L’Expo 67 à travers la caricature

Robert Aird[1]

On dit que la caricature est le «cri des citoyens». Elle permet de dresser un portrait non orthodoxe et non officiel de nos périples passés. La caricature permet de savoir comment les Canadiens perçoivent leurs institutions, ainsi qu’eux-mêmes au cours des époques. Elle exprime la frustration des individus devant composer avec des éléments exerçant un contrôle sur leur vie et qui dans le même temps leur échappent. Les caricatures politiques exprimant les anxiétés d’un segment de la population, le médium est loin d’être élitiste. Elles représentent un baromètre pour mesurer les tensions, les humeurs et les malaises d’un peuple. Ainsi, il devient intéressant d’étudier l’événement de l’Expo 67 à travers le prisme de la caricature. Elle nous permet de savoir comment les Québécois l’ont vécu dans toute son ampleur: les centaines de milliers de visiteurs quotidiens, la visite de dirigeants étrangers (en particulier Charles De Gaulle), les relations houleuses entre Québec et Ottawa, le centenaire de la Confédération canadienne, le métro de Montréal, les pavillons, etc. Voici donc une façon originale d’aborder un thème si marquant de notre histoire nationale.

Nous tenterons de voir comment les caricaturistes perçoivent les effets de l’Expo sur la construction identitaire des Québécois. La dérision tend-elle à renforcer celle-ci ou serait-ce plutôt le contraire? Les caricatures donnent-elles une image positive de l’Expo 67 et des événements qui lui sont liés? Expriment-elles l’ouverture sur le monde d’un Québec en pleine ébullition politique?

Les caricatures sont signées Roland Berthiaume (Berthio) au journal La Presse, André Lemieux à La Patrie et Raoul Hunter au Soleil. Malheureusement, Le Devoir n’avait pas de caricaturiste au moment de l’Expo 67. Jacques Gagnier venait de quitter le journal et Berthio était toujours à La Presse. Étant donné notre intention d’avoir également le point de vue d’un journal proprement populaire, nous avons regardé du côté du Petit Journal qui comptait sur les services de Jean-Pierre Girerd qui fera le saut à La Presse après le départ de Berthio. Pour ce qui est du Journal de Montréal, son caricaturiste d’origine française, Roland Pier, ne touche pas aux événements liés à l’Expo, ses illustrations traitant seulement de l’actualité judiciaire. Nous voulions aussi une opinion plus radicale, en dehors du cadre libéral dans lequel s’inscrivent les journaux d’information commerciaux. C’est pourquoi l’album de caricatures et de bandes dessinées Vive le Québec libre de Pierre Dupras, un indépendantiste de gauche qui travaillera pour le journal Québec-Presse (1969), soulève notre intérêt. Finalement, la caricature étant intimement liée à la bande dessinée, nous allons présenter deux bandes dessinées de la famille d’Onésime d’Albert Chartier, le doyen de la BD québécoise, tirées du Bulletin des Agriculteurs. Nous obtenons ainsi un point de vu autre que celui des grands centres.

La population mise en scène

Un point commun caractérise l’ensemble des caricatures: la majorité de celles-ci qui concernent directement l’Expo mettent en scène les visiteurs québécois ou étrangers, non les élites ou les organisateurs. Cette observation n’est pas banale. Elle vient confirmer la thèse de Pauline Curien comme quoi le peuple québécois s’est symboliquement approprié l’événement[2]. Selon elle, la population a embrassé la nouvelle vision du Québec proposée par l’Expo. Cette adhésion s’est accompagnée d’un élan d’estime de soi en attribuant les traits remarquables de l’Expo au Québec. Peu importe leur provenance, les visiteurs ont éprouvé une décharge d’émotions qui a porté notamment sur l’identité du Québec. Les caricatures attestent la réussite du gouvernement à «vendre» l’Expo aux citoyens, alors qu’elle devient une activité populaire familiale incontournable. Le gouvernement avait annoncé l’événement plus de quatre ans à l’avance et donc longuement préparé les Québécois qui attendaient avec impatience et enthousiasme.

