La «nouvelle sensibilité» en quête d’une autre Révolution tranquille

Christian Roy
Historien

Dans une récente note critique sur l’ouvrage capital de l’historien ontarien Michael Gauvreau, The Catholic Origins of Quebec’s Quiet Revolution, 1931-1970[1], je relevais le paradoxe de sa méconnaissance affichée de presque toute l’originale historiographie surgie au Québec depuis le tournant du siècle sur le même objet, alors même qu’il en confirme indépendamment la plupart des conclusions. Tenant à tout prix à se démarquer de cette «nouvelle sensibilité historique» dont il est à la fois si proche et si éloigné, il nous donne peut-être par-là même l’occasion de mieux la cerner. C’est ce que je tenterai ici en m’appuyant surtout sur des recherches récentes de cette mouvance dont les thématiques recoupent ou complètent celles de Gauvreau.

Il convient d’abord de dissiper le malentendu probablement répandu qui le fait se déclarer étranger à «the current vogue of “post-revisionism”»[2] parce qu’il ne cherche surtout pas à accorder à Duplessis quelque caution libérale. Gauvreau attribue ici au «post-révisionnisme», où s’inscrit la «nouvelle sensibilité», les tentatives de l’historiographie révisionniste de minimiser la rupture radicale entre tradition figée et modernité dynamique que représente la Révolution tranquille dans la mémoire collective du Québec. Le révisionnisme met l’accent sur la continuité du développement d’une société occidentale dont le parcours n’aurait pas grand chose d’original, puisque la politique duplessiste est économiquement libérale. Empruntant à l’historiographie irlandaise, Ronald Rudin a défini par contraste comme «post-révisionniste» la recherche qui ne voit pas dans le Québec qu’une société «normale» traversant dans l’ordre les étapes prescrites de l’avènement universel du libéralisme avancé, mais qui sait aussi mettre en lumière ses spécificités, telles son héritage religieux et la question nationale, tout en inscrivant leurs mutations dans la longue durée[3].

Mais la «nouvelle sensibilité» ne s’arrête pas là; elle aggrave son cas en mettant en cause le telos de la société actuelle comme point d’arrivée aussi souhaitable qu’inévitable du développement historique, quelle que soit l’ampleur de l’accélération attribuée à la Révolution tranquille sur cette ligne droite. De là le soupçon de «vouloir retourner au temps de Duplessis» qui pèse sur cette sensibilité en vertu d’un tel schéma linéaire et donc binaire, puisqu’il ne connaît que deux directions: en avant vers le progrès, en arrière par réaction. Mais si «retourner au temps de Duplessis» par l’esprit et chercher à comprendre des visions du monde tombées dans l’oubli peu de temps après lui, ce n’était pas tant faire un pas en arrière, mais bien un pas de côté pour voir pour la première fois sous cet autre angle des manières d’être et de penser occultées par celles qui se sont imposées depuis et qui nous en séparent sur la ligne du temps? Ce pas de l’imagination historique ajouterait à celle-ci, longitudinale, la dimension latérale des virtualités inaccomplies de temps révolus, comme point de référence propre à mettre en relief des potentialités du temps présent étouffées par les discours dominants qui le confortent dans ses préjugés[4]. Étranger à ce souci, Gauvreau souligne que son livre ne se veut nullement une «contribution to the current polemic about history and memory in post-Quiet Revolution Quebec that is driven by a discontent with modernity itself» (p. 8)[5], puisqu’il ne peut concevoir d’autre modernité que celle du consensus libéral nord-américain actuel comme cadre exclusif de légitimité idéologique. Or la «nouvelle sensibilité», post-moderne en ce sens, se définit par la recherche à des points tournants du passé de pistes vers des modernités différentes de celle qui s’est effectivement réalisée, à même des projets de société qui pouvaient soit contester ses principes, soit offrir des voies pour mieux les incarner, voire se recouper dans le jeu de ces visées.

