La participation canadienne aux expositions universelles et internationales (1958-2000)

Bryan Mac Donald[1]
Historien

Les expositions internationales et universelles ont, depuis le milieu du XIXe siècle, façonné les sociétés, et ce, malgré le fait qu’elles soient éphémères. Il s’agit d’événements majeurs ayant eu de nombreuses répercussions autant dans les pays hôtes que les pays participants. Cet article retracera la participation du Canada à certaines grandes expositions universelles et internationales du XXe siècle ayant eu lieu entre 1958 et 2000. Il s’agira essentiellement d’un regard sur la représentation du Canada et ses caractéristiques propres lors des expositions ayant eu lieu lors de la seconde moitié du XXe siècle. Il sera question de l’image que projette le pavillon du Canada, mais également ce qu’il contient et ce qu’il veut présenter au reste du monde. Les styles de représentations culturelles seront évidemment abordés, qu’il s’agisse de la journée nationale du Canada ou d’un spectacle présenté dans le cadre d’un programme culturel mondial. Bref, le texte abordera la participation canadienne aux cinq expositions suivantes: Expo 58 à Bruxelles, Expo 67 à Montréal, Expo 70 à Osaka, Expo 92 à Séville et Expo 2000 à Hanovre.

Expo 58: Bruxelles, Belgique

Le 29 octobre 1954, le Canada était le huitième pays à s’inscrire à l’exposition de Bruxelles sur un total de 48 nations participantes. Le pavillon occupait la onzième place en termes de superficie. Le Canada profitera de cette première exposition après la Seconde Guerre mondiale, mais il restera dans l’ombre des États-Unis, de l’U.R.S.S. et de la France.

Architecturalement parlant, le pavillon canadien était sous forme de parallélépipède d’acier et de verre, largement ouvert au soleil et à la lumière. Il était recouvert de parois translucides colorées qui s’animaient de taches bleues, jaunes et rouges, apportant ainsi une belle note de gaieté dans le paysage de l’Expo 58. On pouvait également emprunter un large escalier suspendu par des câbles qui menait à l’étage supérieur. L’extérieur du pavillon était constitué de magnifiques jardins qui présentaient quelques unes des particularités du paysage canadien soit les érables, les conifères et la toundra. Le thème du pavillon était: «L’homme et l’espace». L’espace ne représentait pas ici la conquête spatiale et les voyages interstellaires mais plutôt l’espace territoriale immense du Canada et ses enjeux. Le Canada qui était à cette époque la quatrième puissance commerciale au monde, était le représentant des 10 provinces. Le pavillon était divisé en 23 secteurs réunis sous deux facettes caractéristiques du Canada soit: la nation canadienne et les richesses commerciales du pays.

Dans le message d’introduction du livre intitulé Canada at Brussels 1958, le premier ministre John Diefenbaker stipule: «Le peuple canadien y est présenté sous ses différentes origines et nationalités sans le sacrifice des traditions et des coutumes. Les Canadiens espèrent que les hommes, les femmes et les enfants de plusieurs langues qui visiteront le pavillon du Canada comprendront qui nous sommes, comment nous vivons, comment nous réfléchissons et comment nous travaillons»[2].