Parmi ces caricatures, une chose peut étonner: les tracasseries remarquées ou subies lors d’une visite à l’Expo ne se traduisent pas par une quelconque animosité. Par exemple, on s’attendrait à ce que le caricaturiste montre les visiteurs dans une empoignade pendant une longue file d’attente. Au contraire, on semble plutôt en rire, voir le bon côté des choses, prendre les aléas de la visite avec tolérance et patience, parce que cela vaut le coup. Jean-Pierre Girerd illustre bien cette réalité avec cette petite bande dessinée dans laquelle un couple patiente dans une file d’attente: «Ça fait une heure qu’on attend, mais ça vaut le coup d’attendre» (Le Petit journal, 3 septembre). Toutefois, il ignore être dans une queue pour se rendre aux toilettes et non dans un pavillon! André Lemieux s’inspire du même sujet en faisant remarquer que «Tout était constipé» vers les toilettes (La Patrie, 7 mai).

Les caricatures perçoivent même positivement ces travers, faisant ressortir l’affluence incroyable à Terre des Hommes et la richesse qualitative et quantitative du programme. Il y a ces deux copains, heureux d’avoir égaré leurs femmes sur le site (Le Petit journal, 7 mai) ou encore la caricature de Berthio qui suggère que la foule dans le métro est une occasion de rencontrer l’âme sœur (La Presse, 15 mai). Bonne chance pour celui qui cherche sa voiture dans le stationnement, rempli d’automobiles à perte de vue: «C’est une grise avec un chien en peluche à l’arrière» (Le Petit journal, 14 mai 1967). Un défi également «de sortir les enfants de là!» rigole Berthio (La Presse, 25 mai). Ces caractéristiques soutiennent la thèse de Curien qui souligne que les gens faisaient preuve d’une grande tolérance, de courtoisie et de patience. À aucun moment, la caricature ne brise cette harmonie propre à l’Expo. Les caricatures attestent aussi que les gens se surpassaient physiquement pour visiter en entier et à plusieurs reprises les pavillons, subissant la chaleur et la foule à l’intérieur du métro, passant de longues minutes en file d’attente sous un soleil implacable et marchant de longues heures sur le site de l’Expo. On pense notamment à la caricature de Berthio dans laquelle trois individus épuisés se reposent les pieds dans des chaudières d’eau chaude, le dépliant du programme de l’Expo à leur côté: «Tout Montréal sur un pied de guerre!» (La Presse, 4 juin 1967). Cela témoigne sans aucun doute l’enthousiasme et la fierté des Québécois de participer à cet événement universel québécois.

Une caricature de Berthio témoigne avec éloquence que l’Expo est un événement avant tout populaire, alors qu’un camion évacue les «curieux non essentiels à l’Expo», notamment les caricaturistes et les politiciens (La Presse, 7 mai 1967). On retrouve également quelques caricatures portant sur les pavillons. N’y trouvant aucune charge contre eux, on peut affirmer sans se tromper que l’image qui en ressort est positive. Par exemple, sur le pavillon thématique de l’Homme, celui-ci interroge l’univers, c’est-à-dire la femme qu’il n’arrive visiblement pas à comprendre (Le Petit journal, 7 mai 1967). Sur le pavillon de la jeunesse, Girerd fait dire à une dame à son époux au crâne dégarni: «Si seulement tu avais un peu plus de cheveux, on passerait inaperçus» (Le Petit journal, 27 août).

La bande dessinée d’Albert Chartier de juin 1967 est riche en renseignements: l’attente enthousiaste de voir enfin l’Expo (J’attends depuis des années, j’suis pas pour manquer ça certain!); la foule immense avec son lot d’inconvénients, pourtant perçus positivement par l’épouse d’Onésime, et la gaieté des visiteurs québécois face à l’Expo (Ah que c’est gai Onésime, je n’ai jamais vu autant de monde) ; les commentaires élogieux (Je n’ai jamais vu de pavillons aussi beaux et aussi intéressants); l’ampleur ( Ouf! Ç’a été un mois bien rempli!) et l’effet de nouveauté de l’événement qui vient rompre avec ce que l’on connaissait déjà (c’est bien mieux que les expositions régionales du temps de mon enfance); l’inquiétude des Québécois qui prenaient le métro pour la première fois est subrepticement évoquée dans l’expression faciale des deux personnages; et finalement l’effort physique déployé par nos deux campagnards qui terminent leur séjour épuisé, les pieds trempés dans l’eau chaude.

