Les frères d’armes, le Royal 22e Régiment et l’Armée canadienne dans les témoignages publiés par des combattants québécois francophones ayant participé à la campagne d’Italie (1943-1945)

Sébastien Vincent
Historien et enseignant

En privilégiant le point de vue stratégique et opérationnel, l’histoire militaire traditionnelle en général et celle des deux guerres mondiales en particulier délaissent le vécu du soldat, sa psychologie, ses représentations. Comment peut-on étudier ces éléments à travers, par exemple, un cas particulier: celui des soldats canadiens-français/québécois ayant participé à la Seconde Guerre mondiale alors que les derniers acteurs et témoins des combats en Europe, en Asie ou dans l’océan Atlantique disparaissent inexorablement, soixante ans après la fin du conflit? De quelles sources dispose-t-on pour analyser les représentations des témoins?

Outre les journaux régimentaires et quelques archives, on peut consulter les récits, recueils de lettres, souvenirs, romans et journaux de guerre publiés par des combattants canadiens-français/québécois qui furent animés par le vif désir de raconter, de laisser un témoignage. Certes, l’utilisation des témoignages en histoire soulève des objections tenaces concernant notamment l’instabilité de la mémoire des témoins et leur subjectivité, sources de distorsions, d’omissions, de simplifications, voire d’occultations. Il faut aussi compter sur la possibilité de trouver dans les témoignages des bribes de discours social. Œuvres de témoignage donc, ces textes se situent dans l’ordre du discours. C’est ce qui les rend intéressants.

Que racontent les écrits de combattants? Ils évoquent entre autres les lieux de combat, les ennemis affrontés, les armes utilisées, les façons de subir des blessures ou de perdre la vie sur le champ de bataille, bref tout ce qui gravite autour de la violence de guerre[1]. On y traite souvent de l’entraînement, des rapports hiérarchiques, de la religion et de la vie quotidienne au front, de ses misères, ses privations et, parfois, de ses joies, ses amitiés tissées dans l’urgence du moment. Les auteurs ayant personnellement connu la guerre y donnent un sens. En parcourant ces témoignages, on imagine peut-être un peu mieux la souffrance du corps et, souvent, celle de l’âme de l’homme en guerre. On comprend finalement que l’homme ne s’efface jamais sous le soldat.

Des historiens français tels Stéphane Audoin-Rouzeau et Frédéric Rousseau ont déjà montré la valeur intrinsèque des témoignages écrits par des soldats de la Grande Guerre[2]. En parcourant ces travaux, on se demande pourquoi les témoignages publiés par des combattants canadiens-français/québécois de la guerre 39-45 ne constitueraient pas une source aussi riche et irremplaçable que ceux des poilus, la seule source peut-être permettant l’exploration de l’imaginaire des acteurs du conflit. Pourtant, la quarantaine d’ouvrages de combattants publiés au Canada français et au Québec entre 1946 et 2003, a jusqu’ici peu retenu l’attention des historiens[3]. Les questions à poser à ce vaste corpus inexploré sont légion. Cette communication explore l’une d’entre elles: comment les auteurs combattants de la campagne d’Italie présentent-ils leurs frères d’armes, leurs officiers immédiats du Royal 22e Régiment (R22e R) ainsi que l’institution militaire canadienne?

Les sources

Selon nos recherches, six ouvrages évoquent la campagne d’Italie à laquelle a participé le R22e R au sein de la 3e brigade de la Première division canadienne entre le 10 juillet 1943 et mars 1945[4]. Par le terme «combattant», on entend le soldat, mais aussi les hommes sans arme, tels les aumôniers. Les auteurs des six témoignages ont servi avec le R22e R. On peut lire Mon plus beau souhait: Revenir sur les îles de mon enfance[5], le mince récit peu étoffé du soldat Stevens Leblanc, un Madelinot. Deux officiers ont pris la plume pour nous offrir des témoignages beaucoup plus détaillés. Le major Jean-Louis-Gaston Poulin, commandant de la compagnie D en septembre 1944, a relaté la prise du point 131 de la ligne Gothique dans 696 heures d’enfer avec le Royal 22e Régiment[6] et le capitaine Claude Châtillon a présenté ses Carnets de guerre: Ottawa-Casa Berardi 1941-1944[7].

Par commodité, on s’attardera aux trois autres ouvrages qui développent respectivement le point de vue d’un soldat, d’un aumônier et de l’un des deux commandants du régiment en Italie. Le premier ouvrage s’intitule Je les ai vus mourir[8] du Gaspésien Lucien Côté. Ce récit fort étayé et structuré se fonde sur plus de 200 lettres que l’auteur et son frère ont envoyées à leur famille durant le conflit. Lucien Côté décrit avec précision son parcours militaire, depuis le Canada jusqu’à Philippeville en Algérie avec les troupes de renfort du R22eR, puis son arrivée au régiment juste avant la bataille de Casa Berardi de décembre 1943 à laquelle il a pris part avec son frère au sein du peloton 16 de la compagnie D. C’est ensuite à titre d’infirmier qu’il a connu la bataille de San Nicola en avril 1944 et l’assaut de la ligne Hitler en mai 1945.