En effet, l’histoire des pionniers qui ont façonné le Canada est abordée dans le pavillon canadien, ainsi que l’accueil chaleureux des Canadiens envers les immigrants de partout dans le monde. Le gouvernement canadien y décrit également la précarité et le désir de liberté des premiers colons. Les origines principales des Canadiens; le rôle de la paix, de l’harmonie et de la guerre dans l’histoire du pays; le dualisme linguistique entre les «French-Canadian» et les «Anglais» y est abondamment évoqué. Il y est question du climat, des saisons, de la géologie, de l’agriculture et donc de la répartition de la population en lien avec ses caractéristiques. La vie des pêcheurs, des bûcherons et des fermiers est représentée telle une vie synonyme de liberté et d’égalité. L’intégration rapide à la société canadienne y était mentionnée à plusieurs reprises. La liberté d’opinion et la liberté religieuse qui étaient à la base de l’organisation de l’État étaient présentées. Les petites villes typiquement canadiennes y sont représentées sous forme de maquette montrant la rue principale avec le salon de coiffure, les magasins d’alimentation, la coopérative et la banque. L’emploi, la répartition de la main-d’œuvre, la prévoyance sociale et la santé publique font également l’objet d’une section. Le Canada était décrit de la façon suivante: «Le Canada est bilingue: la majorité de la population parle l’anglais, une forte minorité est francophone»[3]. Le mode de vie des Inuits était également exprimé à travers l’art, par la reconstitution d’un igloo et par le transport à l’aide des traîneaux à chiens. On y soulignait: «les Esquimaux, libres de toute contrainte, ont adopté un mode de vie plus confortable, mais sont demeurés essentiellement pareils à leurs aïeux»[4]. Ainsi, selon le gouvernement canadien de l’époque, plusieurs Eskimos vivent encore à l’âge de pierre et aucune tentative d’assimilation des Autochtones n’est envisagée; il s’agit plutôt de tenter de les ajuster à la communauté diversifié qu’est le Canada. On présente le Canada comme étant différent des États-Unis, puisqu’il ne s’agit pas d’un melting pot mais plutôt d’une nation de minorités vivant sous les mêmes lois. On y fait mention du French fact in America. Toujours selon la présentation du Canada à l’Exposition de Bruxelles, la création du Dominion of Canada en 1867 a permis aux deux peuples fondateurs d’être sur le même pied d’égalité. Je cite: «Malgré les différences énormes qui séparent nos ancêtres, ce qui les unit fut plus fort que ce qui les divisait»[5].

L’économie canadienne est décrite par des termes tels que: technologie, science et mécanisation. «Maintenant, les Canadiens ne se demandent plus comment faire de l’agriculture sur des terres dures, mais plutôt comment faire pour utiliser au maximum ces récoltes abondantes»[6]. Le potentiel énergétique, le secteur manufacturier, le marketing, le marchandisage, les échanges mondiaux et le financement du développement canadien font l’objet de plusieurs sections. Concernant les richesses du pays, on retrouve une section sur l’agriculture qui est alors au troisième rang des activités nationales. On y présente les améliorations des différentes méthodes de cultures, les établissements des méthodes d’enseignement agricole, les travaux d’assèchement et d’irrigation et tout ce qui peut accroître la fertilité du sol. Une importante section sur la pêche qui est alors une source de revenus majeure pour le Canada fait également l’objet d’une section de l’exposition. La section de l’exploitation forestière et des industries connexes est bien évidemment la plus importante du pavillon puisqu’elle est en tête de l’économie nationale[7]. Les ressources minières font l’objet d’une section où est représenté une laverie utilisant une méthode révolutionnaire. On y explique aussi le développement des réseaux de transport pour permettre une meilleure accessibilité à d’énormes réserves de minerais: or, argent, plomb, cuivre, nickel et uranium. L’aluminium fait partie intégrante de l’exposition, particulièrement en lien avec l’industrie de l’automobile. Le second étage est réservé aux Beaux-arts, à la radio, aux institutions nationales et au rôle que le Canada joue dans les organismes internationaux. Toute l’organisation politique, économique, sociale et administrative du pays y est évoquée. Il est également question de la préservation de l’autonomie de chaque province.

Finalement, au niveau culturel, le Canada ne semble pas avoir rayonné. Sauf pour le prix de la meilleure utilisation de la couleur dans un film, soit: «Le merle» de Normand McLaren, un court-métrage de 4 minutes. Il y avait d’ailleurs une projection permanente au pavillon du Canada des œuvres d’animation du célèbre Norman McLaren. Une salle était consacrée à la musique et à la chorégraphie. Le Théâtre du Nouveau Monde s’était produit à Bruxelles à l’occasion de l’exposition. Il s’agissait de la présentation du temps des lilas au Festival mondial de 1958. La bibliothèque permettait aux visiteurs de prendre connaissance de certains livres, romans et journaux canadiens. À ma grande surprise, aucun grand spectacle ne provenait du Canada. Le 25 août 1958 est la journée du Canada à l’exposition universelle de Bruxelles. C’est le sénateur Mark Drouin qui représente le pays et qui, dans son allocution officielle, exprime l’idée de tenir une telle exposition à Montréal en 1967 pour célébrer le centième anniversaire de la Confédération canadienne.