Les élites ou les organisateurs ne demeurent pas en reste. Si le maire Jean Drapeau reçoit un certain éloge, la caricature écorche les élites pour les déboires dont elles sont considérées responsables, en particulier ceux de Logexpo[3]. Selon Curien, ces anicroches font du tort à toute la collectivité. Elles représentent également une matière à rire pour les caricaturistes. Cette fois, la perception est négative. En même temps, les dessins éditoriaux poussent à leur manière les organisateurs à améliorer certains aspects de l’Expo.

Le Québec ouvre ses portes au monde

Plusieurs caricatures montrent que le Québec ouvre ses portes au monde et aux autres nations. Les Québécois participent à la levée des barrières sociales entre les nations dans la paix et la coopération. L’Expo symbolise une trêve entre belligérants, un arrêt temporaire des conflits. «On se donne la main, on s’embrasse» suggère Lemieux (La Patrie, 30 avril). Les Québécois sont mêmes prêts à adopter pour un moment les mœurs étrangères comme l’illustre Berthio, alors que les visiteurs du pavillon mexicain font la siesta (La Presse, 5 juin). Le dessin de Raoul Hunter est très évocateur: un organisateur ouvre la porte de l’Expo à un globe terrestre sur patte qui s’y précipite en courant (Le Soleil, 27 avril 1967). L’illustration de Girerd du 30 avril l’est tout autant. On y retrouve la planète terre et une galerie de personnages. Nous en avons ressorti quelques passages significatifs. «Y sont capable de se mettre d’accord», rage Satan. Dieu déplore qu’on ne lui ait pas demandé la permission, ce qui exprime une certaine libération face à la religion. L’Expo est un événement qui suscite tant d’enthousiasme que deux types traversent l’océan à la nage pour s’y rendre! Un guérillero sud-américain rassure son camarade: «Ça fait rien on continuera notre révolution au retour». Dans le même registre, un arabe tonne: «Alors! Quand qu’on va la faire cette guerre à Israël si tout le monde s’en va?» et le président Johnson demande «Et ma guerre alors?». Dans La Presse du 16 mai, Pearson suggère à Diefenbaker qui l’empoigne par le collet de cesser les hostilités pour aller à l’Expo.

Pour la fête nationale du 24 juin, la Société Saint-Jean-Baptiste a choisi un thème approprié: «la vocation internationale du Québec». À cette fin, le premier ministre Daniel Johnson a personnellement invité 500 diplomates à suivre le défilé. Une part importante des spectateurs est composée d’étrangers venus fraterniser sur la Terre des hommes. C’est l’occasion rêvée de les impressionner: «Very exciting!» s’exclament deux d’entre eux qui se sont frayés un chemin dans la foule pour assister au défilé (La Presse, 23 juin).

La seconde bande dessinée de Chartier liée à l’Expo (Bulletin des agriculteurs, septembre 1967) rappelle l’hospitalité et la courtoisie des Québécois qui reçoivent les visiteurs. On est prêt à sacrifier son propre confort, le couple Onésime dormant dans un placard. Il ignorait avoir tant de parenté aux États-Unis. L’histoire évoque les nombreux visiteurs provenant de la Nouvelle-Angleterre. D’autres caricatures portent sur ces visiteurs qui débarquent à l’improviste chez ceux qui habitent près de l’Expo.

Les grands événements liés à l’Expo: Charles De Gaulle et le Centenaire de la Confédération

À l’exception de Logexpo et de quelques autres travers comme le coût élevé d’un repas au restaurant, on peut conclure jusqu’à maintenant que l’image de l’Expo 67 projetée par les caricatures est largement positive. On n’y retrouve pas de charge politique. La fonction naturelle de la caricature revient au galop avec la visite de Charles De Gaulle et le centenaire de la Confédération. Cette fois, on perçoit nettement le sentiment nationaliste dans de nombreuses caricatures. L’artiste indépendantiste, Pierre Dupras, publie son premier album de caricatures et de bandes dessinées, Vive le Québec libre. Le but de Dupras, contrairement à Berthio, par exemple, n’est pas nécessairement de faire rire. Le contenu est nettement partisan et propagandiste avec des dessins triviaux, agressifs, militants.

