l’Est et l’éradication du «judéo-bolchevisme», la collaboration avec Hitler à conduit les chefs militaires à devancer parfois les souhaits de celui-ci et à participer volontairement et pleinement aux exactions et aux crimes du régime. Dans cette symbiose sur fond de vénalité, les hauts gradés du corps des officiers ont pris soin de leurs intérêts personnels tout autant qu’une position collective. Mais, contrairement à une opinion apologétique qui a souvent été émise, l’armée n’a pas été au sein du régime national-socialiste un simple exécutant de la politique d’Hitler. Au contraire. Elle s’est associée sciemment à la définition de celle-ci[9].

Il est vrai que l’accélération du réarmement, l’accroissement des effectifs du corps des officiers, l’avancement des carrières militaires, l’investissement de l’armée à titre de deuxième pilier de l’État aux côtés du parti nazi et les premiers succès diplomatiques de Hitler ont favorisé l’adhésion des militaires au régime. Manstein, qui faisait partie du groupe des officiers supérieurs talentueux, a donc été favorisé par la venue du régime hitlérien. Les investissements massifs et l’élargissement rapide des contingents ont accéléré ses promotions, lui permettant ainsi de gravir rapidement les échelons de la hiérarchie militaire.

Manstein s’est bien intégré dans le corps des officiers, avide d’accélérer le réarmement du Reich et soucieux de préparer la prochaine guerre, et a participé manifestement à l’état d’esprit dominant. De 1935 à 1938, période importante durant laquelle le IIIe Reich a mis en lambeaux le traité de Versailles, en passant d’un réarmement clandestin à un réarmement ouvert, en réintroduisant le service militaire obligatoire, en remilitarisant la Rhénanie et en annexant l’Autriche, Manstein a occupé des postes-clefs au sein de l’état-major général de l’armée de terre, d’abord en tant que chef de la branche opérationnelle, puis de premier quartier-maître ou de chef de la section logistique, c’est-à-dire de sous-chef de l’état-major général.

Contrairement aux déclarations d’après-guerre de Manstein et d’autres généraux allemands, il n’est pas vrai qu’ils n’ont cherché à développer qu’une armée de nature défensive. En réalité, dès le début des années 1920, soit bien avant l’arrivée de Hitler au pouvoir, les élites militaires ont procédé à un réarmement secret dans l’intention de développer les potentialités de l’armée qui lui permettraient le moment venu de lui redonner sa capacité de mener des offensives, et elles ont élaboré un plan pour la levée d’une armée qui serait plus grande encore que celle qui a servi le Kaiser en 1914[10]. De même, contrairement à une légende apologétique née après la guerre, la composition et l’importance de l’armement n’ont pas été dictées par Hitler à ses chefs militaires. Le réarmement a été conçu et réalisé par l’état-major général de l’armée de terre au sein duquel Manstein a exercé des fonctions de la plus haute importance durant trois années déterminantes, celles de 1935 à 1938[11]. Par ailleurs, c’est Manstein lui-même qui a rédigé les ordres de déploiement aux troupes de la Wehrmacht appelées à entrer dans la zone démilitarisée de la Rhénanie en mars 1936, puis en Autriche en mars 1938[12]. En outre, la lettre qu’il a écrite à l’été 1938 en pleine crise des Sudètes au colonel-général Ludwig Beck, chef de l’état-major général de l’armée de terre, dans laquelle il insistait sur la nécessité de faire disparaître la Tchécoslovaquie de la carte européenne est significative et lourde de sens. Et cette attitude belliqueuse manifestée par Manstein à cette époque n’est pas l’exception, mais la règle parmi les hauts gradés de la Wehrmacht[13].

