Québec, 1859 : la commémoration des événements de 1759

Jacques Bernier[1]
Département d’histoire
Université Laval

Septembre 1859 était le jour de l’anniversaire de la centième année de la bataille des plaines d’Abraham, ce jour-là passa comme s’il n’eut pas rappelé une date mémorable pour nous Canadiens français dont les ancêtres avaient succombé sur ce champ de bataille arrosé du sang des généraux Montcalm et Wolfe[2].

Ce témoignage a attiré mon attention pour deux raisons. D’abord par ce qu’il m’a semblé étonnant qu’on n’ait rien fait en septembre 1859 pour rappeler la mémoire de ce qui s’était passé à Québec à l’été 1759. Ensuite parce que Olivier Robitaille est alors, dans les années 1850, une personnalité très importante de la ville; il s’intéresse à l’histoire et il fait partie du comité responsable de l’érection du monument aux Braves de 1760.

Robitaille avait 48 ans en 1859. C’était un médecin apprécié, il avait une nombreuse clientèle et fut entre autres, pendant dix ans, commissaire de l’hôpital de la Marine et des Émigrés. Dans les années 1850, il a été actif sur la scène politique locale, d’abord comme conseiller du quartier Saint-Jean, le quartier de son enfance, puis comme maire de la ville en 1856. C’était aussi un homme d’affaires. Il a participé activement à la fondation de la Caisse d’économie de Notre-Dame de Québec dont il fut le président de 1848 à 1892. Son nom figure aussi en 1858 au sein du groupe qui mit sur pied la Banque nationale; d’ailleurs il siégea au conseil d’administration de celle-ci jusqu’en 1883. En 1842, il participa à la création de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec et assuma la vice-présidence de la section Saint-Jean pendant sept ans. Il fut aussi très impliqué dans la commémoration de la bataille de Sainte-Foy. En septembre 1852, il fut désigné avec F.-X. Garneau et l’avocat Louis de Gonzague Baillargé pour identifier les restes humains trouvés sur le site du Moulin Dupont[3]. Il prit part à la préparation des activités entourant la translation des dépouilles mortelles le 5 juin 1854 ainsi qu’à l’érection du monument: pose de la première pierre le 18 juillet 1855 et inauguration de la colonne le 19 octobre 1863[4]. Rappelons aussi que depuis 1857 Robitaille était le gérant financier du Courrier du Canada et un de ses principaux actionnaires[5]. C’est donc cet ami de l’histoire et ce «patriote»[6] qui fut «le commissaire ordonnateur lors des grandes démonstrations organisées pour l’érection et l’inauguration du monument des Braves» de 1760 qui, le moment venu d’écrire ses mémoires, eut un regret au sujet de la façon dont on avait commémoré les événements de 1759 à Québec.

Cet été-là à Québec en 1759

Ce qui s’est passé à Québec à l’été 1759 n’est pourtant pas un fait mineur dans l’histoire de la ville[7]. Québec, à l’été 1759, c’est une petite ville où vont s’affronter deux grandes armées. Celle des Anglais qui comprend environ 29 000 hommes, dont la majorité est constituée de marins et de soldats expérimentés; les quelque 166 navires qui les transportent étant arrivés devant Québec le 26 juin[8]. Celle des Français est constituée d’environ 20 000 hommes, et regroupe en gros 4 000 soldats de métier, 12 000 miliciens, 1 800 Amérindiens et 2 000 marins[9].

Québec, à l’été 1759, c’est l’histoire d’une ville où sont demeurés environ 4 000 civils et quelque 2 200 soldats et miliciens. Cette ville a été bombardée pendant deux mois, à partir du 12 juillet. Plus de 200 maisons ont été incendiées par des pots de feu (bombes incendiaires) et les autres ont été abîmées ou détruites par les boulets de canon[10]. Au bout de deux mois la ville «n’est plus que cendres, gravats et maisons éventrées»[11]. C’est une ville rationnée, où sévit la disette et où les habitants, au mois d’août, sont réduits au «quarteron de pain»[12]. C’est une ville au cœur d’une région où environ 2 500 familles vivant en bordure du Saint-Laurent et à l’Île d’Orléans ont dû se réfugier dans les bois pendant la plus grande partie de l’été[13].

La région de Québec en 1759 c’est une région où une trentaine de villages ont été ravagés et 1 400 maisons et fermes détruites, de Kamouraska à Sainte-Croix et de Baie Saint-Paul à Deschambault[14]. C’est une région qui a beaucoup souffert, comme celles de Montréal et de Trois-Rivières du reste, parce que les hommes (de 15 à 60 ans) sont nombreux à être appelés sous les armes. Ils doivent servir à tour de rôle dans la milice où ils constituent, de 1755 à 1759, au moins 60 % des effectifs des forces françaises[15]; en fait cela dure pratiquement depuis les débuts de la guerre de Succession d’Autriche en 1744[16].