Le lien de cette reconnaissance de carrefours historiques passés avec les enjeux sociaux présents qui préoccupent les historiens de cette «nouvelle sensibilité» est particulièrement explicite chez le seul d’entre eux auquel a recours Gauvreau pour étayer sa démonstration de l’émergence de la jeunesse comme classe, opposant aux générations précédentes sa solidarité horizontale comme projet contre-culturel bien avant les années 1960, soit dans les mouvements catholiques spécialisés apparus dans les années 1930. C’est déjà le thème de Quand la jeunesse entre en scène. L’Action catholique avant la Révolution tranquille de Louise Bienvenue, faisant explicitement écho aux préoccupations du groupe de discussion «Le Pont entre les générations» lancé par Jacques Grand’Maison, et dont elle est un des piliers avec Éric Bédard[6]. Après les sociologues E.-Martin Meunier et Jean-Philippe Warren dans Sortir de la «Grande Noirceur». L’horizon personnaliste de la Révolution tranquille[7], ces deux historiens voient dans la génération des militants catholiques le «chaînon manquant»[8] entre les générations d’avant et d’après 1960, celui qui précisément a sauté en laissant à la jeunesse souveraine un discours opposant les secondes aux premières comme le jour et la nuit, dont ont pu se prévaloir les baby-boomers pour s’estimer quittes non seulement envers les précédentes suite au rejet en bloc de tout héritage du passé, mais aussi envers les suivantes, tant pour les ressources que pour les valeurs. Ce n’est donc pas un hasard pour Bienvenue si les chercheurs de la génération X s’intéressent tant à ce qui se transmet (ou non) de génération en génération, et à tout ce qui a pu se perdre avec la mémoire de celle de leurs parents. Ironiquement, ces chercheurs s’identifient d’autant plus à la révolte des jeunes militants catholiques contre les «vieux» entravant toute rénovation spirituelle et sociale, qu’ils ressentent la même frustration envers cette jeunesse des années 1960 qui refuse de passer et s’avère incapable de transmettre autre chose que son propre culte.

Comme si, en amont et en aval des Trente Glorieuses, nos sociétés avaient du mal à s’occuper de leur jeunesse et à formuler pour elle des politiques vraiment intégratrices. C’est pourquoi, avec plus de 50 ans de recul et en dépit de ses atours confessionnels désuets, l’idéal véhiculé par les jeunes militants catholiques continue à nous interpeller. Le projet d’une formation totale de la jeunesse, qui ne soit pas orientée vers les seuls impératifs économiques et instrumentaux mais qui vise le développement de l’ensemble des dimensions de la personne, semble même comporter quelque chose de subversif en ces années d’économicisme triomphant. En particulier, l’idée d’une éducation qui ne fasse pas l’impasse sur les questions de sens s’avère plus que jamais pertinente[9].

Plus généralement, cette exigence de sens, irréductible à la gestion thérapeutique des besoins, est ce qui fait l’intérêt du projet personnaliste des intellectuels précurseurs et artisans de la Révolution tranquille pour nombre de ceux d’aujourd’hui. Ils ne se lassent pas de relever les tardifs états d’âme de leurs devanciers face à la dérive de cette jeunesse des années 1960 dont ceux-ci avaient dans bien des cas un moment béni l’intempérance iconoclaste comme le signe d’une nouvelle effusion de l’esprit. Gauvreau a su couvrir tout le processus de ce passage graduel de différentes vagues de la jeunesse de l’humanisme héroïque à l’hédonisme narcissique, dont Bienvenue relevait les prémisses en s’arrêtant au demi-siècle, alors que l’achèvement nous en est montré dans Une douce anarchie. Les années 68 au Québec de Jean-Philippe Warren. Mais il ne s’agit pas pour autant de répudier ce moment de notre histoire; même si Warren déplore que la jeunesse soixante-huitarde ait fait bon marché de l’héritage comme de toute institution, le rêve de révolte qu’elle a porté ne se réduit pas pour lui à ses effets pervers. «Car, replacé dans sa juste perspective, ce mythe peut être inspirant et mobilisateur». On peut même en retenir que «ce n’est qu’un début, continuons le combat.»[10] Comme Fernand Dumont, dont il a transmis à sa génération «les intentions primordiales»[11], c’est à gauche que Warren cherche des possibles à recouvrer.

