Premier dossier thématique. L’Expo 67, 40 ans plus tard : Présentation

Denis Monière
Président de la Société du patrimoine politique du Québec

À titre de président de la Société du patrimoine politique du Québec, il me fait plaisir de vous souhaiter la bienvenue aux deuxièmes entretiens Pierre-Bédard. La tenue de ce deuxième colloque est pour notre jeune association un signe que nos activités suscitent suffisamment d’intérêt pour nous installer dans la durée. La mission de la Société est de mettre en valeur l’histoire politique du Québec en commémorant des événements ou des acteurs qui ont marqué l’évolution de la société québécoise.

L’organisation de ces colloques annuels remplit deux objectifs: stimuler le goût pour la recherche sur le Québec et laisser des traces de nos réflexions par la publication des actes de ces colloques dans le Bulletin d’histoire politique du Québec. L’an dernier nous avons commémoré le cinquantième anniversaire de la publication du rapport de la commission royale d’enquête sur les problèmes constitutionnels, dit Rapport Tremblay. Cette année le Conseil d’administration a choisi de mettre les projecteurs sur l’Expo 67 et ses effets sur la construction identitaire. Deux raisons ont motivé ce choix. D’une part, nous avons estimé que cet événement représentait un des rares moments positifs dans l’histoire du Québec moderne. D’autre part, à notre connaissance il n’y avait pas encore eu de réflexions collectives sur cette période «euphorique» de notre histoire.

L’histoire des sociétés est scandée par des événements festifs ou dramatiques qui déterminent la conscience collective. Expo 67 a été à cet égard un moment de fierté collective exceptionnel. Tout nous semblait possible. Certains ont même dit que ce fut l’apothéose de la Révolution tranquille qui a incarné l’affirmation du Québec moderne[1]. Après une rénovation en profondeur de la société nous pouvions montrer au monde entier ce que nous étions devenus.

À cet égard, Expo 67 symbolise l’ère des grands projets et suscite une certaine nostalgie dans cette période de morosité où les horizons sont nébuleux. À l’inverse de ce que nous vivons aujourd’hui, le Québec d’alors se découvrait maître d’œuvre de lui-même. Tout nous semblait possible, il suffisait de vouloir pour entreprendre. Nous pouvions construire un métro, ériger des barrages, faire surgir une île du fleuve. Le tissu urbain de Montréal était chambardé par la frénésie de construction d’autoroutes et de grattes ciel. Expo 67 révélait une société habitée par le souffle, l’élan créateur, le dynamisme de la jeunesse. Même s’il est difficile de le démontrer empiriquement, ce nouveau pouvoir exercé sur l’environnement physique a participé au changement des mentalités. Ces réalisations ont modifié la perception que les Québécois avaient d’eux-mêmes. Nous étions loin des porteurs d’eau. Nous étions capables de réaliser de grandes choses. Après autant de réussites sur le plan matériel pourquoi s’arrêter en chemin et ne pas envisager la transformation des rapports sociaux, politiques et linguistiques?

Certes, Expo 67 n’a pas été le déclencheur mais le catalyseur qui permettait d’entrevoir un horizon politique différent surtout que 1967 était aussi l’année du centenaire de la Confédération. Cette coïncidence rendait plus tangible la contradiction entre le nouveau dynamisme québécois et les contraintes du régime fédéral où les francophones avaient la part congrue des postes de pouvoir.

Sans aller jusqu’à parler de relation de cause à effet, on peut à tout le moins souligner la concordance des phénomènes. Il ne faut pas non plus oublier de situer dans ce panorama les ondes de chocs du discours du Général de Gaulle qui est venu apporter une caution internationale à ce qui se passait ici. Voilà quelques pistes de réflexions sur le processus de transition identitaire que nos conférenciers sauront développer.



[1]. Le Devoir, 27 avril 2007, p. A8.