C’est donc dire que, depuis une quinzaine d’années, les terres ont été délaissées. Or ce sont précisément les récoltes de ces fermes qui servent, pour une grande part, au ravitaillement des troupes[17]. Mais elles ne produisent plus. La population est affamée; «La paysannerie, écrit Louise Dechêne, est dépossédée et harassée»[18]. Ces milices, rappelons-le, doivent souvent aller combattre loin de leur région (Grands Lacs, Ohio, Lac Champlain, etc.), dans des conditions très difficiles, et cela gratuitement[19]. Pourtant, en général, les habitants répondent avec empressement à l’appel. En 1759, par exemple, il y avait, selon le recensement, 15 299 hommes en état de porter les armes or, de ce nombre, 10 000 à 11 000 participèrent aux campagnes de 1759: «pour une population de 70 000 habitants au plus, affaiblie par plusieurs années de guerre et de disette, la contribution est impressionnante». Durant la guerre de Sept-Ans les miliciens canadiens semblent avoir été sollicités comme dans aucune autre région d’Europe[20].

Québec à l’été 1759 c’est évidemment aussi la bataille des Plaines, la victoire de l’armée anglaise, et la prise de Québec[21].

Cent ans plus tard, en 1859, d’après Robitaille, il semble qu’on ait très peu parlé de ces événements. Pourtant, dans les années 1850, la Société Saint-Jean-Baptiste est en train de préparer l’exhumation des restes des soldats, français et britanniques, décédés le 28 avril 1760; et, à l’une de ses réunions de mai 1854, elle a adopté entre autres la résolution suivante: «Que les braves qui ont fait à la patrie le généreux sacrifice de leur vie on (sic) droit aux hommages et à la reconnaissance des peuples et que les plus grands des honneurs doivent être réunis à leurs dépouilles»[22]. Il semble y avoir là un paradoxe. Pourquoi ceux de 1760 et non ceux de 1759?

Québec en 1859

Au milieu du XIXe siècle, Québec est une ville en perte de vitesse comparativement à Montréal, et cela, sur le plan économique, démographique, et comme centre de la vie politique.

Dans le domaine économique, cela a commencé avec la fin des tarifs préférentiels sur le bois et les céréales. Puis, à partir de 1854, le Grand Tronc, qui relie Lévis, Montréal et Portland, est venu prendre une partie du transport qui se faisait jusqu’alors en bateaux à partir de Québec. La construction navale, elle-aussi, commence à connaître certaines difficultés et le tonnage des grands voiliers construits dans la région commence à plafonner. Enfin, grâce au chenal qu’on commence à creuser entre Québec et Montréal, à partir de 1850, certains navires océaniques peuvent se rendre jusqu’à Montréal sans s’arrêter à Québec. Sa population aussi commence à stagner. En 1861, la ville compte environ 63 000 personnes alors que celle de Montréal en fera bientôt 100 000. Québec a aussi fait le plein de sa population britannique (près de 40 %) de sorte que le poids relatif de ce groupe ira en diminuant[23].

Une autre question qui préoccupe beaucoup les habitants de Québec, c’est celle de son avenir comme capitale du Canada. Sous l’Union, en effet, la capitale du Canada se déplace. Elle fut d’abord à Kingston (de 1841 à 1843), puis à Montréal (1843-1849), Toronto (1850-1852), Québec (1852-1855), Toronto (1855-1859), puis de nouveau Québec (1859-1865). Mais une capitale ne peut pas toujours se déplacer ainsi. En 1857, la ville envoya deux émissaires à Londres, Joseph Morrin et Ulric-Joseph Tessier, pour faire valoir le bien-fondé de garder Québec comme capitale du Canada-Uni[24]. Mais cela ne changea rien, de sorte que «ce sera Ottawa comme le souhaite le gouverneur Edmund W. Head»[25]. Québec fut une dernière fois la capitale du Canada de 1859 à 1865, le temps que soit terminée la construction du parlement d’Ottawa.