Second ouvrage: le Journal d’un aumônier militaire[9] d’Alphonse-Claude Laboissière, un franciscain engagé comme aumônier militaire en 1939 dans l’Armée canadienne. Le religieux y évoque ce qu’il a fait, senti et souffert entre le 1er septembre 1939 et le 11 août 1945, soit tout au long de son ministère auprès des soldats au Canada, en Écosse, en Algérie, puis en Italie. Laboissière a été aumônier du R22eR entre le 19 janvier 1944 et le 25 avril 1945. Blessé à la cuisse et au genou droit par des éclats d’obus en mars 1944, il a notamment vécu la bataille de San Nicola avec le régiment avant de devenir aumônier principal du premier Corps canadien en Italie. Selon le Dictionnaire des Œuvres littéraires du Québec, le journal du Père Laboissière «est peut-être l’un des derniers témoignages authentiquement chrétiens de ce qui fut en quelque sorte la dernière véritable croisade de l’histoire»[10].

Dernier ouvrage abordé: les Mémoires[11] du général Jean-Victor Allard, commandant du R22eR de janvier 1944 à janvier 1945. Les chapitres trois et quatre abordent la campagne d’Italie. Ces Mémoires, quoique souvent axés sur les mouvements de compagnies du régiment et sur les décisions prises en haut lieu, font aussi place aux sentiments de l’auteur face à ses hommes et à l’institution militaire canadienne.

Les frères d’armes

Les trois témoignages présentent les frères d’armes des auteurs, les officiers du R22eR ainsi que l’institution militaire canadienne. Lucien Côté dédie son livre à ses «compagnons revenus de cet enfer, maintenant parvenus à un certain âge mais perclus de rhumatismes, (…) et d’autres maladies inhérentes au service prolongé en zone de combat». Ses meilleures pensées vont aux camarades souffrants ou disparus, aux officiers immédiats sous lesquels il a servi. La dédicace rédigée par Laboissière évoque les «glorieux compagnons d’armes d’Afrique et d’Italie». Côté et Laboissière ont une pensée pour Paul-Émile Bernatchez et J.-V. Allard qui ont commandé le régiment durant la campagne d’Italie. Ces deux dédicaces, prémisses de l’ouvrage à lire, expriment le désir de témoigner au nom des disparus, des acteurs silencieux qui se sont anonymement illustrés ou sacrifiés. Ici, la confrérie régimentaire repose sur l’esprit de corps issu de la fraternité développée au temps de la guerre. Pour Côté, son commandant de compagnie fit d’ailleurs office de père; le peloton de famille, le régiment, de famille élargie. De son arrivée au R22eR en août 1943 en qualité de commandant en second, J.-V. Allard écrit «qu’il existe au 22e une sorte de chauvinisme du Bas-du-Fleuve»[12] qui peut rendre difficile l’intégration des nouvelles figures au reste du bataillon. C’est qu’il faut considérer des sentiments moins nobles, tels la jalousie et parfois l’hostilité, fondés sur la méconnaissance des nouveaux venus, écrit-il. Mais une fois l’adaptation complétée, il est agréable d’y servir, soutient J.-V. Allard.

Les trois ouvrages témoignent du sentiment d’une fière solidarité. Les auteurs présentent en des termes élogieux assez semblables les combattants du R22eR, ces hommes ayant connu quotidiennement les batailles, les patrouilles en territoire ennemi, les privations, le feu de l’artillerie, la pluie et la neige, mais aussi les doux plaisirs du vin nouvellement libéré, source de paix et de douceur bien éphémère. Pour le soldat Côté, ses frères d’armes et d’infortune étaient de chics types, honnêtes, combatifs, fiers, valeureux, héroïques et solidaires. La vie précaire du front n’empêchait pas de conserver le sourire et de faire rire les autres. Des amitiés se tissaient dans l’urgence, rappelle-t-il.

En évoquant ses capitaines, caporaux, sergents et soldats, le commandant Allard écrit: «Le plaisir de commander de tels hommes n’a pas d’égal, car le dévouement et la fierté se liraient sur leur visage»[13]. Des adjectifs élogieux tels: déterminés, débrouillards, vaillants et courageux émaillent les pages de ses Mémoires consacrées à la campagne d’Italie. Il a aussi de bons mots pour les soldats illettrés du régiment:

Ces hommes ne se sauvaient pas devant le danger. De fait, c’étaient souvent parmi ceux qui ne savaient pas lire que l’on trouvait des mémoires prodigieuses. Ils pouvaient, souvent mieux que les autres, utiliser le terrain et en suivre les contours sur une carte. Ils étaient fréquemment d’excellents mécaniciens. Leur âme était d’une grandeur qui n’avait pas d’égal. (…) Ainsi, ceux qu’on avait qualifiés d’illettrés, mais que j’avais recommandés pour le service, se virent verser au 22e, au moment de la réorganisation, et ceci, à mon plus grand enchantement. Les mois qui suivirent prouvèrent que j’avais raison[14].

Qualités de cœur certes, mais aussi combattants compétents. Pour le père Laboissière, les soldats canadiens, en particulier ceux qu’il accompagnait, performaient lors des engagements isolés visant à tenir l’ennemi allemand en haleine sur le sol italien. De fait, après la bataille de Casa Berardi au cours de laquelle le capitaine Paul Triquet s’est mérité une Croix Victoria, jour et nuit, «les patrouilles canadiennes harcelaient les défenses allemandes que l’artillerie arrosait de ses bombes. (…) La guerre de tranchée avait succédé à la guerre de mouvements. Les Canadiens s’y étaient adaptés rapidement et ils n’avaient pas subi de pertes considérables»[15]. Laboissière note à ce sujet en février 1944: «Presque chaque soir, nous avons de ces combats de patrouille. Pour ceux qui lisent les journaux, cela paraît insignifiant, mais pour nous qui sommes sur les lieux, ces petites batailles usent tranquillement l’ennemi et le démoralisent. Ces escarmouches demandent beaucoup de sang-froid, d’initiative et de rapidité. Nos soldats canadiens excellent dans ce genre de bataille»[16].