Contrairement à une opinion trop souvent admise, il appert également que le haut commandement de l’armée de terre, auquel Manstein reste lié de près après 1938, a joué un rôle décisif dans la préparation des guerres d’agression de Hitler, en fournissant à celui-ci des plans de campagne, prévenant ainsi ses désirs. Par conséquent, contrairement à ce que Manstein devait prétendre après la guerre, ce n’est pas à la veille de l’opération qu’il avait appris l’imminence d’une attaque contre la Pologne: la campagne militaire était déjà planifiée de longue date, soit depuis le printemps 1939, et Manstein en était le principal concepteur en sa qualité de chef d’état-major du principal groupe d’armées appelé à se tailler la part du lion dans cette campagne[14]. Et il en a été de même pour l’opération «Barbarossa»: avant même la fin de la campagne de France, c’est-à-dire dès la fin mai 1940, et sans en avoir informé le Führer, l’état-major général de l’armée de terre a élaboré le «plan Otto» et envisagé une campagne militaire contre la Russie bolchevique, une guerre éclair qui devait, dès la fin de l’été 1940, permettre de liquider militairement l’URSS et de mettre la main par le fait même sur cet espace vital. À cet égard, il est sans doute opportun de mentionner que, déjà au printemps 1939, le général Franz Halder, le successeur de Beck au poste de chef d’état-major général de l’armée de terre, envisageait d’affronter non seulement la Pologne en risquant un conflit armé avec les puissances occidentales, mais également d’attaquer l’Union soviétique lors de la même offensive. C’est du moins ce qu’il avait déclaré aux commandants d’armées et officiers d’état-major qu’il avait rassemblés à la Kriegsakademie de Berlin pour leur exposer à grands traits les objectifs de la campagne militaire contre la Pologne[15].

Le mythe des généraux contraints d’exécuter les ordres d’un politique dément, seul fauteur de guerre, vole ainsi en éclats. Mais plus encore le mythe des deux guerres, l’une menée correctement, de façon chevaleresque et ouverte par la Wehrmacht et ses chefs, l’autre menée sans aucun respect des lois élémentaires de la guerre, dans l’ombre et avec des moyens répugnants par des unités spéciales, la SS et les Einsatzgruppen du SD. Les archives militaires allemandes sont d’ailleurs à ce sujet des plus accablantes pour la Wehrmacht. Non seulement les officiers de haut rang, à commencer par Manstein, connaissent pertinemment le caractère politique et idéologique que les nazis veulent donner à la guerre à l’Est et ne trouvent rien à y redire, mais ils en savent les conséquences génocidaires et prêtent éventuellement leur concours actif au travail de «nettoyage ethnique». Et comment auraient-ils pu l’ignorer alors qu’ils se mettent d’accord avec les plus hautes instances de la SS et du SD pour mettre au point les directives de mise en route de ce travail, qu’ils apportent leur soutien logistique aux commandos de tueries mobiles, qu’ils leur fournissent même des troupes pour mener plus rapidement à bien leurs missions de liquidation des «éléments jugés indésirables» par le régime national-socialiste? Dans la lutte visant à s’emparer d’un espace vital et à le repeupler aux dépens des peuples slaves de l’URSS qu’elle considérait de races inférieures, la Wehrmacht a été responsable de la mort de près de 1,5 million de Juifs, de 3,3 millions de prisonniers de guerre soviétiques et de 5 à 7 millions de civils dans les zones où il n’y avait pas de combat[16].

Cependant, la compromission de l’armée allemande dans les politiques criminelles du régime national-socialiste durant la guerre a débuté dès la campagne de Pologne, soit bien avant celle de Russie. Les faits démontrent que non seulement les hauts gradés du corps des officiers, y compris Manstein, ont été parfaitement au courant de la politique d’extermination du régime en Pologne, mais qu’ils y ont participé de leur propre gré, impliquant ainsi l’armée allemande dans des actions criminelles au même titre que la SS et les Einsatzgruppen du SD. En tant que chef d’état-major du groupe d’armées sud en Pologne, Manstein a pris connaissance de plusieurs mémorandums adressés à son état-major et rapportant de nombreux cas de sévices graves exercés sur des Juifs et des civils polonais par les unités spéciales du régime nazi et les troupes de la Wehrmacht. En fait, non seulement n’a-t-il émis aucune protestation concernant les nombreuses exactions commises en Pologne, mais il s’est même permis de durcir lui-même un ordre du haut commandement de l’armée de terre contre les Juifs[17].