Cela dit, Québec connaît par contre, à cette époque, une vitalité sans précédent sur le plan culturel. Québec compte plusieurs journaux, des bibliothèques et une université depuis 1852. Il y a plusieurs associations culturelles comme la Literary and Historical Society (1824); l’Institut canadien (1848) et la Société Saint-Jean-Baptiste. À Québec, cette dernière a été fondée en 1842, donc huit ans après celle de Montréal. Olivier Robitaille en fut membre toute sa vie. Les gens de cette époque avaient d’ailleurs l’impression de vivre une période d’effervescence; L.-P. Turcotte parle «du grand mouvement littéraire» de ces années[26]. Et, de toutes les activités pratiquées dans ces sociétés, l’histoire est l’une des plus appréciées; «Plusieurs amis des lettres, remarque Turcotte, s’éprirent d’un grand amour pour notre histoire»[27]. L’histoire s’exprime, bien sûr, sous la forme de livres d’histoire et de romans historiques mais aussi d’articles dans les journaux[28] et de conférences. Les cours d’histoire que Ferland donne à l’Université Laval, de 1858 à 1862, connaissent eux aussi un grand succès[29].

Québec est donc une ville en transition mais qui bouge sur le plan culturel et une ville où l’histoire est manifestement un sujet de préoccupation. Cet intérêt pour l’histoire commence aussi à se manifester, à Montréal et à Québec, sous la forme de monuments commémoratifs. Dans les années 1850, il y eut au moins trois réalisations au Bas-Canada du côté canadien-français:

  • Le monument de Ludger Duvernay, le fondateur de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (dressé en 1855)[30] au cimetière Notre-Dame-des-Neiges de Montréal;
  • La pose de la première pierre du monument aux Braves[31] (18 juillet 1855);
  • Le monument en hommage aux Patriotes (inauguré en 1858) également au cimetière Notre-Dame-des-Neiges[32].

Cela dit, est-ce possible qu’on n’ait rien fait à Québec en 1859 au sujet de 1759?

La commémoration: les actes

Cette recherche vise donc à savoir comment, en 1859, on a abordé, à Québec, la question des événements qui se sont produits dans cette ville cent ans plus tôt. En d’autres mots, comment, à l’époque, s’est-on accommodé de cet événement historique majeur?

La démarche a été simple. Elle a consisté à lire les journaux de la ville de Québec du mois de septembre 1859 et à relever les textes portant sur la commémoration de 1759. Il s’agit, de trois journaux francophones et de trois journaux anglophones: Le Canadien, Le Journal de Québec, et Le Courrier du Canada; The Quebec Gazette, The Quebec Mercury and The Quebec Chronicle. Le numéro du mois de septembre 1859 du Journal de l’instruction publique et du Journal of Education for Lower Canada ont aussi été retenus, même s’ils sont imprimés à Montréal, car ils s’adressent tous les deux aux instituteurs du Bas-Canada et parce que le rédacteur en chef, P.-J.-O. Chauveau, qui est alors le surintendant de l’instruction publique, habite à Québec[33]. J’ai lu ces textes sous deux angles: ce qui a été fait comme actes de commémoration; ce qui a été dit ou écrit au sujet de 1759.

Le premier constat qui frappe, c’est que cette question n’occupe pas une place très importante dans les journaux. On trouve peu d’articles; il est vrai que certains sont longs mais, le plus souvent, ils ne figurent pas en première page[34]. Une autre, c’est que les gestes de commémoration ont été très peu nombreux et que les thèmes abordés sont très épurés. Enfin, il semble y avoir un écart important entre ce qui a été fait (les actes) et ce qu’on a pu penser; du moins, cela est très évident du côté britannique.

Rappelons que, en 1859, la ville de Québec comptait trois monuments commémoratifs sur les événements de 1759: l’obélisque que le gouverneur Dalhousie avait fait poser en 1828 à la mémoire de Wolfe et Montcalm[35]; la plaque de marbre en hommage à Montcalm que Lord Aylmer fit placer dans la chapelle des Ursulines, en 1831, à l’endroit où se trouvait alors la dépouille de Montcalm[36]; la colonne érigée en 1832 sur le lieu où Wolfe mourut[37]. En septembre 1859 les cérémonies se sont déroulées sur deux jours, le 13 et le 14 septembre.

Le 13 septembre 1859

Les journaux font mention de trois faits au cours de cette journée. Le plus important eut lieu au monument de Wolfe sur les Plaines. Celui-ci avait été décoré de couronnes de fleurs et de nombreuses personnes sont venues y défiler durant la journée. Le Quebec Chronicle décrit la scène ainsi: «The monument, erected to Wolfe on the Plains of Abraham, near the spot where he fell, was crowned with a wreath, and visited by numerous pilgrims during the day»[38].