La fierté ressentie par les membres du régiment et leur sens de l’appartenance, J.-V. Allard croit qu’ils puisent leur origine dans les hauts faits d’armes et les misères vécues par le bataillon lors de la Grande Guerre. L’épreuve a forgé les hommes et créé un sentiment de fierté qui a traversé les années et s’est perpétué chez ses membres:

[Les hommes du R22eR] agissaient tous comme s’ils étaient frères les uns des autres. (…) L’esprit du 22e était né, pendant la Première Guerre mondiale, dans les atrocités et le sang versé. La solidarité et la bravoure de 14-18 avaient fait naître la fierté. (…) 14-18 avait été la première occasion, dans l’histoire du Canada, où des Canadiens, sous leur propre commandement, avaient appris à se connaître entre eux et à marcher au combat la tête haute. Pour la première fois, en trois siècles de domination française ou britannique, les Canadiens avaient pu se battre sous des officiers de leur pays: des hommes comme Tremblay, Dubuc, Chassé, Archambault et bien d’autres. Cette graine semée par ces braves avait grandi. Nous en avions mangé le fruit, nous, les jeunes, et c’est ainsi que nous avions reçu «l’esprit du 22e». (…) En 39-45, c’était la force de l’ancien 22e bataillon qui se manifestait[17].

Cela dit, on pourrait penser que les trois auteurs présentent les soldats comme des héros sans peur, sans reproches et sans faiblesses. Il n’en est rien. Pour Lucien Côté, les hommes n’étaient pas dupes des discours qu’on leur servait concernant le courage soit disant légendaire du soldat canadien-français. À la veille de la bataille de Casa Berardi, Côté assistait à une allocution du lieutenant-colonel P. É. Bernatchez:

Après la messe, le colonel Bernatchez s’avança pour nous entretenir de la bravoure, de la combativité du soldat canadien-français, et surtout de celui qui faisait partie du R22eR. Il nous parla aussi de la gloire des batailles antérieures et de la chance que nous avions de participer à des combats qui feraient pâlir d’envie les héros d’antan. (Belle perspective). Alors, comment ne pas se douter de ce qui nous attendait après pareil lavage de cerveau![18]

Les hommes étaient lucides et pressentaient ce qu’il adviendrait de plusieurs d’entre eux: la mort à plus ou moins brève échéance ou la folie. Côté se souvient de l’allure des hommes après Casa Berardi: «Nous avions le regard de meurtriers. Normal: cela faisait six jours que nous ne cherchions qu’à tuer. (…) Nous avions certainement l’air d’hommes préhistoriques. (…) Ils devaient nous prendre pour des fous et… nous l’étions aussi, sans erreur possible (la gourde de vin aidant)»[19]. La surexposition à la violence et l’omniprésence de la mort provoquaient détresse et angoisse, elles-mêmes accentuées par l’éloignement et l’épuisement nerveux. Certains succombaient à la colère, voire à un accès passager de folie meurtrière engendré par le désir de sauver l’honneur de l’unité, devenue une sorte de personne morale, ou tout simplement les camarades tombés. Un vague sentiment de culpabilité apparaissait parfois après les faits. À ce sujet, Côté évoque cet épisode de décembre 1943:

D’autres Allemands ont voulu s’échapper, mais ils furent tous fauchés sur la route par nos mitrailleuses. Ce règlement de comptes entre l’armée allemande et nous a duré au minimum une heure. Pendant cette heure, nous avons été lavés du mépris et des insultes que les soldats allemands nous avaient amplement prodiguées depuis six ou sept jours. Nous les avons remis à leur place définitivement. Pour résumer, je n’ai jamais vu autant d’ennemis mourir dans un si petit secteur. J’en ai rêvé longtemps, car nous en étions les principaux responsables[20].

Les maux des hommes trouvaient soulagement dans l’alcool et la luxure, pense Laboissière qui se plaint à maintes reprises dans son Journal du manque de considération des médecins de l’armée à l’égard de l’état mental des hommes. Il note le 15 août 1945:

Depuis 15 jours, il y a à Avellino une vraie épidémie de meurtres et de suicides. Durant ce temps, trois soldats ivres se sont tués en tombant en bas des casernes; un autre a été tué par un soldat fou; un autre s’est tiré une balle en plein cœur. Un sergent dentaire s’est cassé les deux jambes, en sautant par la fenêtre. Hier, un type est venu me voir tout découragé à cause des mauvaises nouvelles reçues de sa femme. Il a éclaté en sanglots et m’a déclaré qu’il allait se suicider. Je l’ai «remonté» et lui ai donné une bonne lettre pour le médecin. Hier soir, j’ai trouvé un soldat gisant inconscient dans le parc public. Je l’ai examiné avec un sergent médical et nous avons découvert que le type avait bu de l’iode. Je le fis transporter à l’hôpital immédiatement et on parvint à le sauver. Je crois que certains médecins ne font pas assez de cas de l’état mental de nos soldats qui arrivent du front. (…) On m’apprend aussi ce matin qu’hier soir un capitaine du premier bataillon de renfort s’est enivré et est allé insulter une jeune fille dans une maison respectable. La maîtresse de la maison qui a une forte poigne a mis notre officier à la porte. Celui-ci est venu chercher une mitrailleuse et il aurait tué toute la maisonnée si le major Clendenning ne l’avait pas arrêté à la barrière du camp[21].