Expo 67: Montréal, Canada

Puisque l’ensemble des articles porte surtout sur l’Expo 67, cette section ne sera qu’un bref aperçu de la participation canadienne à cette exposition. Dans le pavillon du Canada, Le Katimavik (lieu de réunion en Inuit), le pays sera exposé sous tous ses angles: sa technologie, son économie, ses aspirations, son mode de vie et son histoire. Puisque l’Expo 67 était un moment opportun pour le Canada d’étaler son savoir-faire, la mise en valeur des réalisations canadiennes en passant par les entreprises canadiennes jusqu’aux artistes canadiens fut à l’honneur. Tout comme à Bruxelles, il y était principalement question de la terre canadienne, du peuple canadien, du développement du Canada et de sa place dans le monde, du développement de l’agriculture et de l’industrie grâce aux moyens de transport et aux communications. La nature y est également représentée, cette fois sous la forme d’un immense érable stylisé. L’interdépendance du Canada et des nations y est également soulignée. Les éléments présentés sont les mêmes qu’à l’Exposition de Bruxelles en 1958, seuls les moyens utilisés ont changé. Une différence demeure: les provinces se représentaient à travers leur propre pavillon ou dans le cadre d’un regroupement de provinces dans un pavillon, contrairement à l’Expo 58.

La présence du Québec à l’Expo 67 était majoritairement exprimée dans le pavillon du Québec. Ce dernier était divisé selon trois thèmes: le défi, le combat et l’élan. «D’abord, le milieu naturel québécois et le défi qu’il lance à l’homme; ensuite le combat de l’homme avec ce milieu naturel; enfin la société et ses aspirations, c’est-à-dire l’élan d’un peuple vers l’avenir»[8] La nature, les saisons, le passé et aussi une vision positive de l’avenir étaient les sujets dominants du pavillon. «Le pavillon du Québec à l’Expo sera un reflet manifeste, éclatant et avant tout durable de ce singulier coin d’Amérique, de son économie et de sa vitalité culturelle»[9]. «Le Village» évoquait également les traditions québécoises puisqu’il exhibait des éléments distincts du Québec liés à la culture et à la langue française: «Ce coin entraînant de l’Expo vous offre des divertissements aussi caractéristiques que les danses carrées à la Place du Québec, ainsi que la dégustation de boissons traditionnelles chez Rose Latulipe»[10]. Ainsi, on mise sur le caractère d’universalité du Québec: «il s’agit de symboliser l’état d’un peuple de culture française, mais de civilisation nord-américaine»[11] «L’idéal à atteindre, c’est de représenter le concret, l’évolution et les aspirations du peuple québécois en ce qu’elles ont de bien distinct tout en visant à une expression d’universalité que tous les visiteurs pourront reconnaître»[12].

L’Ontario se représentait comme une province riche et prospère où le progrès associé aux communications occupait une place primordiale: le pavillon de cette province renfermait 30 pièces d’expositions, mais la principale attraction consistait en un théâtre capable de recevoir 350 personnes. Les quelques descriptions du pavillon de l’Ontario font également l’éloge de la situation industrielle et financière de l’Ontario: «À l’intérieur du pavillon, on présentera, en anglais et en français, 16 étalages décrivant la vie et l’industrie de cette province canadienne»[13].. De façon générale, «les éléments d’exposition ont pour sujet le peuple. Ils reflètent l’humeur, le caractère et le dynamisme de la province»[14]. L’Ontario tentait d’attirer les touristes et les investisseurs du Canada et du monde entier en Ontario.