Certains journaux notent aussi que l’obélisque du Parc des gouverneurs avait lui aussi été décoré de fleurs, mais il ne semble pas y avoir eu de rassemblement ou de cérémonie à cet endroit. Le journaliste du Courrier du Canada rapporte ceci: «Hier au matin le monument élevé au jardin du fort, en honneur des deux illustres guerriers morts au champ d’honneur, Wolfe et Montcalm, était orné de huit couronnes d’immortelles que des mains pieuses y avaient déposées, dans la journée d’autres personnes sont venues entourrer (sic) de guirlandes de feuilles d’érables le socle du même monument»[39].

Enfin, comme troisième témoignage de commémoration, deux journaux rapportent que les cloches de l’église anglicane ont sonné en commémoration de la mort de Wolfe[40].

Il y eut donc peu de gestes de commémoration le 13 septembre et les descriptions qui en sont faites dans les journaux sont très brèves. Il ne semble pas non plus y avoir eu de prise de la parole sous la forme de discours ou de sermon. Cela dit, les journaux ne notent pas tous la même chose. Du côté britannique, seul le Quebec Chronicle rapporte ce qui s’est passé au monument de Wolfe sur les Plaines. Les autres n’en parlent pas, ni de ce qui a été fait comme décorations à l’obélisque de Wolfe et Montcalm, ni des cloches qu’on aurait fait sonner à la cathédrale anglicane. En fait, c’est par le biais de deux journaux francophones, Le Canadien et Le Journal de l’instruction publique qu’on apprend: a) que le monument élevé à Wolfe et Montcalm a été décoré; b) «que le soir, on sonna, à l’église anglicane, les glas de Wolfe»[41].

Le 14 septembre 1859

Deux cérémonies eurent lieu le 14 septembre. Les deux eurent lieu à la chapelle des Ursulines et avaient comme but d’honorer la mémoire de Montcalm.

Pour l’occasion, la chapelle avait été décorée de draperies noires. Au milieu de la nef, on avait placé un catafalque recouvert d’un drap mortuaire parsemé de fleurs de lis d’argent sur lequel reposait la châsse contenant le crâne de Montcalm[42]. À la tête de ce catafalque se trouvait une toile du peintre Robert J. Bingham représentant les armes de Montcalm[43].

La première cérémonie eut lieu à 7h00 le matin. Elle consista en une messe basse qui fut dite sur la tombe de Montcalm, «pour le repos de son âme, par l’abbé Lemoine, le chapelain des Ursulines»[44]. Cette messe fut accompagnée par les voix des «filles de Sainte-Ursule». On rapporte aussi que «pour se rendre à la pieuse demande de Madame la marquise de Montcalm, les bons Frères de la Doctrine chrétienne de Québec et de Pointe Lévis assistaient en corps à cette messe, à laquelle s’étaient aussi rendues beaucoup de personnes de la ville»[45].

La deuxième cérémonie fut plus imposante. Elle débuta à deux heures de l’après-midi et regroupa «toute notre élite sociale«[46], «vêtue en habit de deuil»[47]. Elle consista d’abord dans l’oraison funèbre prononcée par le père Félix Martin, le supérieur de la résidence des jésuites de Québec, à l’occasion du centième anniversaire de la mort de Montcalm. Cette oraison coïncidait aussi avec l’inauguration du marbre que l’on venait de poser dans la chapelle en l’honneur de Montcalm. Pendant plus d’une heure, le père Martin fit l’éloge du militaire, du chrétien et du «défenseur de la patrie»[48]. Cette allocution fut suivie de la «cérémonie de l’absoute» faite par Mgr Baillargeon, l’administrateur de l’archidiocèse de Québec[49], qui avait revêtu ses vêtements pontificaux pour l’occasion[50]. À trois heures et demie, tout était terminé[51].

C’est Georges-Barthélémi Faribault, le président de la Société littéraire et historique de Québec en 1858-1859, qui s’était occupé de la préparation de la cérémonie[52]. C’est lui aussi qui avait organisé la souscription nécessaire à la préparation du marbre, lequel fut taillé à Québec[53].

Au sujet de cette inscription, le père Martin rappelle que, vers 1763, l’Académie des Inscriptions et des Belles-Lettres de France (dont Jean Pierre de Bougainville était alors le secrétaire) avait voulu envoyer une épitaphe au Canada afin qu’elle soit placée sur la tombe de Montcalm, mais on ne sait pas ce qu’il advint de ce projet[54]. On croit, écrit-il, que «ce marbre fut expédié au Canada, mais il ne reste aucune trace qu’il soit parvenu à sa destination»[55].