Sur le front italien justement, la vie se résumait à survivre, c’est-à-dire manger, boire et dormir le mieux possible. Les hommes souffraient quotidiennement de la ténacité de l’ennemi allemand, mais aussi, et surtout, de la faim, des privations, du climat, de la topographie, de l’inquiétude, de la peur, de l’épuisement, de découragement et de désespoir, rappelle Lucien Côté. Se souvenant des combats menés sur la ligne Hitler en mai 1945, il écrit: «je me suis assis (…) à regarder tomber les obus, avec l’idée de me faire tuer tellement j’étais écœuré de tant de misères et tellement je ressentais de l’impuissance à ne pouvoir soulager tant de souffrances»[22]. Durant leur tour de garde, en patrouille ou lors de vastes assauts, les hommes vivaient continuellement dans la proximité du danger et dans la confusion du champ de bataille italien composé de collines, de rivières aux vifs courants et de forêts denses. La violence, déchaînée par l’artillerie de tous les calibres, les mortiers de trois pouces, les balles des mitrailleuses et des carabines et les grenades, épuisait les organismes.

Côté se souvient d’un barrage d’artillerie parmi tant d’autres: «Le bruit était tel que les oreilles nous en faisaient mal; il nous semblait que la tête allait nous éclater si nous nous bouchions pas les oreilles avec nos mains. Durant ces minutes, nous avons eu l’impression que le territoire occupé par l’ennemi montait et retombait sans arrêt devant nous (…)»[23]. Il souligne avec une émotion certaine, quarante ans après les événements: «On ne peut s’imaginer combien c’est difficile pour un soldat seul de réfléchir vite et bien dans un bombardement, surtout quand il sait qu’un ennemi le guette pour le tuer, et que cet ennemi sait où il est et qu’il n’attend qu’une erreur, qu’un geste de sa part qui lui permettra de lui “péter la fraise”»[24]. Chez ceux que la mort épargnait, les blessures mutilantes s’avéraient nombreuses. L’exposition répétée à la violence, souvent noyée dans l’alcool, en conduisait plus d’un à céder à une funeste bravade devant l’ennemi ou à un moment d’inattention, comme en a été mortellement victime le major Ovila Garceau, commandant de la compagnie D, pour lequel le soldat Côté servait avec dévouement. Les épreuves subies par un groupe d’hommes dans lequel chaque individu s’avérait tributaire de son prochain, forgeait l’esprit de corps. Chaque individu se fondait dans la vie collective. Chaque unité de soldats devenait un groupe cohérent composé d’un réseau de liens fondés sur la solidarité et l’altruisme.

Les officiers du régiment

Le même esprit de corps semblait exister entre officiers et soldats du R22eR. Le commandant Allard soutient que les liens tissés entre officiers et soldats étaient empreints d’amitié et de respect mutuel. Ses Mémoires soulignent le courage, le dévouement, l’intelligence et la détermination de certains d’entre eux tels Ovila Garceau, Harry Pope, Henri Tellier, Paul Triquet et J.-L.-G. Poulin. Tous semblaient partager la même philosophie du commandement ainsi résumée par le commandant Allard:

La rançon de cette fierté de commander est la loyauté que les officiers affichent envers leurs hommes. Nous ne sommes pas perçus par la troupe comme des nobles, des possesseurs par droit du savoir et de l’autorité. Les officiers ont plutôt été choisis parmi les leurs parce qu’ils avaient le même esprit qu’eux, qu’ils avaient la compétence et le courage de refuser de s’engager à la légère (…). Cette façon que les officiers ont de tout partager et de commander par l’exemple crée une union d’esprit qui a fait, et fait toujours, la force du 22e[25].

Pour Lucien Côté et Alphonse-Claude Laboissière, les officiers immédiats sous lesquels ils servaient quotidiennement constituaient de dignes successeurs des officiers du régiment du temps de la Grande Guerre. Ces officiers étaient loyaux, compétents, et courageux, estime Côté. D’ailleurs, la petite histoire atteste que le commandant Allard n’a pas hésité, deux fois au moins, à secourir lui-même ses hommes blessés ou en danger. Il alla trouver, non sans risque, le caporal Armand Hébert qui, revenant d’une mission à l’avant-poste Blue Bird en février 1944, avait perdu les deux jambes et le bras gauche après l’explosion d’une mine. Armand Hébert a survécu, mais devint le plus grand mutilé du régiment au cours de la guerre[26]. En mai 1944, Allard sortit Lucien Côté d’une meule de foin en feu pendant une attaque soudaine d’artillerie[27].

Pour sa part, Laboissière, en bon religieux qu’il était, souligne souvent le bon esprit catholique des hommes et des officiers, en particulier le dévouement religieux du commandant Allard qui agissait souvent à titre de servant de messe. L’aumônier évoque régulièrement l’entente cordiale qui prévalait entre soldats et officiers: «C’est vraiment impressionnant de voir comment les officiers et les soldats s’arrangent si bien entre eux. C’est comme une grande famille. Tout le monde est crotté de boue, mais joyeux»[28].