Contrairement à ceux du Québec et de l’Ontario, le pavillon des provinces de l’Atlantique était l’œuvre d’un regroupement de quatre provinces. Il s’agissait du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse, de l’Île-du-Prince-Édouard et de Terre-Neuve. Le pavillon était divisé en cinq sections principales où la tradition et le progrès par l’énergie marémotrice et la recherche scientifique, s’harmonisaient. Les richesses naturelles, principalement les forêts et les mines y étaient également présentées. Dans les autres sections, «des éléments d’exposition illustreront la culture et son évolution dans ces provinces, alors que plus loin, d’autres éléments montreront le développement industriel de l’heure»[15]. Le domaine touristique était également abordé. Chacune des provinces présentait ses festivals, ses loisirs et sa propre gastronomie. Ainsi, même si le pavillon rassemblait les provinces sous un seul toit «chacune des provinces atlantiques revendique sa distinction»[16]. Il s’agissait bien d’une distinction par rapport aux autres provinces et non par rapport au Canada. Dans ce pavillon, le but principal n’est pas de présenter chaque province comme une entité, mais plutôt comme un tout. Un chantier naval réunissait également les provinces qui, pendant la durée de l’Expo, construisaient une goélette.

La création du pavillon des provinces de l’Ouest était similaire à celle du pavillon des provinces de l’Atlantique. Il s’agissait du résultat d’une alliance entre quatre provinces. La section principale proposait un rappel architectural de la topographie et des caractéristiques des provinces de l’Ouest[17] et l’autre partie, illustrait leur développement social et culturel[18]. Le pavillon «exprime avec beaucoup de pittoresque les richesses naturelles des régions occidentales du Canada»[19]. Les représentants favorisaient beaucoup le volet économique et financier de l’exposition puisqu’il était souvent question de l’industrie pétrolifère, minière, de l’électricité et des pêches.

Les pavillons thématiques liés au thème principal «Terre des Hommes» étaient également une forme de participation canadienne unique à l’Exposition, mais l’immensité du contenu de chacun d’entre eux ne peut être relaté dans le cadre de ce texte, puisqu’il pourrait être un sujet d’article en soi. Concernant la participation culturelle du Canada à l’Expo 67, il est primordial de souligner les Journées spéciales et nationales à la Place des Nations: la ville de Montréal, la veillée de la Saint-Jean et toutes les provinces canadiennes. Les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon n’ont pas été représentés lors d’une journée spéciale. Finalement, les institutions musicales canadiennes[20] ayant participé à l’Expo 67 sont trop nombreuses et le programme artistique[21] est trop riche pour pouvoir nommer tous les acteurs y ayant collaborés. Un constat est évident: la participation culturelle du Canada à l’Expo 67 est beaucoup plus impressionnante qu’à l’Expo 58.

Expo 70: Osaka, Japon

Le Commissaire général du Canada à l’Expo 70 était Patrick Reid et les thèmes abordés dans le pavillon canadien concernaient l’étendue de notre pays, la diversité de notre population et l’évolution continue qui nous entraînent dans un monde de découvertes. La participation enthousiaste des gouvernements et des gens du monde entier à l’Expo 67 amène le Canada à jouer un rôle prépondérant à l’Expo 70 à Osaka, au Japon, dans cette première exposition universelle et internationale en territoire asiatique. Les quatre pavillons érigés par le Canada, sont celui du Canada, de l’Ontario, du Québec et de la Colombie-Britannique. Il s’agit du pays qui a, excepté le Japon, construit le plus de structures à l’Expo 70. En reconnaissance de cette quadruple participation, quatre timbres commémoratifs ont été mis sur le marché.

Au niveau culturel, il y a la distribution d’Anne aux pignons verts et la participation de l’Orchestre Symphonique de Montréal sous la direction de Franz-Paul Decker (1967-1975) avec Maureen Forrester et Ronald Turini. De plus, les Collectors écrivirent et enregistrèrent la musique de la production de l’ONF Don’t Let Angels Fall et de la présentation multimédias au pavillon canadien de l’Expo 70. Édith Butler a chanté pendant six mois au pavillon canadien de l’Exposition universelle d’Osaka au Japon et Renée Claude fut également en vedette durant deux semaines au Pavillon du Canada. Un groupe de clochettes de Prince George en Colombie-Britannique a de plus été invité par le gouvernement du Japon à jouer à l’Expo 70 à Osaka. Finalement, le premier film IMAX jamais réalisé «Tiger Child», dirigé par le producteur canadien Donald Brittain, a joué en grande première mondiale à l’Expo 70.