Avant même l’entrée en scène de la jeunesse dans l’Action catholique et non nationale des années 1930 que décrit Louise Bienvenue, rappelle son amie Pascale Ryan, «la fondation de la Ligue d’Action française signale pourtant l’entrée en jeu des intellectuels canadiens-français sur la scène publique au tournant du XXe siècle», parmi des catholiques «qui pensent le plus souvent à droite»[12]. Même si le personnalisme fera aussi son chemin dans ce milieu et contribuera au «projet néonationaliste qui s’affirme dans les années 1960», «le renouvellement du nationalisme canadien-français aurait sans doute pu prendre la forme d’une “Révolution tranquille de droite”» conclut Ryan, comme le fait Xavier Gélinas dans son propre livre montrant lui aussi que, si «cette droite intellectuelle finit par s’effacer discrètement»[13], elle a eu ses lettres de noblesse. Comme quoi la pensée n’est pas plus l’apanage de la gauche que la droite et ne se résume pas à de vulgaires préjugés dispensant d’étudier sérieusement la sienne.[14]

La droite intellectuelle n’a pas à rougir de ses propos tenus durant la Révolution tranquille. Parvenant généralement à faire une croix sur ses vieux démons d’intolérance, elle conviait ses contemporains à un renouveau dont elle ne niait pas la nécessité mais dont elle avertissait qu’il serait trompeur, voire fatal s’il ne s’opérait dans la fidélité aux points forts de l’histoire canadienne-française et à des principes jugés éternels[15].

Tous les auteurs de la «nouvelle sensibilité» éprouvent le besoin d’une telle fidélité, quels que soient les contenus qu’ils donnent par ailleurs à ces «points forts» de leur passé national ou à d’«éternels principes» pouvant aussi bien être tirés d’un héritage républicain aux racines gréco-latines que de la tradition judéo-chrétienne d’origine biblique (quitte à se croiser comme dans le personnalisme[16]). Ce qui importe pour eux, c’est que «les idées mènent le Québec»[17], comme repères d’un jugement qui «fout le camp»[18] depuis que l’histoire est interprétée comme le déploiement de déterminismes irrésistibles sur la ligne toute tracée du Progrès. L’histoire des idées, et singulièrement des idées politiques, est dès lors privilégiée comme espace de liberté et de sens, voire même invitation à (re)faire l’histoire en plus de simplement faire de l’histoire, face à l’autonomisation de la description socio-économique dans la génération précédente. C’est sans doute en défi à cette tendance perçue dans la Revue d’histoire de l’Amérique française que Mens, l’un des carrefours de la «nouvelle sensibilité», arbore fièrement le sous-titre de Revue d’histoire intellectuelle de l’Amérique française. L’idéalisme intemporel assumé par certains[19] contre l’historicisme[20] prédispose au choix d’objets partageant ce trait, en dépit ou peut-être à cause de la terreur de l’histoire qui emporte même les idéaux. Car ce qui est pensé est-il jamais perdu? C’est comme s’il n’y avait pas ici de «poubelle de l’histoire»: les leçons du passé peuvent toujours être recyclées, y compris entre familles de pensée. L’inventaire le plus exhaustif des pionniers déçus de la Révolution tranquille se trouve ainsi en conclusion d’un livre qui «en étudie la face cachée» par «ceux qui l’ont faite» ou «ceux qui l’auraient souhaitée plus radicale»[21], puisque «les “perdants”, ceux qui en ont récusé les principales ou d’importantes manifestations, sont absents du paysage historique»[22]. La droite demeure digne d’intérêt en ce qu’elle témoigne de voies historiques négligées.

Si ses voix les plus avisées — celle de Richard Arès vient à l’esprit —avaient été davantage suivies plutôt que reléguées au musée imaginaire de la Grande Noirceur, le Québec aurait fait l’économie d’expériences sociales, spirituelles et politiques qui, pour avoir eu l’attrait de la nouveauté, se sont soldées par des réveils douloureux ou des questionnements sans cesse repris[23].