L’institution militaire hors du régiment

Comme on le constate, les frères d’armes et les officiers régimentaires sont présentés de façon élogieuse dans les trois témoignages. Cependant, le discours de l’aumônier Laboissière et celui du soldat Côté changent radicalement lorsqu’il est question de l’institution militaire canadienne s’étendant au-delà du régiment. Les bons mots cèdent le pas à la critique, voire à l’ironie ou au cynisme. Par exemple, Laboissière déplore en avril 1941 le manque d’équipement des militaires canadiens en Écosse, un territoire qui ne connaît pas les combats. Il exerçait alors son ministère avec le Corps des Forestiers composés d’hommes vaquant à des tâches de bûcheron pendant que les Allemands dominaient la Scandinavie et l’Europe de l’Ouest, hormis l’Angleterre:

J’entends souvent nos soldats se plaindre de n’être pas armés, ni protégés par quoi que ce soit. Nous avons une douzaine de carabines, deux revolvers, mais pas de munition. Partout en Écosse, on craint une invasion par les airs, venant de la Norvège (…). Donc, qu’arriverait-il si des parachutistes descendaient? Nos soldats sont furieux de notre situation. Moi j’ai beaucoup de difficultés à les encourager et surtout à les convaincre qu’il n’y a pas de danger, car les hommes ne sont pas des fous[29].

Toujours en Écosse, il blâme le caractère abusif de certains ordres, les erreurs de jugement de plusieurs commandants canadiens et anglais ainsi que le manque d’attention de ces derniers envers les hommes. Il répète ad nauseam que ce vif désintérêt envers le moral des troupes engendra souvent des catastrophes humaines comme des suicides pourtant évitables. À ce sujet, il écrit le 26 mars 1942:

Le jeune soldat Gosselin essaie de se suicider avec sa baïonnette. (…) Le jeune homme était morose depuis un mois, j’en avais parlé au médecin et au sergent-major, mais on ne s’en occupa pas; car dans l’armée à moins d’avoir un membre coupé on ne peut pas être malade. Cet incident leur a donné une bonne leçon et d’autant plus que la semaine dernière à une autre compagnie, un jeune homme s’est suicidé en se coupant la gorge avec un rasoir.[30]

Selon l’aumônier, certains officiers anglophones faisaient preuve d’un mépris nettement affiché face aux francophones. Il ne fait pas de doute, selon lui, que les autorités militaires canadiennes et anglaises tentaient de noyer le fait français au sein de l’armée canadienne. Il se trouvait toujours avec le Corps forestier au mois de mai 1943:

On transfère plusieurs soldats canadiens-français de la compagnie 3 à la 22e. Ces jeunes gens sont avec notre compagnie depuis deux ans et demi et ne parlent presque pas anglais. On les envoie dans une compagnie de langue anglaise du Nouveau-Brunswick. On veut noyer l’élément français dans l’anglais. Ce nouveau commandant, qui vit en concubinage avec une femme au Canada et une autre en Écosse, est un homme sans éducation qui ne prend rien en considération[31].

Laboissière n’épargne pas non plus le service canadien des aumôniers. Le 25 septembre 1942, jour de son passage au port de Greenhock, en Écosse, il affirme:

Comme ce navire n’avait pas été averti qu’il y aurait des aumôniers à bord, il n’y avait pas de place réservée pour nous (…). C’est incroyable comme notre service d’aumônier est mal organisé comparé au service américain. Chaque aumônier est obligé de faire lui-même sa petite guerre. Nos deux aumôniers généraux d’outre-mer, catholique et protestant, ont une charge peu enviable[32].

Lucien Côté, quant à lui, fait preuve de méfiance et de cynisme à l’égard des hauts gradés de l’armée britannique et surtout ceux de la Première division canadienne. De son point de vue, les soldats devaient combattre sur deux fronts: celui des Allemands et celui de l’état-major canadien:

Je dois admettre sincèrement que les Allemands étaient de bons ennemis. Avec eux au moins on savait à quoi s’en tenir; mais nos dirigeants d’état-major, eux, étaient plus sournois, plus hypocrites et plus incompétents: «Si jamais le fléau de la bureaucratie se répand à la ligne de feu, nous sommes fichus!» écrivait très justement et très pertinemment le lieutenant Châtillon dans ses Carnets de guerre. Ses paroles rejoignent bien mes pensées[33].

Selon lui, ces derniers ignoraient complètement la réalité du front:

Je revois encore ces «experts» faire leurs commentaires sur ce que nous avions fait, sur ce que nous aurions dû faire et sur ce que nous n’aurions pas dû faire. Tout ce beau monde, dont les grades brillaient de mille feux au soleil, avait les pantalons bien pressés, la figure rouge et même violacée par l’abus de cognac. Enfin, tous ces experts en la matière nous regardaient de haut et nous trouvaient probablement bien malodorants pour leurs narines sensibles. Ils étaient des experts à la condition d’être loin en arrière. (…) J’aurais tellement voulu qu’ils rencontrent un gentil petit barrage d’artillerie comme nous en avions tant enduré pendant six jours. (…) Avant de s’éloigner, ils nous ont salué (comme cela a dû leur faire mal au cœur) et ils nous ont souhaité un bon repos pour le temps des Noël et du Premier de l’An![34]

Enfin, Côté estime que les Canadiens français ne comptaient guère aux yeux de l’état-major de la Première division canadienne:

Je pourrais continuer indéfiniment à énumérer toutes les bontés que nous accordait l’armée pour prouver que nous n’avions aucune réclamation à formuler et que nos lamentations n’étaient absolument pas justifiées. N’étions-nous pas des machines à tuer, ne nous étions-nous pas engagés à gagner la guerre à nous seuls et n’étions-nous pas les déchets de la société, enfin n’étions-nous pas des Canadiens français? (…)[35]