La participation du Québec à Osaka a fait l’objet de deux articles dans la revue Châtelaine. Le pavillon du Québec a été conçu par M. Julien Hébert qui avait participé au pavillon du Québec à l’Expo 67 et le commissaire général était M. Michel P. Boudriau. Quinze hôtesses québécoises assistées de quinze hôtesses japonaises et de sept guides trilingues illustraient l’hospitalité du Québec. La jeunesse et le dynamisme québécois sont représentés dans le pavillon du Québec dans le but de s’attirer la sympathie des millions de visiteurs. Le pavillon du Québec présentait les quatre saisons dans un décor en Plexiglas, ses grands espaces, son héritage de cultures diverses, son architecture osée, son art révolutionnaire et une pensée nouvelle. La joie de vivre des Québécois se reflétera dans le carnaval d’hiver, tandis que la production artistique et technologique seront présentées par des films sur écrans multiples et les sports sur diapositives. Trois innovations québécoises seront également présentées sous formes de maquette ou en reproduction. Il s’agit du pied du module lunaire de M. Lucien Héroux, de la Turbine United Aircraft fabriquée au Québec et du modèle du satellite Isis 1 réalisé chez R. C. A. au Québec. La Belle Province offre également sa gastronomie dans un minibar restaurant. On ne peut passer sous silence Edmundo Chiodini et ses nombreuses créations de marionnettistes. Après Pépinot et Capucine, le professeur Calculus et Bobinette, il créé un village inuit, un patineur, des amoureux québécois, un pêcheur, un chasseur et de nombreuses marionnettes pour le bonheur des enfants du monde. La haute couture québécoise était également à l’honneur à l’Expo 70 avec la conception des habits des hôtesses québécoises par Anne-Marie Perron et ceux des japonaises par le couturier Jacques de Montjoye. Avant de passer à la participation canadienne à l’Exposition de Séville en 1992, il serait important de souligner et de comprendre, peut-être dans une prochaine recherche, les raisons de l’énorme écart de 22 ans qui sépare l’Expo 70 et l’Expo 92.

Expo 92: Séville, Espagne

La participation canadienne à l’Expo 92 de Séville sera perçue à travers le pavillon canadien et la participation culturelle du Canada. Tout d’abord, une forte commercialisation et promotion quelques mois avant l’Expo 92 a permis d’attirer les foules et les médias au pavillon, ce qui a permis selon le Commissaire général, le succès du pavillon canadien. De plus, il y a eu l’adoption par le pavillon du Canada d’une école, Nuestra Senora de Guia, dans un quartier défavorisé de Séville et la participation du personnel dans diverses activités typiquement sévillanes lors de la semaine sainte et de la Féria. La collaboration entre l’équipe du pavillon et l’ambassade du Canada à Madrid a également contribué au succès de la participation du Canada. La meilleure façon de décrire le pavillon canadien est en citant l’architecte M. Thom: «Au lieu de construire un pavillon canadien en Espagne, j’ai décidé de construire un pavillon espagnol à la façon canadienne»[22].

Le Canada a mis l’accent sur les innovations scientifiques et technologiques, sur ses habitants et son territoire. Le gouvernement voulait d’abord présenter le Canada comme un pays mûr, avancé sur le plan technologique, qui se dirige avec confiance vers le prochain millénaire. Deuxièmement, il souhaitait donner l’image d’un pays étant un solide partenaire commercial pour l’Europe de 1992 et un lieu d’investissement intéressant et, troisièmement faire valoir le Canada comme une destination touristique fascinante et agréable. Le principal objectif était d’ébahir le grand public et d’attirer les foules à l’aide de la technologie. Le pavillon était le lieu de rencontre des spécialistes et des acheteurs en audiovisuel. De plus, la cour intérieure était une scène de verre ou se déroulait constamment des activités permettant de divertir les visiteurs dans la file d’attente. Le cinéma Imax fut la principale attraction et le meilleur moyen d’étaler la technologie de pointe du Canada puisqu’il s’agissait d’un produit IMAX haute définition et également du plus haut écran au monde. Le spectacle d’introduction fut un succès puisque le Canada a été le seul pays à se présenter avec humour. Il s’agissait d’un film intitulé Canada – Un autre film officiel. Le film s’amuse des clichés qui caractérisent l’image du Canada à l’étranger, depuis la GRC jusqu’à l’hiver. Le côté plus sérieux du film présentait le Canada comme un grand pays à la topographie et au climat variés, un pays développé, axé sur le commerce et doté de centres urbains impressionnants.

