Recension : Serge Bernier et al., Québec, ville militaire, 1608-2008, Montréal, Art Global, 2008, 347 p.

Mourad Djebabla
Chercheur post doctoral
Université McGill

À l’occasion du 400e anniversaire de la ville de Québec, l’ouvrage Québec, ville militaire, 1608-2008 tend à nous faire découvrir la ville de Québec par le biais de son inscription dans le fait militaire. En effet, les historiens Serge Bernier, Jacques Castonguay, André Charbonneau, Yvon Desloges et Larry Ostola proposent de découvrir la ville de Québec sous l’angle de son rapport à l’histoire militaire. Cette étude a ainsi le mérite de présenter Québec à la lumière de son passé militaire et cela, de la Nouvelle-France jusqu’à nos jours. Ce livre apporte un éclairage majeur, et encore trop souvent méconnu, sur la ville de Québec et son rapport à l’histoire militaire du Canada.

Pour ce faire, le livre se divise en quatre grandes parties. Les trois premières se présentent comme des études historiques visant à rappeler les différents éléments militaires qui jalonnent l’histoire de la ville, de sa fondation, au XVIIe siècle, jusqu’au XXIe siècle. Par le biais d’un récit linéaire, nous abordons diverses périodes de l’histoire militaire de Québec. Les développements concernent ainsi la fondation de la ville par Champlain, en soulignant notamment l’intérêt stratégique du choix géographique du haut du Cap Diamant. La période de la Nouvelle-France est également développée avec la question de la vie des troupes dans la ville. Est-il également besoin de rappeler que c’est à Québec, en 1759, que se joua le sort de la colonie française? Le traitement du régime britannique rend par la suite compte d’une ville de garnison où les troupes anglaises tendent à faire partie de la vie urbaine du XIXe siècle. Enfin, la période contemporaine permet de mettre en lumière l’impact des conflits mondiaux sur la ville de Québec, notamment avec la mobilisation de la population pour les industries de guerre, la question de l’intérêt stratégique du port de Québec, et les troupes que la ville renferme, en particulier le 22e bataillon, unité francophone créée lors de la Première Guerre mondiale et qui choisit, dans l’entre-deux-guerres, de s’établir dans la ville.

Par le biais de ces trois premières parties, l’ouvrage nous permet de suivre l’évolution et l’exploitation militaire de la ville de Québec à travers ses 400 ans d’histoire. Ceci nous permet d’appréhender le fait qu’à travers le temps et les différents régimes qui jalonnent l’histoire du Québec et du Canada, la présence de l’armée, au sein de la ville de Québec, marquait la vie des habitants au quotidien, que ce soit pour le casernement des troupes, les aires destinées aux entraînements, ou, comme le rappellent les auteurs, à différents moments de l’histoire, l’aide de l’armée aux pouvoirs civils pour encadrer et contrôler les violences de la population. Sans doute que l’exemple le plus connu est celui des émeutes sanglantes de Québec, de Pâques 1918, réprimées par l’armée.

La quatrième partie est fort enrichissante. Après avoir dressé un rappel historique de la ville de Québec abordée sous l’angle de son passé militaire, ce sont les traces de ce passé qui sont mises en valeur avec un développement sur le patrimoine militaire de la ville. Ce patrimoine, comme nous permet de le découvrir le livre, ne se résume pas à la seule Citadelle et aux portes fortifiées de la ville, il concerne également les différents lieux commémoratifs qui jalonnent l’espace urbain, comme les monuments à la gloire de victoires, de généraux ou de soldats, des plaques, ou des vestiges et traces archéologiques de casernes et de bâtiments militaires, comme le Manège militaire de Québec, qui rappellent combien la ville de Québec est inscrite dans l’histoire militaire du Canada. Comme le souligne également André Charbonneau, la trame urbaine intra-muros du Vieux-Québec est un témoin de l’urbanisme militaire des XVIIe et XVIIIe siècles. C’est le cas, par exemple, de l’Alignement des rues Saint-Louis, Sainte-Anne, Mont-Carmel et Côte de la Fabrique, qui convergent vers la Place d’Armes, et qui sont le résultat d’une planification urbaine radiale conçue par le gouverneur Montmagny et l’ingénieur Bourbon, au milieu du XVIIe siècle.

Pour ajouter à la qualité de cette étude, celle-ci renferme nombre d’iconographies en couleur, ainsi que des tableaux et diagrammes qui nous permettent de mieux appréhender ce passé militaire de la ville. Il convient enfin de souligner l’heureuse initiative des auteurs de publier, à la fin de l’ouvrage, nombre d’informations utiles pour des lecteurs peu habitués à la question de l’histoire militaire. C’est ainsi que nous retrouvons un lexique des principaux termes techniques reliés à l’architecture militaire (courtine, cunette), en plus de brefs rappels et d’une bibliographie sélectionnée des principaux événements militaires et diplomatiques qui ont pu influer sur la ville de Québec, de 1608 à nos jours. De même, remarquons que l’ouvrage propose de brèves notices biographiques des principaux personnages liés à l’histoire militaire et dont le nom est rattaché à la ville de Québec.

À la lumière de ces différents éléments, ce livre s’avère être un outil accessible et fort utile pour quiconque s’intéresse à l’histoire militaire en général ou au passé militaire de la cité de Québec. Par sa présentation, cette étude s’adresse au plus grand nombre, et c’est tant mieux, car elle permet ainsi de diffuser auprès du grand public des éléments encore trop souvent méconnus, au Québec même, sur le rapport de la ville de Québec à la donne militaire. Sans nul doute, Québec, ville militaire constitue une référence pour appréhender la ville de Québec sous l’angle de l’histoire militaire.