Quant à la campagne de Russie, les généraux allemands impliqués dans celle-ci ont eu pleinement connaissance de la nature criminelle de la guerre conduite par la Wehrmacht et y ont participé volontiers, se rendant ainsi coupable d’actions contraires au droit de la guerre. Dans le cas de Manstein, l’époque de son commandement en Crimée à la tête de la 11e armée est à ce point de vue éclairante et son amnésie lors de son procès postérieur est pitoyable: les faits sont là, rapportés par des documents accablants. En effet, la lecture minutieuse des archives militaires allemandes permet de prouver non seulement l’envoi continuel à l’état-major de Manstein de rapports détaillés sur les opérations de «nettoyage ethnique» à l’arrière du front de la 11e armée, mais également l’implication de cette dernière dans plusieurs opérations de liquidation de l’Einsatzgruppe D, notamment en plaçant à la disposition de celui-ci des troupes et du matériel pour faciliter sa tâche[18]. Le nombre total de Juifs assassinés par l’Einsatzgruppe D opérant dans le sillage de la 11e armée commandé par Manstein en Crimée est de l’ordre de 33 000[19]. Comme si cela n’était pas suffisant, Manstein a intimé l’ordre à ses soldats, le 20 novembre 1941, d’appuyer énergiquement la politique d’extermination des Juifs, en exigeant d’eux de la compréhension pour le sévère châtiment infligé aux Juifs, représentants spirituels de la terreur bolchevique[20]. En outre, même s’il s’est défendu après la guerre d’avoir appliqué la directive de son Führer qui prescrivait l’exécution immédiate des commissaires politiques de l’Armée rouge, Manstein n’en a pas moins cautionné cette mesure criminelle comme en témoignent de nombreux documents d’archives déjà cités.

À propos de l’attitude du feld-maréchal devant les exécutions massives de Juifs en Crimée, un de ses officiers, le capitaine Ulrich Gunzert, évoque le refus de Manstein d’entreprendre quoi que ce soit pour s’y opposer, son repli derrière ses seules compétences militaires et parle d’une «fuite devant ses responsabilités, [d’]un échec moral»[21]. C’est ici que l’on rencontre ce qui a été évoqué au début, la faillite d’une élite qui avait toujours eu particulièrement à cœur de se distinguer par le sens du devoir et par une éthique élevée reposant sur les concepts de l’honneur et de l’intégrité. Manstein apparaît ainsi comme le représentant tragique d’une immense déchéance. Comment expliquer une telle chute? Simple opportunisme d’un homme qui a toujours voulu accéder aux plus hautes fonctions de la Wehrmacht et auquel son ambition lui interdit de s’opposer aux objectifs politiques et idéologiques du régime nazi? Ou adhésion profonde à la politique génocidaire de celui-ci, qui ne serait fondamentalement rien d’autre que la conséquence extrême d’une vision du monde à laquelle souscrivaient les élites militaires issues de l’Allemagne impériale? L’ambition joue certainement pour un carriériste comme Manstein, qui aspire jusqu’à la fin de la guerre à devenir chef d’état-major général ou commandant en chef de l’armée de terre. Mais il faut reconnaître aussi que, contrairement à ce qui a été trop souvent écrit, le régime national-socialiste était finalement parvenu à corrompre les plus nobles représentants de la vieille Prusse[22].