Contrairement à la précédente exposition, le pavillon et la salle d’exposition, de plus de 1 000 m2, était partagée par le gouvernement fédéral, l’Ontario, le Québec et la Colombie-Britannique. Elle était axée sur des présentations interactives. Le gouvernement fédéral s’est concentré sur la technologie de pointe telle que les satellites de télédétection, l’exploration sous-marine, l’observatoire de neutrinos à Sudbury et l’essai de navires dans les bassins à vagues. Il a de plus présenté des messages environnementaux sur la couche d’ozone et sur la surpêche. Finalement, le simulateur de motoneige grandeur nature du dernier modèle Bombardier a plu énormément aux visiteurs. L’Ontario a choisit l’eau comme moyen de présentation et comme élément de lien dans son exposition qui se divisait en trois sections. L’Ontario présentait une expérience de son et lumière des chutes Niagara, suivi d’une section où l’accent était mis sur les richesses hydrologiques et minérales de la province. Finalement, l’innovation et la technologie furent présentées de façon interactive en lien avec la robotique et les technologies de l’information. Le thème de la «Belle Province» était «Le Québec, c’est l’Amérique et plus». Des personnages y présentaient la culture, les grandes villes, les innovations technologiques et les préoccupations environnementales de la province. En matière de technologie, le Québec a mis l’accent sur son savoir-faire en communications et en aérospatiale. Contrairement aux autres, le Québec offrait une narration en français, en anglais et en espagnol. La Colombie-Britannique et son slogan «Super, Natural British Columbia» s’est concentrée essentiellement sur la beauté naturelle de ses montagnes, de sa forêt aux arbres centenaires et ses eaux, dans un objectif essentiellement touristique. Les Territoires du Nord-Ouest ont exploité une boutique de souvenirs en plein-air offrant des produits d’artisanats haut de gamme ainsi qu’un restaurant «Aurorales» qui simulait un milieu arctique. Entouré de miroirs qui donnaient l’impression d’une immense pièce, et éclairée par des centaines de petites étoiles, les clients avaient l’impression de manger sous une nuit polaire.

Les objectifs de la participation du Canada furent donc de rehausser le profil du Canada dans l’Europe de 1992, en créant une impression favorable et durable du Canada auprès des gouvernements, des milieux d’affaires et du public. De plus, il s’agissait de stimuler l’intérêt commercial et le tourisme; de montrer que le Canada est un pays avancé, dont la population dynamique et multiculturelle ferait un excellent partenaire pour l’Europe au XXIe siècle et finalement démontrer le savoir-faire canadien en matière de haute technologie.

Expo 2000: Hanovre, Allemagne

Concernant la participation du Canada à l’Exposition d’Hanovre en 2000, les visiteurs qui ont franchit le seuil du pavillon canadien ont découvert tout d’abord la beauté des paysages, illustrée, au rythme des saisons, par les peintures en trois dimensions d’artistes canadiens. Les saisons se succédaient au fil de l’eau, symbolisée par une «rivière» de 500 moniteurs télé et d’images transparentes lumineuses encastrées dans le sol. Le Canada donnait l’image d’une nation résolument tournée vers l’avenir, où il faisait bon vivre en particulier grâce à une gestion intelligente des ressources naturelles ainsi qu’à l’esprit de solidarité et à la force de cohésion qui animent sa population. La «rivière» entraîne les visiteurs vers un cinéma panoramique qui, dans un spectacle multisensoriel, met en scène les ressources naturelles et le savoir-faire technologique du Canada. Avec l’eau comme grande toile de fond, les visiteurs ont fait l’expérience des paysages canadiens, de ses collectivités et de ses milieux artistiques, culturels et technologiques par un univers pictural, sonore et lumineux tridimensionnel. Les expositions multimédia à la fine pointe de la nouveauté ont présenté le Canada comme un pays qui joue le rôle de leader sur le plan technologique, qui est conscient de son environnement et qui est culturellement varié. Le Canada a déployé son histoire à travers les quatre saisons et par l’entremise de trois thèmes intégrés: «L’Esprit de solidarité», «Gestionnaires de la terre» et «S’ouvrir au futur». Le pavillon du Canada raconte donc le cheminement accompli vers l’établissement d’un équilibre durable entre les citoyens, la terre et les industries. Le pavillon et sa programmation appuient bien évidemment les intérêts économiques et commerciaux du Canada. Conçu par Kadoke Displays Limited de Toronto et Lambert Multimédia de Montréal, le pavillon du Canada est constitué d’une signature graphique sur l’extérieur, où sont représentés les engagements de la Déclaration de Rio, réunies par une feuille d’érable de 19 mètres de hauteur symbolisant le Canada au sein de la collectivité mondiale. Pour appuyer les intérêts commerciaux et économiques du Canada, le Gouvernement a prévu toute une gamme de conférences, d’échanges universitaires, de séminaires commerciaux, de journées d’entreprises et de semaines thématiques.