Le commandant Allard présente une opinion nettement moins tranchée. Il pose cependant à quelques reprises un regard critique sur la stratégie adoptée par son état-major. Lors de l’assaut de la ligne Hitler, les bombardements s’avéraient effroyables, les combats âpres, les pertes nombreuses. Allard questionne le bien fondé de l’opération du 19 mai 1944 qui se solda par un retentissant échec:

Le coup a été dur. Nous comptons plus de 50 morts et blessés et, cela, sans avoir réussi à percer une brèche dans les fortifications que présentait la ligne Hitler. Je sens bien que mon régiment a été victime de la témérité du Haut Commandement qui l’a lancé dans une aventure douteuse, suite à des renseignements plutôt minces et sans nous assurer un support d’artillerie qui aurait pu surprendre les défenseurs. (…) La division n’avait pas montré beaucoup d’imagination en croyant que les Allemands abandonneraient des fortifications si bien dressées[36].

Conclusion

L’image des combattants des deux guerres mondiales prend à peine forme dans la mémoire collective québécoise francophone. L’historiographie militaire traditionnelle met en veilleuse le vécu du soldat au front, sa psychologie et ses représentations, car elle privilégie le point de vue opérationnel. Cela a pour effet de montrer la guerre «d’en haut», par ceux qui l’organisent[37]. Par contre, les témoignages publiés par des combattants présentent la guerre vue «d’en bas», par ceux qui l’ont faite et subie. Le journal, comme celui de l’aumônier Laboissière, et les souvenirs, tels ceux de Lucien Côté, constituent un espace particulièrement propice à la critique, car ils ne sont pas soumis à la censure militaire et/ou ils ne sont pas nécessairement destinés à la publication au moment de leur rédaction. Les romans de combattants constituent aussi un espace permettant la contestation et ils offrent une liberté d’expression généralement censurée sous le poids de la pudeur, de l’orgueil et des conventions sociales[38].

Nous avons voulu rapidement montrer l’écart existant entre, d’une part, les sentiments essentiellement positifs de trois auteurs à l’égard de leurs frères d’armes et officiers régimentaires et, d’autre part, leur sens critique, leur cynisme et leurs sentiments souvent hostiles vis-à-vis de l’institution militaire canadienne. D’autres historiens ont démontré que l’armée est perçue négativement dans la mémoire collective québécoise francophone en tant que symbole par excellence d’une institution anglophone et anglicisante, aux traditions et aux allégeances britanniques[39]. Peut-on saisir, dans le portrait essentiellement négatif de l’Armée canadienne esquissé par Côté et Laboissière en particulier, des bribes de discours social mettant en relief les tensions entre francophones et anglophones au sein de l’institution militaire canadienne et l’hostilité de la majorité des Canadiens français/Québécois face à l’armée?

Par ailleurs, l’esprit de corps manifesté dans les trois témoignages suggère l’idée que le peloton, la compagnie et le régiment francophone constituaient une sorte de famille dans laquelle les auteurs se reconnaissaient en tant qu’acteur et victime d’une tragédie commune. L’historien Frédéric Rousseau, qui, on l’a dit, s’est penché sur les écrits de combattants européens de la Grande Guerre, estime que les sentiments à l’égard de l’unité et des frères d’armes «contribuent à façonner une image de la guerre qui n’est pas exclusivement négative; ils aident grandement à rendre la vie de guerre moins insupportable»[40]. L’esprit de corps se construit par petites touches et par le passé glorieux de la troupe. Il donne la force face aux combats et fournit l’énergie vitale à l’individu oppressé, le sauve de la solitude devant l’épreuve et crée une exigence face à la communauté combattante. L’esprit de corps impose certes des sacrifices à l’individu, mais lui procure en retour des compensations telles le soutien, le secours et la fraternité[41]. Tout comme Frédéric Rousseau, on peut croire que les camarades des auteurs, en particulier ceux de Lucien Côté, représentaient l’essentiel de leur univers de militaire placé en situation d’insécurité et leur principale raison de poursuivre le combat[42]. Comme le suggère Rousseau, non sans soulever la polémique, le sentiment national ne comptait peut-être pas beaucoup dans le consentement à combattre de l’homme sous le feu. L’orgueil, l’opinion des copains ainsi que le sentiment d’appartenance à l’unité, surtout si celle-ci se composait majoritairement de francophones comme c’était le cas avec le R22eR en Italie et en Europe de l’Ouest, ont certainement constitué les fondements de la combativité du soldat canadien-français et de son consentement à livrer bataille loin de chez lui, dans une guerre impopulaire au sein de sa province natale. Le conflit lui était certes imposé sur les champs de bataille outre-mer, mais il y participait volontairement. Alors que les derniers témoins s’apprêtent à disparaître, il incombe aux historiens de s’intéresser à leur discours.

Annexe

a) Ouvrages publiés par des anciens combattants québécois francophones répertoriés à la Bibliothèque nationale du Québec (mise à jour, décembre 2005)

Allard, J.-V., Mémoires, Boucherville, Éditions de Mortagne, 1985.

Balcer, Léon, Léon Balcer raconte, Sillery, Septentrion, 1988.

Brisson, Paul, Coq-à-l’âne de mes souvenirs, Belœil, P. Brisson, 2000, 115 p.

Cadieux, J. S. Benoît, Mémoires de campagne d’un officier d’artillerie: ma guerre, 1944-1945, Montréal, Coups de plume, 332, 1994, 332 p.

