Recension : Jean Lamarre, D’Avignon, médecin, patriote et nordiste. Suivi des lettres de Joseph-François D’Avignon à son fils Eugène pendant la guerre de Sécession. Montréal, VLB éditeur, 2009. 191 p.

Michel Cordillot
Université Paris 8

Prolongeant son exploration de l’implication des Canadiens francophones dans la guerre de Sécession aux États-Unis (voir le Bulletin d’histoire politique, vol. 17, no. 2, p. 279-281), Jean Lamarre nous propose un nouvel ouvrage consacré à Joseph-François D’Avignon (1807-1867).

Lorsque la guerre de Sécession éclate, D’Avignon réside aux États-Unis depuis déjà plus de vingt ans. Il a en effet été contraint de fuir le Québec à cause de son implication dans le mouvement des Patriotes de 1837-38. Installé dans un petit village au sud de la frontière canadienne, il se marie avec une Irlandaise catholique, fonde une famille, apprend l’anglais (c’est d’ailleurs dans cette langue qu’il s’adresse à son fils), et il est bientôt le médecin attitré de la communauté. Reconnaissant envers son pays d’adoption — même s’il lui garde quelque peu rancune d’avoir contribué à la défaite des Patriotes à cause de sa loi sur la neutralité — mais également très désireux de se saisir de l’occasion qui lui est offerte d’améliorer sa condition financière, il s’engage en novembre 1861 comme chirurgien pour défendre l’Union, alors que celle-ci est menacée d’éclatement par la déclaration de sécession des États esclavagistes du Sud. Plus de 15 000 Canadiens francophones vont faire de même.

Mais parmi eux, le cas de D’Avignon est exceptionnel en ce sens qu’on a gardé de lui une importante correspondance adressée à son fils Eugène, soit 68 lettres écrites entre juin 1862 et avril 1867, parmi lesquelles 32 portent sur la période de son engagement militaire. Cette correspondance est reproduite dans son intégralité dans la 2e partie de l’ouvrage.

S’appuyant sur ces documents, l’auteur analyse le regard porté par D’Avignon sur la guerre et sur la manière dont il y participe, avant de montrer dans quelles conditions s’est effectué son retour à la vie civile. Mais ces lettres lui ont aussi permis, à un deuxième niveau, d’apporter un éclairage pertinent sur des problématiques relevant cette fois de questions plus générales en rapport avec les phénomènes migratoires, telles que les modalités d’insertion dans le pays d’accueil, le degré d’acceptation des valeurs de la société américaine, ou encore la nature des liens (affectifs, familiaux, mais aussi politiques) gardés avec le Vieux Pays.

Il faut féliciter Jean Lamarre d’avoir opté pour inclure dans de ce petit volume à la fois une biographie vivante et sans fard de ce personnage attachant, et un ensemble documentaire de première main. De ce fait, son ouvrage acquiert une portée qui dépasse le sujet traité, et il intéressera à la fois les spécialistes de l’histoire des Canadiens francophones et de l’immigration aux États-Unis.