En somme, ce centenaire a suscité peu d’événements et peu de choses ont été faites en commun (entre Britanniques et Canadiens). Il semble aussi que la population ait été peu sollicitée; du moins, le 14, les deux cérémonies ont eu lieu à la chapelle des Ursulines, or cette chapelle compte très peu de sièges même aujourd’hui[56]. Ces cérémonies n’ont pas permis non plus de laisser transparaître les divers sentiments qui devaient probablement animer la population à cette occasion.

La commémoration: les mots

Il n’y eut pas de prise officielle de la parole par les autorités durant ces deux journées: ni le gouverneur Head (depuis Toronto), ni le maire Morrin, ni les évêques catholiques et anglicans, ni le président de la Société Saint-Jean-Baptiste, ni Faribault qui présidait alors la Société littéraire et historique de Québec. Le seul à avoir pris la parole lors de ces journées semble avoir été le père Félix Martin, un jésuite, lors de la cérémonie religieuse qui eut lieu le 14 après-midi à la chapelle des Ursulines. Nous n’avons pas retrouvé le texte de son homélie mais l’atmosphère et de larges extraits de la cérémonie ont été rapportés dans les journaux francophones[57]. Voici, à titre d’exemple, un extrait du texte paru dans Le Canadien du 16 septembre:

La foule recueillie venait d’écouter un chant lugubre dont les derniers accents retentissaient encore dans les poitrines émues de chacun, quand le Rév. Père Martin, de la Compagnie de Jésus, traversa le chœur pour venir prononcer l’éloge funèbre du héros vaincu et du chrétien généreux qui s’appelle le Marquis de Montcalm dans notre histoire et un saint dans le martyrologue du Canada. Une plus belle mémoire ne pouvait pas exiger un plus beau talent; et l’orateur sacré fut digne de son immortel sujet. Il fallait voir le digne prêtre au milieu de ce sanctuaire, entre Dieu et l’histoire, raconter à l’assemblée en effusion les vertus militaires et chrétiennes de l’immortel caractère (…).

Pendant plus d’une heure, l’orateur sacré, d’une parole empreinte de ce je ne sais quoi dont la science animée par le sentiment religieux a le seul secret, nous rendit les péripéties de cette épopée dont Montcalm fut le héros sans évoquer un seul écho qui put troubler les mânes sacrés que le patriotisme et la religion venaient honorer à l’envie l’une de l’autre[58].

Cet éloge s’inscrit d’une part dans le contexte du dévoilement de la plaque sur laquelle on avait reproduit le texte de 1763 de l’Académie des Inscriptions et des Belles-Lettres et dont la réalisation avait été rendue possible grâce à la souscription organisée par Faribault. Mais, fait plus important encore, cette allocution vise surtout à réhabiliter la mémoire de Montcalm. Car Montcalm a été attaqué de son vivant et ensuite par des historiens, dont F-X. Garneau dans son Histoire du Canada dont la troisième édition a paru quelques semaines avant cet anniversaire[59]. Même s’il ne le dit pas ouvertement dans cette allocution, Martin n’est pas d’accord avec l’interprétation que fait Garneau du rôle de Montcalm pendant la Guerre de Sept-Ans et notamment à l’été 1759. Martin s’explique davantage sur cette question dans son livre De Montcalm en Canada qui parut en 1867, un an après la mort de Garneau[60]:

… nous n’avons pas adopté quelques-uns des jugements de M. Garneau sur le Marquis de Montcalm. Le sentiment qui les a dictés nous a paru empreint d’un peu de partialité et même d’injustice. Pour faire peser sur un homme honorable des soupçons d’intensions basses, d’intrigues, d’ambition, ou de patriotisme équivoque, en présence d’une vie publique où se révèle à chaque jour une âme noble et élevée, un esprit droit et judicieux, et un cœur animé d’un héroïque dévouement; il faut plus que des conjectures, et surtout il faut d’autres preuves que les accusations intéressées de quelques esprits prévenus ou pervers.

Toujours est-il que le père Martin semble avoir atteint son objectif, car Le Canadien écrit au sujet de cet éloge:

… nous dirons que ce discours fut à la fois un triomphe et une réhabilitation — un triomphe pour l’homme qui avait accepté le saint rôle de la chaire — une réhabilitation pour la mémoire de celui que la calomnie avait osé tenter de fléchir dans sa magnanimité. Le Père Martin vengea Montcalm des imputations qui s’étaient attachées à la pureté de sa valeur et de sa gloire et trouva encore une parole proportionnée à celle de son ennemi en plaçant un hommage mérité à l’adresse de Wolfe, digne de s’être mesuré avec Montcalm sur cette terre témoin de son héroïsme[61].