L’homme et le soldat

Manstein savait pertinemment qu’il est impossible de faire carrière dans un régime totalitaire sans se compromettre, à plus forte raison dans un régime que ses camarades de l’armée et lui-même ont décidé de soutenir en alliés, même s’ils n’approuvent pas toutes ses politiques. Il a ainsi respecté le serment de fidélité qu’il avait prêté à Hitler, une forme de soumission choisie délibérément et suggérée à l’été 1934 au Führer par les dirigeants de la Wehrmacht, les futurs feld-maréchaux Werner von Blomberg et Walter von Reichenau. Pour Manstein, le soldat est au service du politique et il est de son devoir de se cantonner aux questions militaires. Dans cette perspective, on comprend son refus à l’hiver 1943 de suivre le major Claus Schenk Graf von Stauffenberg et le colonel Henning von Tresckow, les chefs de file de la conspiration militaire, puis de considérer à l’été 1943 l’invitation des feld-maréchaux Günther von Kluge et Erwin Rommel, ainsi que celle du lieutenant-colonel Rudolf-Christoph Freiherr von Gersdorff, de prendre la direction de la Wehrmacht à la suite d’un coup d’État qui aurait débarrassé l’Allemagne de Hitler et de son régime nazi. Étant donné que des 3 500 généraux et amiraux qui constituaient les rangs de la Wehrmacht au soir du putsch manqué du 20 juillet 1944, cinq seulement avaient appuyé énergiquement Stauffenberg dans son attentat contre le chef d’État allemand et que 15 seulement avaient sympathisé de près ou de loin avec lui, on peut avancer que l’attitude de Manstein à l’égard de la résistance a été la règle et non l’exception[23].

Malgré les nombreuses critiques qu’il a eues contre la conduite de la guerre maladroite d’Hitler, surtout après la tragédie de Stalingrad, Manstein est resté conséquent et fidèle à l’esprit d’alliance qui liait l’armée au régime[24]. D’ailleurs, ceux qui comme Manstein s’étaient investis et engagés au sein d’un régime criminel et avaient brûlé leurs vaisseaux avec lui ont jugé peut-être qu’il était dans leur intérêt de demeurer loyaux au Führer. Ils ont donc continué d’appliquer les ordres de celui-ci, de mener des batailles pour lui en dépit de ses interférences continuelles et d’accepter les titres, les décorations et les cadeaux qu’il leur accordait.

Tout compte fait, Manstein ne voulait être qu’un soldat, pas un politique. C’est la raison pour laquelle il a puissamment œuvré après la guerre pour défendre le haut commandement de l’armée accusé d’avoir été une organisation criminelle au même titre que la SS. Cette contribution a finalement abouti à entériner ce mythe des «deux guerres» évoqué précédemment. Le résultat en a été de donner de la Wehrmacht une image honorable et intègre à l’abri de laquelle le feld-maréchal lui-même pouvait ensuite se réfugier. Mais nombre de travaux font aujourd’hui voler cette image en éclats et l’objet de cette étude sur Manstein est d’apporter une contribution à ce travail nécessaire.



[1]. Dans le cadre de cet article, l’auteur reprend quelques-unes des grandes lignes de son ouvrage qui paraîtra en février 2006 sous le titre Le feld-maréchal Erich von Manstein: le stratège de Hitler, Paris, Perrin, 2006.

[2]. Voir par exemple: Basil Henry Liddell Hart, The Other Side of the Hill. Germany’s Generals: their Rise and Fall, with their own Account of Military Events, 1939-1945, Londres, Cassell, 1951, p. 94; Richard Brett-Smith, Hitler’s Generals, Londres, Osprey, 1976, p. 221 et 234; Samuel W. Mitcham, Hitler’s Field Marshals and their Battles, Londres, Graffon, 1988, p. 241; Lord Carver, «Manstein», dans Correlli Barnett (dir.), Hitler’s Generals, Londres, Weidenfeld and Nicolson, 1989, p. 221; John Keegan, La Deuxième Guerre mondiale, Paris, Perrin, 1990, p. 62; Christian Schneider, «Denkmal Manstein. Psychogramm eines Befehlshabers», dans Hannes Heer et Klaus Naumann (dir.), Vernichtungskrieg. Verbrechen der Wehrmacht 1941-1944, Hambourg, Hamburger Edition, 1995, p. 402; Enrico Syring, «Erich von Manstein — Das Operative Genie», dans Ronald Smelser et Enrico Syring (dir.), Die Militärelite des Dritten Reiches, Berlin/Francfort-sur-le-Main, Ullstein, 1995, p. 343; Guido Knopp et Jörg Müllner, «Der Stratege», dans Guido Knopp (dir.), Hitlers Krieger, Munich, Goldmann, 2000, p. 171; Marcel Stein, Generalfeldmarschall Erich von Manstein. Kritische Betrachtung des Soldaten und Menschen, Mayence, Hase & Koehler, 2002, p. 10-11.