Dupras profite de la déclaration du président français, «Vive le Québec libre», et de sa popularité auprès des Québécois, pour défendre le camp des indépendantistes et démolir la fédération canadienne. «De Gaulle a éveillé des sentiments de fierté», illustre Dupras. Dans ses dessins, Baptiste est prêt à cesser de soutenir la fédération, symbolisée par une maison en décrépitude, pour applaudir le passage du Général. Celui-ci trempe son long nez dans la soupe pestilentielle de la fédération et sa déclaration comme quoi on assiste au Québec à «l’avènement d’un peuple qui veut disposer de lui-même» est représentée par un type qui sifflote en fabricant une bombe… Baptiste fait taire des anglophones méprisant en criant «Vive le Québec libre», alors que le premier ministre Johnson remet ses pantalons après avoir violé une dame centenaire qui symbolise la Confédération: «Daniel, c’est ce qui fait les grands hommes», déclare le général De Gaulle. Le propos de Dupras est exempt d’ambiguïté. Dans un dessin comprenant Baptiste et un Anglophone, il raconte que les deux solitudes ne se connaissaient pas. «On les a rapprochés» et «ils se sont connus», ce qui a valu à Baptiste un crachat au visage. Ce dernier a répliqué par une solide claque au visage. «Ils se sont séparés et vécurent heureux», termine Dupras. Le message de De Gaulle «Deux œuvres françaises: n’ayons pas peur de le dire et de le faire» entraîne Dupras à croquer des Québécois entrain de franciser l’affichage en anglais.

En 1967, Berthio publie un album décapant, Les Cent dessins du centenaire, édité par Parti pris, qui pourfend avec beaucoup de mordant la constitution et la fédération canadienne. Par exemple, il illustre le «fédéralisme coopératif» par les premiers ministres des provinces qui remettent une liste de leurs besoins, jetée systématiquement dans le feu par Pearson. Alors que l’importance de l’Expo 67 de Montréal comme événement restait rattachée au centenaire de la fédération canadienne, celle-ci est la cible des caricatures corrosives. Ottawa, pourtant perçu comme la puissance d’accueil, est écorché au passage par les caricaturistes. On peut y voir une façon pour les Québécois de renforcer leur identité nationale et leur caractère distinct.

Berthio présente «les jeux de la Confédération» où les provinces se tapent sur la tête à coup de bâton dans une arène de gladiateurs, au grand découragement de Pearson qui assiste au spectacle du haut de son estrade (La Presse, 28 juin). «Deux nations, deux cultures, deux styles», affirme-t-il encore, dessinant les Canadiens anglais avec un air sérieux et solennel brandissant droitement et fièrement la bannière de la Confédération, alors que les Québécois la tiennent négligemment tout en rigolant (La Presse, 1er juillet). «Ça n’a pas été facile, mais au moins on peut dire que le problème est réglé une fois pour toutes!» ironise Hunter qui dessine les signataires de la constitution de 1867 (Le Soleil, 2 juillet). Hunter précise également que la constitution canadienne n’est pas responsable de tous les travers de la société québécoise comme celui de l’affichage anglais au Québec: «Je ne vois rien là-dedans qui les oblige à faire ça» (Le Soleil, 23 juin).

Hunter et Girerd en particulier se plaisent à faire ressortir la complicité entre Johnson et le Général ou l’infériorité, la soumission de Johnson devant ce dernier qui se comporterait comme un colonisateur et un libérateur. Hunter l’imagine arrivant en renfort lors de la prise de Québec par les Anglais (Le Soleil, 22 juillet). Il croque Jean Drapeau, grimpé sur une chaise, tapant gentiment le président français sur la tête: «Si nous avons survécu, ce n’est pas grâce à la France», lui rappelle-t-il (Le Soleil, 29 juillet). Girerd symbolise le «rayonnement du français dans le monde» par Charles De Gaulle en berger avec un mouton, Daniel Johnson, autour du cou (Le Petit journal, 25 juin). Un mouton bêle, sitôt rabroué par un autre: «toé, tais-toé!»[4]. Johnson reçoit un téléphone de De Gaulle en répondant «À vos ordres, mon général!» (Le Petit journal, 16 juillet). Mais Girerd n’est pas dupe devant les propos du ministre Jean Marchand qui met en garde les Québécois contre l’impérialisme français, reproduisant l’ancien chef syndical avec deux boulets attachés à ses chevilles, celui de la Grande-Bretagne et celui des États-Unis (La Presse, 4 juin).