Qui est donc ce père Martin[62]? Il s’agit d’un père jésuite français qui a séjourné au Canada de 1844 à 1861 où il a exercé diverses fonctions comme enseignant, fondateur du collège Sainte-Marie de Montréal en 1848, puis supérieur de la résidence de Québec à partir de 1859. Martin s’intéressa beaucoup à l’histoire religieuse de la Nouvelle-France et contribua à la conservation des archives relatives à l’histoire du Canada. En 1859, il commença une étude biographique de Montcalm qui parut huit ans plus tard, en France, sous le titre De Montcalm en Canada ou les dernières années de la colonie française (1752-1760) par un ancien missionnaire[63].

Son homélie semble avoir été le seul discours qui fut prononcé dans le cadre de cet anniversaire du côté canadien-français.

Les journaux ne rapportent pas de prise publique de la parole du côté britannique. Par contre, les journaux anglophones contiennent de longs articles dans lesquels les auteurs font connaître leurs points de vue sur 1759 et sur la façon dont cette date aurait pu ou dû être évoquée. Certains de ces points de vue sont très tranchés.

Le 9 septembre 1859, The Quebec Gazette publia un long article sur cette question sous le titre «The Memory of Wolfe». Le texte commence en faisant remarquer que rien ne semble avoir été prévu «with regard to celebrating the capture of Quebec» et afin de rendre hommage à Wolfe[64]. L’auteur est d’avis que ce serait une belle occasion, et même un devoir, de commémorer le fait que, voilà cent ans, «all Canada was freed from despotic rule». D’ailleurs, à son avis, s’il y a un groupe de citoyens qui devrait particulièrement se réjouir en une telle circonstance, ce sont bien les Canadiens d’origine française, car leurs ancêtres ont dès lors été «released from the burdens and extortions of French despotism». Depuis, ils ont reçu la protection de l’Angleterre et ont évité les drames de la Révolution française. L’auteur termine en faisant une proposition, celle que le 13 septembre soit déclaré «public holiday» et que la population, tant d’origine britannique que française, aille défiler ensemble ce jour-là devant la colonne de Wolfe sur les Plaines, pour se rendre ensuite à la chapelle des Ursulines rendre hommage à Montcalm[65].

De son côté, The Quebec Mercury a fait paraître, le 13 septembre, un texte intitulé «The Centenary»[66]. L’auteur y décrit la fierté des «sons of England» d’être les dépositaires de ce territoire. L’Angleterre, continue-t-il, est consciente des implications qui découlent de cette nouvelle réalité, notamment en ce qui concerne «the trust and obligation imposed on her when she accepted the guardianship of Canada». Depuis, elle s’est bien acquittée de ce rôle; elle a été «a watchful but a kind mother». Bien sûr, il y a eu quelques «little domestic ills», mais ils sont légers et cet anniversaire devrait être l’occasion de rendre hommage «to that flag of old England under whose protection we have enjoyed all such blessings. God save the Queen».

L’article du Quebec Chronicle sur cette question a paru le 14 septembre[67]. L’auteur commence en disant que le 13 septembre 1859 marque le centième anniversaire de la bataille des Plaines d’Abraham qui se solda par la mort des deux généraux; la chute de Québec; and «the transfer of Canada from France to Great Britain». Ces souvenirs, continue-t-il, sont encore bien frais à la mémoire mais les Canadiens d’origine britannique se sont retenus de célébrer pour ne pas heurter les sentiments des Canadiens français:

Due deference was paid to the traditionary associations of the earlier colonists of the country, in obtaining from any kind of demonstration that could hurt the feelings or offend the pride now-a-days of the descendants of the fifty or sixty thousand colonists, who in those times inhabited Canada[68].

L’auteur mentionne ensuite que la direction du journal a reçu les trois volumes de la troisième édition de l’Histoire du Canada de F.-X. Garneau qui vient de paraître et qu’il trouve que c’est «one of the most complete and interesting histories of Canada yet published». Mais il s’empresse d’ajouter que Garneau a malheureusement gardé son «irresistible prejudice towards everything French» et qu’il tient toujours à passer sous silence… «the state of oppression to which the inhabitants of Canada were subjected under French domination»[69].