[3]. Heinz Guderian, Panzer Leader, Washington, D. C., Zenger Publishing, 1979, p. 302; Mitcham, Hitler’s Field Marshals…, p. 241; Knopp et Müllner, «Der Stratege…», p. 235.

[4]. À ce sujet, voir entre autres: Bryan Mark Rigg, Hitler’s Jewish Soldiers. The Untold Story of Nazi Racial Laws and Men of Jewish Descent in the German Military, Kansas City, University Press of Kansas, 2002, p. 268 et 314 (note 62); Wolfram Wette, Die Wehrmacht. Feinbilder, Vernichtungskrieg, Legenden, Francfort-sur-le-Main, Fischer, 2002, p. 78-81 et 86; Alexander Stahlberg, Die verdammte Pflicht. Erinnerungen 1932 bis 1945, Berlin, Ullstein, 1994, p. 344-345. Voir aussi le dossier d’archives du Bundesarchiv-Militärarchiv de Fribourg-en-Brisgau: BA-MA, BMRS, entrevue de Alexander Stahlberg, 3 et 4 décembre 1994, T-68; BA-MA, BMRS, entrevue de Rüdiger von Manstein, 17 novembre 1994, T-54.

[5]. Omer Bartov, «German Soldiers and the Holocaust. Historiography, Research and Implications», History & Memory, vol. 9, no. 1-2, 1997, p. 162-188; Manfred Messerschmidt, «Das Bild der Wehrmacht in Deutschland seit 1945», Revue d’Allemagne et des pays de langue allemande, vol. 30, no. 2, avril-juin 1998, p. 117-125; Wolfram Wette, «Das Bild der Wehrmacht-Elite nach 1945», dans Gerd Rolf Ueberschär (dir.), Hitlers militärische Elite, vol. 2: Vom Kriegsbeginn bis zum Weltkriegsende, Darmstadt, Wissenschaftliche Buchgesellschaft, 1998, p. 293-308; Jean Solchany, «La lente dissipation d’une légende: La “Wehrmacht” sous le regard de l’histoire», Revue d’histoire moderne et contemporaine, vol. 47, no. 2, avril-juin 2000, p. 323-353; Benoît Lemay, «La Wehrmacht: instrument au service du Führer ou l’inverse? L’image de l’armée allemande durant le IIIe Reich dans l’historiographie depuis 1945», Cahiers d’histoire, vol. 20, no. 1, automne 2000, p. 64-104.

[6]. Philippe Masson, Histoire de l’armée allemande 1939-1945, Paris, Perrin, 1994, p. 474.