Châtillon, Claude, Carnets de guerre, Ottawa-Casa Berardi, 1941-1944, Ottawa, Éditions du Vermillon, 1987.

Côté, Lucien, Je les ai vus mourir, Montréal, Éditions Macadam, 1995.

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Poulin, J.-G., 696 heures d’enfer avec le Royal 22e régiment. Récit vécu et inspiré d’un journal tenu tant bien que mal au front, Québec, Éditions A. B., 1946.

Prieur, Félix, Matricule 68.881 VII A: mémorial de guerre et de captivité, Montréal, Fides, 1948.

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Taschereau, Gabriel, Du salpêtre dans le gruau. Souvenirs d’escadrille 1939-1945, Sillery, Septentrion, 1993.

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Verreault, Georges, Journal d’un prisonnier de guerre au Japon, 1941-1945, Sillery, Septentrion, 1993.

b) Ouvrages publiés par des civils québécois francophones et des combattants francophones nés ailleurs au Canada répertoriés à la Bibliothèque nationale du Québec (mise à jour, décembre 2005)

Bégin, Émile, «Mon effort de guerre» dans Échos du silence. Mémoires, Québec, Édition artisanale et hors commerce, 1972.

Bonhomme, Joseph, Odyssée missionnaire. 42 jours en mer malgré les sous-marins ennemis: Journal de voyage de Son Excellence Monseigneur J.-C. Bonhomme O.M.I. en route pour Basutoland du 20 décembre 1944 au 31 janvier 1945, Maseru, Basutoland, Mazenod Institute, 1945.

Bourgault, Ernest, Ma guerre buissonnière, Montréal, Boréal, 2000.

Brault, Adrien, De Rome à Montréal par le chemin le plus long, Montréal, Fides, 1948.

Cadieux, Marcel, Premières armes, Montréal, Le Cercle du livre de France, 1951.

Desjardins, Maurice, Mo-Mo s’en va-t-en guerre, Montréal, Ferron Éditeur, 1973, 159 p.

Gagnon, Maurice, Les Chasseurs d’ombres, Ottawa, Cercle du livre de France, 1959.

Gilbert, Édouard, P. M. É., Entre quatr’murailles: quatre ans d’internement en Mandchourie, Montréal, Éditions des Missions étrangères, 1946.

Gladu, Arthur, Tel que j’étais…: Récit autobiographique, Montréal, Éditions de l’Hexagone, 1988.

Labonté, Florent, Derrière les barbelés des nazis: Souvenirs d’un séminariste canadien 1940-1944, Saint-Boniface (Manitoba), Éditions du Blé, 1982.

Lavallée, Antoine, Hublots et miradors: Récit de voyage et de captivité 1941-1945, Outremont, Carte Blanche, 2002.

Lemoine de Martigny, Paul-Aimé, L’envers de la guerre, Ottawa et Montréal, Éditions du Lévrier, 1964.

Lessard, Camille, Le pèlerinage de la grande misère: souvenirs vécus 1940-1944, Montréal, s. é., 1954, 261 p.

Nadeau, Eugène, La perle au front du gouffre: Zam-Zam et barbelés, Montréal, Fides, 1950.

Ouellet, Fernand, Un Acadien errant: Journal de route, s. l., Nouveau-Brunswick, 1945.

Péladeau, Paul, On disait la France, Montréal, Éditions Variétés, 1941.

Pope, Maurice A., Soldiers and Politicians; The Memoirs of Lt.-General Maurice A. Pope, C. B., M. C, Toronto, University of Toronto Press, 1962.

Savaria, Georges, Hors de portée: Un récit d’exode, de captivité et d’évasion, Mandeville, Le Citoyen Éditeur, 1980.

Sirois, Louis A., Un Canadien derrière les lignes ennemies, Régina (Manitoba), Éditions Louis Riel, 1991.

Routier, Simone (Marie de Villiers), Adieu Paris! Journal d’une évacuée canadienne: 10 mai-17 juin 1940, Montréal, Beauchemin, 1941.

Théoret, Pierre, E., Mes aventures à travers la France meurtrie: Six semaines de voyage, six semaines de misère, Montréal, Éditions du Devoir, 1941.

Tremblay, Alfred, Traqués dans la jungle: guerre et guérilla à Mindanao, 1941-1945, Montréal, Éditions des Missions étrangères, 1946.

c) Biographie de militaires québécois francophones et recueils de témoignages

Bernier, Robert, Jacques Chevrier: Chef d’escadrille R.C.A.F. tombé en service au large de Cap-Chat. Montréal, Éditions de l’A.C.J.C., 1943.

Chamberland, Claude et Richard Taillefer, Maurice Taillefer: Pilote de l’Aviation royale du Canada, Ottawa, Éditions JCL, 1992.

Chantal, Denise et Louis Rasmüssen, Armand Hébert: Le plus grand mutilé du Royal 22e Régiment de la guerre 39-45, Ottawa, Orion, 1997.

Cormier, Ronald, Entre bombes et barbelés: Témoignages d’aviateurs et de prisonniers de guerre acadiens 1939-1945, Moncton, Éditions de l’Acadie, 1990.

Id., J’ai vécu la guerre: Témoignages de soldats acadiens 1939-1945, Moncton, Éditions de l’Acadie, 1988.

Gouin, Jacques et Lucien Brault, Les Panet de Québec: Histoire d’une lignée militaire, Bergeron Éditeur, 1984 (voir en particulier les pages 141 à 151 portant sur la Seconde Guerre mondiale).