Dans sa thèse de 2007 pour l’Université Laval (à paraître), un fondateur et codirecteur de Mens, Dominique Foisy-Geoffroy, montre que Les idées politiques des intellectuels traditionalistes canadiens-français 1940-1960 partagent maints présupposés avec celles de leurs rivaux personnalistes, momentanément plus heureux avant de déchanter. Ayant beau jeu d’épingler l’ignorance crasse de l’anthropologie catholique chez certains historiens reconnus de cette période, Foisy-Geoffroy a su reconstruire l’univers mental d’une civilisation chrétienne millénaire dont le Canada français des intellectuels était vu par eux comme le précaire rempart sur un continent et en une époque qui en prenaient le contre-pied. Il n’ignore pas du reste qu’une telle vision recoupe celle du Canada du philosophe George Grant, ce Red Tory dont la «nouvelle sensibilité» a redécouvert la critique de l’idéologie du progrès et du cosmopolitisme libéral[24]. C’est donc une différence de stratégie plus que de doctrine qui opposait ces frères ennemis en personnalisme chrétien, les uns misant plutôt sur l’héritage et la résistance et les autres sur la table rase et la fuite en avant, dans leur dialogue constructif avec la modernité politique, économique et sociale. En dégageant le terrain commun sous-jacent à un affrontement ambivalent que les topoi polémiques de certains acteurs, transmis à leurs successeurs, avaient jusqu’ici dérobé à nos regards, cet ouvrage complète celui de Gauvreau. Il relève en outre les points de contact et de confrontation de cette tradition avec le libéralisme, ainsi que son étonnante convergence avec un socialisme autogestionnaire distinct de la social-démocratie état-providentielle.

La recherche d’alternatives à celle-ci comme «modèle québécois» issu de la Révolution tranquille, ainsi qu’au libéralisme chartiste anglo-saxon, semble bien sous-tendre l’effort constant de la «nouvelle sensibilité» de revenir aux premiers principes des grandes familles politiques: libéralisme, conservatisme, socialisme, irréductibles à leurs dévoiements ultérieurs, quitte à les composer les uns avec les autres une fois clairement dégagés. Une telle excavation du tuf théologico-politique de notre civilisation comme matière première d’hypothétiques refondations implique une démarche d’histoire intellectuelle même chez des penseurs issus d’autres disciplines, afin de contourner l’obstacle épistémologique des grands récits de la Révolution tranquille et d’accéder par ce détour à quelque «Troisième Voie» ou via media de juste tension entre des biens complémentaires qu’oppose la doxa des vainqueurs de l’histoire pour mieux s’imposer dans les mémoires.

«Devant ce filtrage injuste, pourquoi ne pas remonter à la glume et examiner, dès l’origine, les espoirs et les projets des causes perdues?», demande Xavier Gélinas.[25] De fait, la «nouvelle sensibilité» n’a de cesse d’en dresser l’inventaire, comme pour les aligner en ordre de bataille: droite traditionaliste contre gauche moderniste, personnalisme de droite contre personnalisme de gauche, gauche chrétienne contre gauche matérialiste, contestation gauchiste contre consensus libéral, humanisme civique et républicanisme agraire contre société civile et technocratie gestionnaire, paléoconservatisme contre néolibéralisme, séparatisme de droite contre néonationalisme de gauche, sans parler de fugitives apparitions hybrides dans l’entre-deux de systèmes de pensée en transition[26].

Si beaucoup de ces travaux se penchent sur l’horizon de pensée trop longtemps déconsidéré du conservatisme, la «nouvelle sensibilité» n’en privilégie pas tant l’option que la question, qui met en demeure le progrès de se justifier en s’inscrivant dans la durée d’une fidélité, ne serait-ce que par rapport aux idéaux de la modernité que libéralisme et socialisme ont prétendu incarner[27]. Qu’est-ce qui mérite d’être conservé et transmis? Pour et par qui, sinon la personne en communauté? Ces questions à l’arrière-plan de la Révolution tranquille, son mythe et ses élites ont fini par les occulter. Le détour par le passé d’une «nouvelle sensibilité» doit d’abord être vu comme une démarche critique propre à rouvrir les perspectives de l’avenir en problématisant les préjugés du présent. Ainsi, au lieu d’en mimer aveuglément la gestuelle du «grand bond en avant», c’est peut-être en réactualisant les multiples potentialités inabouties de ce tournant de notre histoire qu’elle en reprend paradoxalement le mouvement.



[1]. Christian Roy, «Les refoulés de la Révolution tranquille et de son historiographie: Michael Gauvreau au regard de la “nouvelle sensibilité” (Essai critique)» dans Mens. Revue d’histoire intellectuelle de l’Amérique française, vol. IX, no. 1, automne 2008, p. 117-126.

[2]. Michael Gauvreau, The Catholic Origins of Quebec’s Quiet Revolution, 1931-1970, Montréal et Kingston, McGill-Queen’s University Press, 2005, p. 8.