[7]. Parmi les principales contributions qui ont posé les fondements d’une réinterprétation des responsabilités politiques et morales de la Wehrmacht, soulignons les suivantes: Manfred Messerschmidt, Die Wehrmacht im NS-Staat: Zeit der Indoktrination, Hambourg, Decker, 1969; Klaus-Jürgen Müller, Das Heer und Hitler: Armee und nationalsozialistisches Regime 1933-1940, Stuttgart, Deutsche Verlags-Anstalt, 1969; Christian Streit, Keine Kameraden: Die Wehrmacht und die sowjetischen Kriegsgefangenen 1941-1945, Stuttgart, Deutsche Verlags-Anstalt, 1978; Klaus-Jürgen Müller, Armee, Politik und Gesellschaft in Deutschland 1933-1945: Studien zum Verhältnis von Armee und NS-System, Paderborn, Schöningh, 1979; Helmut Krausnick et Hans-Heinrich Wilhelm, Die Truppen des Weltanschauungskrieges: Die Einsatzgruppen der Sicherheitspolizei und des SD 1938-1942, Stuttgart, Deutsche Verlags-Anstalt, 1981; Gerd Rolf Ueberschär et Wolfram Wette (dir.), «Unternehmen Barbarossa». Der deutsche Überfall auf die Sowjetunion 1941. Berichte, Analysen, Dokumente, Paderborn, Schoningh, 1984; Omer Bartov, The Eastern Front, 1941-1945: The German Troops and the Barbarisation of Warfare, Basingstoke/Hampshire, Macmillan, 1985; Manfred Messerschmidt et Fritz Wüllner, Die Wehrmachtjustiz im Dienst des Nationalsozialimus: Zerstörung einer Legende, Baden-Baden, Nomos, 1987; Theo J. Schulte, The German Army and Nazi Policies in Occupied Russia, Oxford, Berg, 1989; Omer Bartov, Hitler’s Army. Soldiers, Nazis and War in the Third Reich, Oxford, Oxford University Press, 1990; Hans-Heinrich Wilhelm, Rassenpolitik und Kriegführung. Sicherheitspolizei und Wehrmacht in Polen und in der Sowjetunion, 1939-1942, Passau, Rothe, 1991; Jörg Fiedrich, Das Gesetz des Krieges. Das deutsche Heer in Rußland 1941 bis 1945. Der Prozess gegen das Oberkommando der Wehrmacht, Munich, Piper, 1995; Rolf-Dieter Müller et Hans-Erich Volkmann (dir.), Die Wehrmacht, Mythos und Realität, Munich, Oldenbourg, 1999.

[8]. À propos de la pensée stratégique et opérationnelle de Manstein, ainsi que de ses principales campagnes militaires, voir notamment: Erich von Manstein, Verlorene Siege, 16e édition, Bonn, Bernard & Graefe, 2000 (1955); R. D. Palsokar, Manstein: The Master General, Poona, The Beg Press, 1970; Porter Randall Blakemore, Manstein in the Crimea: The Eleventh Army Campaign, 1941-1942, University of Georgia, Ph. D., 1978; Eberhard Schwarz, Die Stabilisierung der Ostfront nach Stalingrad. Mansteins Gegenschlag zwischen Donez und Dnjepr im Frühjahr 1943, Göttingen, Münster-Schmidt, 1985; Günther Roth, «The Campaign Plan “Case Yellow” for the German Offensive in the West in 1940», dans Militärgeschichtliches Forschungsamt (éd.), Operational Thinking in Clausewitz, Moltke, Schlieffen and Manstein, Herford/Bonn, Mittler & Sohn, 1988, p. 41-56; Günther Roth, «Operational Thinking in Schlieffen and Manstein», dans Militärgeschichtliches Forschungsamt (éd.), Development, Planning and Realization of Operational Conceptions in World Wars I and II, Herford/Bonn, Mittler & Sohn, 1989, p. 7-44; Dana V. Sadarananda, Beyond Stalingrad. Manstein and the Operations of Army Group Don, New York, Praeger, 1990; Karl-Heinz Frieser, Blitzkrieg-Legende. Der Westfeldzug, Munich Oldenbourg, 1995.