La participation du Canada à Expo 2000 a été dirigée par le ministère du Patrimoine canadien. Toutefois, d’autres ministères fédéraux ont participé à l’Exposition: le Ministre des Affaires étrangères et du Commerce international, celui d’Environnement Canada, d’Industrie Canada, des Ressources naturelles du Canada, du Développement des ressources humaines au Canada, des Travaux publics et Services gouvernementaux du Canada, de Transports Canada, d’Agriculture et d’Agro-alimentaire Canada et le ministère du Solliciteur général du Canada. Les autres ministères et sociétés canadiennes contribuant aux activités dans le pavillon du Canada étaient le Musée des beaux-arts du Canada, le Patrimoine canadien, le Musée canadien des civilisations, les Affaires indiennes et du Nord du Canada, le Centre national des arts, Parcs Canada et la Gendarmerie royale du Canada. Il y avait également une équipe de l’Alberta et des représentants des Communautés du nord de l’Ontario qui participaient à l’Expo 2000. Au pavillon, le Réseau Canadien d’Information sur le Patrimoine (RCIP), volet du ministère du Patrimoine canadien, avait mis sur pied un site Web présentant d’importants documents relatifs aux immigrants venus d’Allemagne. Il mettait en valeur divers aspects de la migration des Allemands vers le Canada à partir de 1750 et montrait ses effets sur les deux pays. Plusieurs commanditaires et exposants ont participé à l’Expo 2000. Il y avait la Commission canadienne du tourisme, l’Initiative de paix «I Human 2000», Industrie Canada, le centre écologique canadien, la Société canadienne d’hypothèques et de logement en partenariat avec Ressources naturelles Canada et Zenon Environmental Inc. qui avaient présenté l’Exposition: «Le miracle technologique qui met fin à la pollution de l’eau». Concernant les projets canadiens, Expo 2000 avait sélectionné sept projets internationaux proposés par des organismes canadiens pour ses projets du monde entier (c’est plus que tous les autres pays): la banane Mona Lisa, les collecteurs de brume, l’apprentissage au service d’un avenir durable, le réseau WETV, la Fondation Smartrisk, la Nation crie Oujé Bougoumou, et les moustiquaires traitées à l’insecticide.

La programmation culturelle du pavillon du Canada avait été réalisée par le Centre national des Arts. La Fête du Canada de l’an 2000 a été soulignée par une brochette exceptionnelle d’artistes, d’artistes de la scène et d’organismes culturels de l’ensemble du pays. Des centaines de spectateurs ont participé avec enthousiasme aux célébrations s’échelonnant sur toute la journée. Au programme il y avait le Corps de cornemuses et de tambours du Commandement aérien du Canada, la plus ancienne fanfare de cornemuses et de tambours formée de bénévoles dans les Forces canadiennes; Aqsarniit, un groupe d’artistes Inuit spécialisé dans le tambour et le chant guttural qui contribuent à préserver et à promouvoir la culture inuit de par le monde; DynamO Théâtre, un groupe montréalais de renommée internationale qui allie le théâtre aux mouvements acrobatiques; le Galaxy Trio, des musiciens de jazz et de musique classique; Tling Jingaas, une troupe d’artistes Haïda de la Colombie-Britannique qui célébrait par le chant et la danse, la richesse patrimoniale de ce peuple; et World on a String, un groupe de dix violonistes et de violoneux d’horizons musicaux variés et de diverses régions du Canada.