[3]. Voir les deux contributions de Ronald Rudin à des ouvrages parus presque en même temps aux Presses de l’Université Laval dans la collection «Prisme» dirigée par Guy Laforest: «L’éclipse du national dans la nouvelle histoire du Québec», dans Michel Sarra-Bournet (avec la collaboration de Jocelyn Saint-Pierre) (dir.), Les nationalismes au Québec du XIXe au XXIe siècle, 2002, p. 277-305, et «L’historien professionnel et le grand public: réflexions québécoises alimentées par l’expérience irlandaise», dans Stéphane Kelly (dir.), Les idées mènent le Québec. Essais sur une sensibilité historique, 2003, p. 17-27.

[4]. J’ai tenté de théoriser ce paradigme temporel «oblique» comme trait commun de la «nouvelle sensibilité» par contraste avec celui «rectiligne» hérité de la Révolution tranquille dans l’essai de synthèse qui conclut l’ouvrage collectif Les idées mènent le Québec. Essais sur une sensibilité historique (PUL, 2003): «Épilogue. De l’utopie à l’uchronie», p. 197-219.

[5]. Gauvreau, op. cit., p. 8.

[6]. Voir Éric Bédard, Le Pont entre les générations, Montréal, Les Intouchables, 1998.

[7]. E.-Martin Meunier et Jean-Philippe Warren, Sortir de la «Grande Noirceur»: L’horizon personnaliste de la Révolution tranquille, préface d’Éric Bédard, Québec, Septentrion, 2002.

[8]. «Le chaînon manquant» est le titre du no. 20-21 (été 1999) de la revue Société où est d’abord paru l’article de Meunier et Warren sur «L’horizon personnaliste de la Révolution tranquille» (p. 347-448), parmi d’autres textes fondateurs de la «nouvelle sensibilité», comme l’ébauche de la thèse de Xavier Gélinas: «Déclin et disparition de la droite intellectuelle québécoise (1956-1966)», p. 95-110. C’est Louise Bienvenue qui rendit compte de ce numéro dans le Bulletin d’histoire politique, vol. 9, no. 1, automne 2000, p. 223-225.

[9]. Louise Bienvenue, Quand la jeunesse entre en scène. L’Action catholique avant la Révolution tranquille, Montréal, Boréal, 2003, p. 256

[10]. Jean-Philippe Warren, Une douce anarchie. Les années 68 au Québec, Montréal, Boréal, 2008, p. 257.

[11]. Jean-Philippe Warren, Un supplément d’âme. Les intentions primordiales de Fernand Dumont (1947-1970), Québec, Presses de l’Université Laval, 1998.

[12]. Pascale Ryan, Penser la nation. La Ligue d’action nationale 1917-1960, Montréal, Leméac, 2006, p. 13.

[13]. Ibid., p. 307.

[14]. Voir Christian Roy, «L’histoire des droites européennes: bibliographie sélective», dans Mens, vol. V, no. 2, printemps 2006, p. 313-336.

[15]. Xavier Gélinas, La droite intellectuelle québécoise et la Révolution tranquille, Québec, Presses de l’Université Laval, coll. «Culture québécoise» dirigée par Yvan Lamonde, 2007, p. 452.

[16]. Voir E.-Martin Meunier, Le pari personnaliste. Modernité et catholicisme au XXe siècle, Montréal, Fides, 2007.

[17]. Stéphane Kelly, (dir.), Les idées mènent le Québec. Essais sur une sensibilité historique, Québec, Presses de l’Université Laval, 2003.

[18]. Jacques Grand’Maison, Quand le jugement fout le camp. Essai sur la déculturation, Montréal, Fides, 1999. Voir E.-Martin Meunier, «Jacques Grand’Maison et la Révolution tranquille», dans Mens, vol. III, no. 2, printemps 2003, p. 149-191.

[19]. Voir Marc Chevrier, Le temps de l’homme fini, Montréal, Boréal, coll. «Papiers collés» dirigée par François Ricard, 2005.

[20]. Voir Éric Bédard, «Que faire du passé? La conception du temps chez George Grant», dans Lucille Beaudry et Marc Chevrier (dir.), Une pensée libérale, critique ou conservatrice? Actualité de Hannah Arendt, d’Emmanuel Mounier et de George Grant pour le Québec d’aujourd’hui, Québec, Presses de l’Université Laval, coll. «Prisme», 2007, p. 171-190.