Le Journal of Education est celui qui fait la plus longue description du siège de Québec et de la bataille du 13 septembre. C’est aussi celui qui développe le plus son point de vue sur la Nouvelle-France et sur les changements que cette région a connus sous le nouveau régime colonial:

A hundred years ago, Canada was a wilderness, peopled by savage tribes, and the theatre of a sanguinary warfare; a hundred years have gone by, and it has become a rich and powerful colonial dependency of Great-Britain. Under the French rule it was seldom prosperous; surrounded on all sides with enemies, abandoned by the mother country, and its frontiers the scene of ruthless border warfare. During that trying and heroical period the devotedness of the inhabitants to their King and to their country calls for involuntary admiration. (…)

The history of New France, from the date of its settlement to that of its cession to Great-Britain, is a history of a series of struggles, of privations and poverty. (…)[70]

Mais il est vrai, rappelle-t-il, que cette victoire sur la Nouvelle-France n’a pas été une chose facile:

Whoever attentively considers that early period of our history cannot fail to express his surprise at the determined and unflinching bravery of the French colonists, who often carried desolation into the English colonies and for a long time resisted armies more numerous than the total population of New France. It required an English fleet, two English armies, to subdue a handful of men far distant from their fatherland and straitened even in their munitions of war.[71]

En fait, conclut-il, Montcalm n’a pas été vraiment vaincu, c’est la Providence qui en a décidé ainsi: «Montcalm resigned to the will of the Providence who guideth all things and who disposeth everything for the best». Depuis la paix, le Canada est devenu une colonie prospère et les immigrants y viennent de toutes les parties d’Europe[72].

Conclusion

Voilà donc comment les choses se sont passées le 13 et le 14 septembre 1859 et ce qu’on a dit au sujet de 1759. Pourquoi une commémoration aussi édulcorée? Pourquoi un tel silence, une telle retenue sur cette page importante de l’histoire de la ville et de la colonie de la part des Canadiens français? Pourquoi si peu de références au courage, à la détermination et à la souffrance des Canadiens durant la guerre de Sept-Ans et durant le siège de Québec? La réponse est certainement très complexe mais certains éléments importants me semblent reliés au contexte politique des années 1850.

L’élite politique, du côté canadien-français, a l’impression, depuis l’arrivée de Elgin en 1848, que les choses s’améliorent (responsabilité ministérielle, le français à la Chambre des députés, le «bill des indemnités» au sujet des troubles de 1837-1838, etc.[73]). Il semble donc y avoir un climat d’ouverture et de bonne entente qu’on ne veut pas gâcher[74]. Il y a même un premier consul français à Québec. D’ailleurs l’Angleterre et la France ne sont plus en guerre. Non seulement elles combattent ensemble en Crimée et, de dire Taché, elles «sont maintenant unies»[75], Ces rapprochements donnent lieu à beaucoup d’espoir, à beaucoup d’enthousiasme et à de grands sentiments comme on peut le lire, par exemple, dans le Courrier du Canada du 14 septembre 1859: «Les descendants de deux grandes nations, célèbrent ainsi au sein de l’harmonie leurs gloires respectives, oublieux de leurs anciennes luttes, s’honorent eux-même [sic] aux yeux du monde en donnant un bon exemple à leurs descendants». Dans les années 1850, n’oublions pas qu’il y a aussi dans l’air, comme il a été dit précédemment, cette question de l’avenir de Québec comme capitale du Canada.

Voilà donc un certain nombre de bonnes raisons politiques. Mais on peut s’interroger sur la signification et les implications de tout cela. Évidemment, dans ce contexte de recherche d’harmonie, l’élite canadienne-française essaie de ne pas heurter ceux avec qui elle veut composer. Évidemment, il aurait été délicat, dans ce contexte, de commencer à évoquer la mémoire de toutes ces personnes qui, comme Montcalm ont donné leur vie pour défendre la patrie[76]. Dans un tel contexte, il aurait été difficile d’évoquer vraiment le passé sans soulever des passions; il aurait été risqué d’oser vraiment se souvenir ou d’essayer de montrer la complexité des choses et de vouloir en discuter.

Dans ce contexte, il était beaucoup plus acceptable de dire que, oui, cette période a été difficile mais, comme le dit Robitaille, que ce fut «un mal pour un bien»:

La Providence semble tout conduire ici d’une manière merveilleuse. Ce qui paraissait une calamité pour le petit peuple canadien, tourna à son plus grand avantage. En effet, c’était un événement providentiel, cette séparation forcée d’avec la mère patrie sauva nos pères des horreurs de la révolution française qui serait venue leur apporter ses pernicieuses idées de démocratisation[77].

Comme lui, et comme bien d’autres de son temps, Chauveau invoque lui aussi l’intervention de la Providence pour expliquer la conquête[78].