Comme on peut le deviner, plusieurs caricatures se moquent de l’embarras et de la réaction outrée d’Ottawa devant la célèbre déclaration de De Gaulle et la popularité de celui-ci auprès des Québécois. Berthio parle du «Québec à Gau Gau», caricaturant le président français qui danse au centre d’une foule en liesse brandissant des affiches sur lesquelles sont inscrits divers slogans nationalistes: «Du français partout», «Québec libre», etc. (La Presse, 29 juillet). La fête est ainsi gâchée, les politiciens fédéraux recevant la bannière du centenaire du Canada sur la tête sous une pluie torrentielle (La Presse, 5 août): «The show must Gaulle on!», se moque Berthio.

Les caricatures portant sur l’Expo 67 décrites dans cet ouvrage montrent sans aucun doute qu’elles tendent à renforcer l’identité nationale des Québécois. Elles expriment la fierté, l’ardeur et l’ouverture au monde des Québécois qui s’approprient l’événement. Elles contribuent à faire de l’Expo une activité populaire, familiale et un lieu de paix et d’harmonie. Alors que la caricature tend traditionnellement à porter une charge, nous avons vu que l’image projetée par celle-ci au sujet de l’Expo est largement positive. Même quelques-uns de ses travers raffermissent l’attrait de l’événement. Ce dernier prend une tournure plus politique avec la visite du Général de Gaulle et du centenaire de la Confédération canadienne. Ils sont l’occasion d’affirmer de nouveau l’identité et le caractère distinct du Québec et certaines caricatures apportent des munitions à ceux qui veulent des changements politiques importants. Il est intéressant d’observer qu’à l’inverse de l’Expo, le centenaire de la Confédération est passablement amoché sous la plume des caricaturistes. Selon nous, la caricature tend à refléter l’effet émancipateur de l’Expo. On peut conclure de ce travail que la caricature est révélatrice et représente un excellent moyen pour évaluer et mieux saisir un événement historique.

Mais il faut considérer que la caricature reflète l’opinion d’un artiste engagé. Par exemple, on note une différence notable entre le travail de Dupras et des autres artistes, moins militants et vindicatifs et sans doute plus impartiaux. De plus, une brève excursion dans les journaux avant la fin avril 1967 nous a plutôt montré des caricatures ridiculisant l’Expo 67… avant qu’il ait lieu! Elles mettaient l’accent sur la folie des grandeurs que représentait ce projet, comme de créer une île artificielle que l’on prévoyait s’effondrer et disparaître dans les eaux du fleuve Saint-Laurent. D’ailleurs, cette prédiction demeure tenace, puisqu’une caricature de Girerd parue le 2 juillet prévient que l’île va sombrer le lendemain. Les caricatures reflètent non seulement l’opinion de leurs auteurs, mais aussi celle de fragments de la population. Et comme cette dernière, malgré le scepticisme à l’égard de la réussite du projet, les caricaturistes semblent avoir finalement été conquis par l’Expo 67.



[1]. L’auteur a fait paraître en 2004 L’histoire de l’humour au Québec. De 1945 à nos jours, chez VLB éditeur, collection «Études québécoises».

[2]. Voir Pauline Curien, L’identité nationale exposée. Représentations du Québec à l’Exposition universelle de Montréal 1967 (Expo67), thèse de doctorat, Université Laval, 2003.

[3]. Pauline Curien nous explique qu’en accord avec la CCEU, le gouvernement du Québec avait entrepris «de combler le besoin de gîtes pour les millions de visiteurs. Logexpo devait recenser et accréditer les logements disponibles chez les habitants ou ailleurs. Le nombre de logements enregistrés par Logexpo était excessif et certaines accréditations injustifiées. C’est ainsi que de nombreux touristes se sont inscrits dans des motels inexistants ou insalubres, si bien que la CCEU a reçu 1900 plaintes au sujet de l’hébergement dont les trois quarts concernaient des bévues des services provinciaux», Pauline Curien, ibid., p. 179.

[4]. Girerd fait ici référence à une sortie de Maurice Duplessis contre son ministre Antoine Rivard, en pleine assemblée nationale: «tais-toé, Titoine» (surnom d’Antoine).