[21]. Ainsi selon Frédéric Demers («Sur l’historiographie de la télévision au Québec et le pesant récit de la Révolution tranquille», dans Mens, vol. III, no. 2, printemps 2003, p. 233-267), si l’histoire de l’impact populaire de la télévision au Québec reste à faire, c’est de même parce que ce médium n’a eu d’intérêt pour la technocratie que comme escabeau de son triomphe en 1960.

[22]. Gélinas, op. cit., p. 1.

[23]. Ibid., p. 452.

[24]. Voir Lucille Beaudry et Marc Chevrier (dir.), Une pensée libérale, critique ou conservatrice? Actualité de Hannah Arendt, d’Emmanuel Mounier et de George Grant pour le Québec d’aujourd’hui (PUL, 2007) ainsi que Christian Roy, «Le Devoir de philo — Que penserait George Grant de son neveu Michael Ignatieff? Querelle de famille intellectuelle au sujet d’un héritage libéral», dans Le Devoir, 21 juin 2009, p. C6.

[25]. Gélinas, op. cit., p. 6.

[26]. Voir par exemple, en attendant sa thèse, l’article de Mathieu Lapointe, «Entre nationalisme et socialisme: Raoul Roy (1914-1996) et les origines d’un premier indépendantisme socialiste au Québec 1935-1965», dans Mens, vol. VIII, no. 2, printemps 2008, p. 281-322.

[27]. Voir Marc Chevrier, «L’empire de l’écran total. Ce que conserver veut dire d’après Alain Finkielkraut», dans L’Agora, vol. 5, no 4, juillet 1998. C’est aussi ce qui ressort de la réflexion, englobant droite et gauche, sur L’antilibéralisme au Québec au XXe siècle (Gilles Gagné (dir.), Québec, Nota Bene, 2003), menée par nombre d’auteurs de cette mouvance dans le cadre du premier «Séminaire Fernand-Dumont» tenu à l’Université Laval en novembre 2001. N’empêche que l’un d’entre eux, Jean-Philippe Warren, demeure sceptique devant la tentative de Marc Chevrier de traiter cette pensée comme un ensemble à situer dans la ligne d’un libéralisme bien compris; il s’agirait dans Une pensée libérale, critique ou conservatrice «d’abord et avant tout du conservatisme, serait-il un “conservatisme de gauche”» d’une poignée de jeunes universitaires souverainistes de sexe masculin (Jean-Philippe Warren, «Une sensibilité historique?», compte-rendu de Beaudry et Chevrier, op. cit., dans Relations, no. 721, décembre 2007, p. 42). Warren fait bon marché des exceptions à cette règle et fait semblant d’y être étranger. Or la plupart des chercheurs de la «nouvelle sensibilité» entretiennent avec leur objet le même type de rapport que lui quand il avoue que, «si l’œuvre de Dumont n’a pas vieilli par la richesse et la pertinence des questions qu’elle pose, ses solutions sont désormais d’un autre âge: «c’est assez dire que j’ai parfois peine à me reconnaître directement dans son œuvre, même si ses intentions me rejoignent toujours», dont au premier chef celle de «sauver la modernité de sa dissolution». En effet, pour ce conservateur de la modernité, «nous avons rompu avec elle en croyant la perpétuer»; c’est pourquoi il déplore que nous cherchions «à abolir le peu qu’il en reste sous prétexte de nous débarrasser d’un résidu de tradition égaré sous la plume d’un auteur du XXe siècle. Preuve qu’un auteur qui utilise avec respect les mots “nation” et “tradition” peut encore faire scandale dans un monde qui s’ingénie à profaner chaque jour davantage ce qui fait la beauté de la vie commune: la mémoire, le don, les symboles, les rites et, sur cette base, un idéal à formuler pour la suite du monde…» (Jean-Philippe Warren, «L’état de la nation», dans Bulletin d’histoire politique, vol. 9, no. 1, automne 2000, p. 69-70). On reconnaît ici les accents conservateurs du traditionalisme de Gélinas ou de l’idéalisme libéral de Chevrier, comme quoi la «nouvelle sensibilité» qu’ils dénotent demeure repérable d’un bout à l’autre du spectre gauche-droite, pour ne rien dire de l’axe Canada-Québec de la question nationale.