Recension : Serge Joyal et Paul-André Linteau (dir.), France-Canada-Québec. 400 ans de relations d’exception, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2008, 324 p.

Jacques Portes
Histoire
Université de Paris 8 Vincennes à Saint-Denis

Ce gros ouvrage correspond aux actes de deux colloques, l’un tenu à Paris, l’autre à Ottawa, avec le titre «L’empreinte de la France au Canada». Heureusement, une sélection a été faite, car nombre des intervenants de ces rencontres ne pouvaient rien produire de solide. Onze chapitres subsistent, qui, sur un mode semi-chronologique, couvrent assez complètement cette longue période: les trois premiers (Alain Beaulieu, John A. Dickinson, Françoise Le Jeune) mènent de la période coloniale au milieu du XIXe siècle; les cinq suivants (Fernand Harvey, Guy Martinière, Yves Frenette, Paul-André Linteau et Didier Poton-François Souçy) font le point sur les grandes questions de manière diachronique, mémoire, identité, immigration, économie, culture; le trio final est centré sur le XXe siècle (Max Nemni, Jacques Palard, Yannick Gasquy-Resch) avec un aperçu sur les deux guerres mondiales, une étude diplomatique depuis 1960 et un essai sur les échanges culturels depuis la même date. Chacun des chapitres correspond à un travail de synthèse étant donné l’exigence de cette thématique. Certains auteurs en profitent pour faire le point sur l’historiographie récente et tentent quelques interprétations: c’est le cas d’Alain Beaulieu sur les relations entre Français et Indiens, de Fernand Harvey sur les relations culturelles de 1760 à 1960, de Max Nemni à propos de la place des Canadiens français lors des deux conflits mondiaux et de Yannick Resch qui montre bien l’accumulation des échanges culturels franco-québécois en une cinquantaine d’années. Les uns livrent un bon survol (Martinière sur le souvenir historique de Champlain, Frenette sur l’identité des francophones, Linteau sur l’immigration, Poton et Soucy sur les échanges économiques). D’autres sont moins convaincants, qui utilisent des sources, sans aucune bibliographie récente (Françoise Le Jeune sur les relations entre 1760 et 1855) ou se contentent d’une chronique des rencontres franco-québécoises (Jacques Palard sur les relations récentes).

Cet ouvrage est remarquablement bien illustré avec de nombreuses images qui correspondent au sujet, mais il est dépourvu d’index. Sa conception ne résout pas le problème identitaire profond: car la France n’a vraiment laissé une marque forte que dans le Québec actuel, les autres francophones du Canada n’ont pas la même identité (Nemni le montre bien à propos de leur participation aux deux guerres mondiales) et si les relations internationales se font entre les deux États de la France et du Canada, l’essentiel des échanges sont structurés entre Québécois et Français (Harvey et Resch le prouvent sans ambiguïté) et, en dépit des conclusions de Jacques Palard, les touristes français se rendent massivement dans le seul Québec. Sous cet angle, le changement impulsé depuis 2007 par le président Sarkozy signale bien une orientation différente qui rompt avec cette tradition.

Il n’en reste pas moins, comme le souligne John Dickinson: «La France n’a eu que 120 ans pour laisser un héritage durable en Amérique du Nord… plus de 6 000 000 de Québécois, 500 000 Acadiens et des millions de Franco-Américains issus des quelques 11 000 pionniers ayant fait souche en Amérique» (p. 56) mais elle a, avec eux, transmis la langue, la toponymie, le catholicisme et le code civil, particulièrement fructueux au Québec.