Conclusion

Le Canada a su démontrer durant les expositions internationales et universelles de cette deuxième moitié du XXe siècle, une persistance dans certains éléments de représentation. L’immensité de son territoire, ses paysages à couper le souffle et la passion de ses habitants sont à la base de chacune des représentations. Certes, plusieurs éléments caractéristiques sont repris à chaque exposition, mais le Canada a aussi mis l’accent dans son pavillon sur les innovations scientifiques et technologiques. Ainsi, ce sont plutôt dans les moyens utilisés que le Canada offre une vitrine différente exposition après exposition. Après avoir été l’hôte d’une exposition en 1967, le Canada veut poursuivre en 1970, à Osaka, l’aventure de représenter le pays sous de nombreux pavillons. Il en sera autrement pour l’Exposition de Séville en 1992 et à Hanovre en l’an 2000, où le Canada n’est représenté que par un pavillon national réunissant plusieurs provinces sous un même toit. Finalement, la représentativité du Canada à travers les expositions universelles et internationales de 1958 à 2000 se limite à une image fixe de son territoire, à un constant message de bienvenue de sa population chaleureuse et à une vision féerique de sa modernité; cachant néanmoins un objectif économique constamment lié à chacune de ses représentations.



[1]. L’auteur a produit un mémoire de maîtrise en 2005 au département d’histoire de l’Univesité du Québec à Montréal intitulé «La conception de l’Expo 67: le projet de la Compagnie canadienne de l’exposition universelle de Montréal», 113 p.

[2]. Department of Trade And Commerce, Canada at Brussels, Ottawa, Queen’s printer, 1957, p. 5.

[3]. Exposition universelle et internationale de Bruxelles, 1958, [Mémorial édité par le Commissariat général du Gouvernement près l’Exposition], Bruxelles, Établissements généraux d’imprimerie, 1959-1962], 8 volumes, p. 52.

[4]. Ibid., p. 54.

[5]. Department of Trade And Commerce, Canada at Brussels, Ottawa, Queen’s printer, 1957, p. 8

[6]. Ibid., p. 21.

[7]. Exposition universelle et internationale de Bruxelles, 1958, [Mémorial édité par le Commissariat général du Gouvernement près l’Exposition], Bruxelles, Établissements généraux d’imprimerie, 1959-1962], 8 volumes, p. 50.

[8]. Expo Journal, Compagnie Canadienne de l’Exposition Universelle [ci-après C.C.E.U.], vol. 2, no. 6, juillet 1965, p. 6.

[9]. Expo Journal, C.C.E.U., vol. 1, no. 3, 28 novembre 1964, p. 3.

[10]. Guide officiel, C.C.E.U., Les Éditions Maclean-Hunter, 1966, p. 251.

[11]. Expo Digest, C.C.E.U., vol. 1, no. 18, 4 novembre 1964, p. 4.

[12]. Ibid., p. 4.

[13]. Expo Journal, C.C.E.U., vol. 2, no. 11, décembre 1965, p. 12.

[14]. Guide Officiel, C.C.E.U., Les Éditions Maclean-Hunter, 1966, p. 158.

[15]. Expo Journal, C.C.E.U., vol. 2, no. 10, novembre 1965, p. 8.

[16]. Yves Jasmin, La petite histoire d’Expo 67, Montréal, Éditions Québec/Amérique, p. 377.

[17]. Expo Journal, C.C.E.U., vol. 2, no. 3, avril 1965, p. 7.

[18]. Expo Digest, C.C.E.U., vol. 2, no. 11, 17 mars 1965, p. 2.

[19]. Guide Officiel, C.C.E.U., Les Éditions Maclean-Hunter, 1966, p. 162.

[20]. Ibid., p. 223.

[21]. Ibid., p. 229-232.

[22] Rapport final, Pavillon du Canada, Exposition Universelle (Expo 92), Séville, Espagne, Ottawa, Ministère des Affaires étrangères et du Commerce international du Canada, 1994, p. 12.