[9]. Bernd Boll, «Generalfeldmarschall Erich von Lewinski, gen. von Manstein», dans Gerd Rolf Ueberschär (dir.), Hitlers militärische Elite…, p. 143-144; Andreas Hillgruber, «In der Sicht des Kritischen Historikers», dans Nie Ausser Dienst. Zum achtzigsten Geburtstag von Generalfeldmarschall Erich von Manstein, Cologne, Greven & Berchtold, 1967, p. 71-73; Knopp et Müllner, «Der Stratege…», p. 182-183. Voir aussi: Solchany, «La lente dissipation d’une légende…», p. 339-353; Wette, Die Wehrmacht…, p. 150-156; Klaus-Jürgen Müller, «Deutsche Militär-Elite in der Vorgeschichte des Zweiten Weltkrieges», dans Martin Broszat et Klaus Schwabe (dir.), Deutsche Eliten und der Weg in den Zweiten Weltkrieg, Munich, Beck, 1989, p. 226-290; Michael Geyer, «Etudes in Political History: Reichswehr, NSDAP, and the Seizure of Power», dans Peter D. Stachura (dir.), The Nazi Machtergreifung, Londres/Boston, Allen & Unwin, 1983, p. 101-123; Manfred Messerschmidt, «The Wehrmacht and the Volksgemeinschaft», Journal of Contemporary History, vol. 18, no. 4, octobre 1983, p. 719-740.

[10]. Carl Dirks et Karl-Heinz Janßen, Der Krieg der Generäle. Hitler als Werkzeug der Wehrmacht, Berlin, Propyläen, 1999, p. 11-33; Karl-Heinz Janßen, «Politische und militärische Zielvorstellungen der Wehrmachtführung», dans Rolf-Dieter Müller et Hans-Erich Volkmann (dir.), Die Wehrmacht…, p. 76-84.

[11]. Klaus-Jürgen Müller, «Le réarmement allemand et le problème de la sécurité national face à la politique du révisionnisme (1933-1937)», Guerres mondiales, no. 154, avril 1989, p. 63-77; Wilhelm Deist, «The Rearmament of the Wehrmacht», dans Wilhelm Deist et al., Germany and the Second World War, vol. 1: The Build-up of German Aggression, Oxford, Clarendon Press, 1990, p. 373-540; Michael Geyer, «The Dynamics of Military Revisionism in the Interwar Years. Military Politics between Rearmament and Diplomacy», dans Wilhelm Deist (dir.), The German Military in the Age of Total War, Leamington Spa, Berg, 1985, p. 100-151.

[12]. Carver, «Manstein…», p. 226.

[13]. BA-MA, H 08-28/4 (Nachlaß Beck). Voir également: Müller, Das Heer und Hitler…, p. 335-337 et 656-665; Klaus-Jürgen Müller, General Ludwig Beck: Studien und Dokumente zur politisch-militärischen Vorstellungswelt und Tätigkeit des Generalstabschefs des deutschen Heeres 1933-1938, Boppard, Harald Boldt, 1980, p. 289-311.

[14]. Horst Rohde, «Hitler’s First Blitzkrieg and its Consequences for North-Eastern Europe», dans Klaus A. Maier et al., Germany and the Second World War, vol. 2: Germany’s Initial Conquests in Europe, Oxford, Clarendon Press, 1991, p. 69-82; F. W. von Mellenthin, German Generals of World War Two as I Saw Them, Norman, University of Oklahoma Press, 1977, p. 25; Mitcham, Hitler’s Field Marshals…, p. 243.

[15]. Dirks et Janßen, Der Krieg der Generäle…, p. 127-145; Carl Dirks et Karl-Heinz Janßen, «Plan Otto», Die Zeit, no. 38, 19 septembre 1997, p. 16; Christian Hartmann et Sergej Slutsch, «Franz Halder und die Kriegsvorbereitungen im Frühjahr 1939. Eine Ansprache des Generalstabschefs des Heeres», Vierteljahrshefte für Zeitgeschichte, vol. 45, no. 3, juillet 1997, p. 467-495.