Saint-Pierre, Marjolaine, Léo Gariépy, Un héros récupéré, Varennes, Éditions de Varennes, 1993.

Vennat, Pierre, Dollard Ménard, De Dieppe au référendum, Montréal, Art Global, 2004.

Vincent, Sébastien, Laissés dans l’ombre, Les Québécois engagés volontaires de 39-45, Montréal, VLB éditeur, 2004.



[1]. Stéphane Audoin-Rouzeau, Annette Becker, Christian Ingrao et Henry Rousso (dir.), La violence de guerre 1914-1945: Approches comparées des deux conflits mondiaux, Bruxelles/Paris, Éditions Complexe/IHTP-CNRS, 2003 ainsi que Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker, 14-18: Retrouver la guerre, Paris, Gallimard, 2000.

[2]. Stéphane Audoin-Rouzeau, 14-18 À travers leurs journaux: Les combattants des tranchées, Paris, Armand Colin, 1986 et Frédéric Rousseau, La guerre censurée: Une histoire des combattants européens de 14-18, Paris, Seuil, 1999. Voir aussi Rémy Cazals, Les mots de 14-18, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 2003.

[3]. Voir la bibliographie figurant en annexe.

[4]. Sur l’histoire du Royal 22e Régiment, voir Comité d’officiers du Royal 22e Régiment, Histoire du Royal 22e Régiment, Québec, Éditions du Pélican, 1964 et Serge Bernier, Le Royal 22e régiment: 1914-1999. Montréal, Art global, 1999.

[5]. Stevens Leblanc, Mon plus beau souhait: Revenir sur les îles de mon enfance, Québec, Y. Le Blanc, 2003.

[6]. J.-G. Poulin, 696 heures d’enfer avec le Royal 22e régiment: Récit vécu et inspiré d’un journal tenu tant bien que mal au front, Québec, Éditions A. B., 1946.

[7]. Claude Châtillon, Carnets de guerre: Ottawa-Casa Berardi 1941-1944, Ottawa, Éditions du Vermillon, 1987.

[8]. Lucien Côté, Je les ai vus mourir, Montréal, Éditions Macadam, 1995.

[9]. A.-C. Laboissière, Journal d’un aumônier militaire canadien 1939-1945, Montréal, Éditions franciscaines, 1948, 330 p.

[10]. Jacques Gouin, «Journal d’un aumônier militaire» dans Maurice Lemire (dir.), Dictionnaire des Œuvres littéraires du Québec, t. III , Montréal, Fides, 1980, p. 554.

[11]. J.-V. Allard (en collaboration avec Serge Bernier), Mémoires, Boucherville, Éditions de Mortagne, 1985.

[12]. Ibid, p. 86.

[13]. Ibid, p. 114.

[14]. Ibid, p. 114-115.

[15]. Comité d’officiers du Royal 22e Régiment, Histoire du Royal 22e Régiment, op. cit., p. 241-242.

[16]. A.-C. Laboissière, Journal d’un aumônier militaire canadien, op. cit., p. 225.

[17]. J.-V. Allard, Mémoires, op. cit., p. 113.

[18]. Lucien Côté, Je les ai vus mourir, op. cit., p. 105.

[19]. Ibid, p. 127-128.

[20]. Ibid, p. 125.

[21]. A.-C. Laboissière, Journal d’un aumônier militaire canadien, op. cit., p. 273-274.

[22]. Lucien Côté, Je les ai vus mourir, op. cit., p. 290.

[23]. Ibid, p. 126.

[24]. Ibid, p. 115.

[25]. J.-V. Allard, Mémoires, op. cit., p. 114.

[26]. Sur l’histoire de ce caporal, voir Denise Chantal et Louis Rasmüssen, Armand Hébert: Le plus grand mutilé du Royal 22e Régiment de la guerre 39-45, Ottawa, Orion, 1997.

[27]. L’anecdote se trouve mentionnée dans J.-V. Allard, Mémoires, op. cit., p. 121 et Lucien A. Côté, Je les ai vus mourir, op. cit., p. 288.

[28]. A.-C. Laboissière, Journal d’un aumônier militaire canadien, op. cit., p. 222.

[29]. Ibid, p. 86.

[30]. Ibid, p. 119.

[31]. Ibid, p. 164.

[32]. Ibid, p. 169.

[33]. Lucien Côté, Je les ai vus mourir, op. cit., p. 151.

[34]. Ibid, p. 130.

[35]. Ibid, p. 169.

[36]. J.-V. Allard, Mémoires, op. cit., p. 120.

[37]. John Keegan, The Face of Battle (1976), tardivement traduit en français sous le titre Anatomie de la bataille, Paris, Presses Pocket, 1993. Lire particulièrement l’introduction, p. 13-47.

[38]. Sur les romans, voir Gilbert Drolet, The National Identities in Canada’s English and French War Novels 1935-1965, thèse de doctorat en Lettres, Université de Montréal, 1970; Béatrice Richard, La mémoire de Dieppe. Radioscopie d’un mythe, Montréal, VLB, 2002 et Robert Viau, Le mal d’Europe: La littérature québécoise et la Seconde Guerre mondiale, Beauport, MNH, 2002.

[39]. Béatrice Richard, La mémoire de Dieppe, op. cit., p. 27-42.

[40]. Frédéric Rousseau, La guerre censurée, op. cit., p. 139.

[41]. Ibid, p. 117.

[42]. Ibid, p. 310-311.