[16]. Voir par exemple: Wette, Die Wehrmacht…, p. 95-139; Jürgen Förster, «New Wine in Old Skins? The Wehrmacht and the War of “Weltanschauungen”, 1941», dans Wilhelm Deist (dir.), The German Military…, p. 304-322; Jürgen Förster, «The German Army and the Ideological War Against the Soviet Union», dans Gerhard Hirschfeld (dir.), The Policies of Genocide: Jews and Soviet Prisoners of War in Nazi Germany, Boston, Allen & Unwin, 1986, p. 15-29; Jürgen Förster, «Wehrmacht, Krieg und Holocaust», dans Rolf-Dieter Müller et Hans-Erich Volkmann (dir.), Die Wehrmacht…, p. 948-963; Jürgen Förster, «Verbrecherische Befehle», dans Wolfram Wette et Gerd Rolf Ueberschär (dir.), Kriegsverbrechen im 20. Jahrhundert, Darmstadt, Wissenschaftliche Buchgesellschaft, 2001, p. 137-151; Christian Streit, «The German Army and Policies of Genocide», dans Gerhard Hirschfeld (dir.), The Policies Of Genocide…, p. 1-14; Christian Streit, «Das Schicksal der verwundeten sowjetischen Kriegsgefangenen», dans Hannes Heer et Klaus Naumann (dir.), Vernichtungskrieg…, p. 78-91; Hannes Heer, «Killing Fields. Die Wehrmacht und der Holocaust», dans Hannes Heer et Klaus Naumann (dir.), Vernichtunskrieg…, p. 55-77.

[17]. Stein, Generalfeldmarschall Erich von Manstein…, p. 35, 216-220 et 318-320; Krausnick et Wilhelm, Die Truppe des Weltanschauunskrieges…, p. 46-47, 77, 81 et 103; Oliver von Wrochem, «Die Auseinandersetzung mit Wehrmachts-Verbrechen in Prozess gegen den Generalfeldmarschall Erich von Manstein 1949», Zeitschrift für Geschichtswissenschaft, vol. 46, no. 4, 1998, p. 337.

[18]. BA-MA, RH 20-11/337; BA-MA, RH 20-11/341; BA-MA, RH 20-11/342; BA-MA, RH 20-11/488; BA-MA, RH 23/69; BA-MA, RH 23/72; BA-MA, RH 23/75; BA-MA, RH 23/79; BA-MA, RH 23/80; BA-MA, RH 23/86; BA-MA, RH 23/91. Voir en outre ces sources publiées (documents de Nuremberg sur l’OKW): NOKW 584; NOKW 641; NOKW 1259; NOKW 1283; NOKW 1284; NOKW 1286; NOKW 1529; NOKW 1532; NOKW 1573; NOKW 1590; NOKW 1628; NOKW 1632; NOKW 1717; NOKW 1872; NOKW 1878; NOKW 2834; NOKW 3422; NOKW 3439; NOKW 3453; NOKW 5905; NOKW 6281.

[19]. Friedrich, Das Gesetz des Krieges…, p. 665; Stein, Generalfeldmarschall Erich von Manstein…, p. 240-241.

[20]. BA-MA, RH 20-11/519.

[21]. Knopp et Müller, «Der Stratege…», p. 203.

[22]. À ce sujet, voir notamment: Stephan Malinowski, Vom König zum Führer. Der deutsche Adel und der Nationalsozialismus, Francfort-sur-le-Main, Fischer, 2004.

[23]. Dirks et Janßen, Der Krieg der Generäle…, p. 190.

[24]. Knopp et Müllner, «Der Stratege…», p. 226-229 et 235; Stein, Generalfeldmarschall Erich von Manstein…, p. 169-174 et 185-186; Stahlberg, Die verdammte Pflicht…, p. 262-272, 281-283, 310, 315, 322-323, 338-339, 376-383 et 401-405; Erich Kosthorst, Die Geburt der Trgödie aus dem Geist des Gehorsams. Deutschlands Generäle und Hitler — Erfahrungen und Reflexionen eines Frontoffiziers, Bonn, Bouvier, 1998, p. 191-204; Bodo Scheurig, Spiegelbilder der Zeitgeschichte, Oldenbourg/Hambourg, Gerhard Stalling AG, 1978, p. 137-142; Joachim Wieder, Stalingrad ou la responsabilité du soldat, Paris, Albin Michel, 1983, p. 169-175 et 249.