Donc, je pense qu’on peut dire qu’en 1859, les élites ont essayé d’accorder l’histoire avec la politique; en d’autres mots, que l’histoire a plié le genou devant la politique. Cela dit, comment donner un sens à cette phrase que Robitaille a écrite en 1882 dans ses mémoires et qui semble exprimer un regret sur la façon dont les choses ont été faites en 1859? La réponse à cette question se trouve peut-être du côté du nouveau nationalisme qui commence à s’exprimer après la Confédération et dont l’une des grandes manifestations a été la Convention nationale des Canadiens français de l’Amérique du nord qui se tint à Québec les 24 et 25 juin 1880 à l’occasion de la Saint-Jean-Baptiste (alors que Robitaille était peut-être en train d’écrire ses mémoires). Cette convention fut un grand succès; elle rassembla, par exemple, 40 000 personnes sur les Plaines, autour de l’autel le matin du 24 juin[79]. Le discours de circonstance lors de ces journées fut fait par Mgr Racine sous le thème «Souviens-toi des anciens jours»[80]. Peut-être était-ce sa manière d’exprimer le malaise qu’il ressentit lors de cette fête quant à la façon dont cet événement aurait pu ou dû alors être évoqué.



[1]. Jacques Bernier est professeur au Département d’histoire de l’Université Laval où il enseigne l’histoire du Régime britannique au Canada, l’histoire sociale de la médecine et l’histoire de la ville de Québec. Ses recherches ont porté surtout sur l’histoire de la profession médicale au Québec; sur l’histoire des théories et pratiques relatives aux grandes maladies avant la bactériologie (notamment la tuberculose); sur l’histoire du livre médical ainsi que sur l’historiographie de la médecine au Québec. Je remercie messieurs Claude Galarneau et Gilles Gallichan d’avoir lu ce texte et de m’avoir fait part de leurs remarques et suggestions.

[2]. Olivier Robitaille, Mes mémoires, texte dactylographié, p. 227. Ce texte est accessible en ligne sur le site de Bibliothèque et archives nationales du Québec, «Pistar» (p. 230 du texte en ligne). L’orthographe du texte a été respectée.

[3]. Il écrit: «J’étais un des vices-présidents de la section St. Jean de la société St. Jean Baptiste et je pense avoir été l’un des premiers à suggérer la pensée de faire l’exhumation de ces os…» [sic], ibid., p. 539.

[4]. Sur l’histoire de ce monument, voir H.-J.-J.-B. Chouinard, Fête nationale des Canadiens Français célébrée à Québec en 1880, Québec, A. Côté et Cie, 1881, p. 50 à 93; et P. Groulx, «La commémoration de la bataille de Sainte-Foy, du discours de la loyauté à la fusion des races», Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 55, no. 1, 2001, p. 45-83.

[5]. J. Bernier, «Robitaille, Olivier», Dictionnaire biographique du Canada, vol. XII, Québec, Presses de l’Université Laval, 1990, p. 993-994; P. Sylvain, «Les débuts du Courrier du Canada», Les cahiers des Dix, no. 32, 1967, p. 267.

[6]. L’électeur, 3 novembre 1896.

[7]. Les ouvrages sur le siège de Québec de 1759 et la vie dans la région (durant ces trois mois) sont très nombreux. Notons, entre autres: C. P. Stacey, Québec 1759. The siege and the battle, Montreal, Robin Brass Studio, 2002; J. Lacoursière et H. Quimper, Québec, ville assiégée 1759-1760, d’après les acteurs et témoins, Québec, Septentrion, 2009; D. Peter MacLeod, La vérité sur la bataille des plaines d’Abraham, Montréal, Les Éditions de l’Homme, 2008; Journal du siège de Québec du 10 mai au 18 septembre 1759, annoté par A. Fauteux, présenté par B. Andrès et P. Willemin-Andrès, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2009; L. Dechêne, Le Peuple, l’État et la Guerre au Canada sous le Régime français, Montréal, Les Éditions du Boréal, 2008. Cette étude est de loin la plus complète sur le rôle et la condition des miliciens sous le Régime français.

[8]. C. P. Stacey, op. cit., p. 228-237; A. Charbonneau, «Québec, ville assiégée», dans S. Bernier et al., Québec ville militaire 1608-2008, Montréal, Art Global, 2008, 141 p.

[9]. Stacey, op. cit., p. 251-254; Charbonneau, op. cit., p. 140-141.

[10]. Journal du siège de Québec en 1759, par l’abbé Jean-Félix Récher, Québec, Société historique de Québec, 1959, p. 45.

[11]. Dechêne, op. cit., p. 416; Journal du siège de Québec en 1759, annoté par A. Fauteux, op. cit., p. 95-113.

[12]. Récher, op. cit., p. 33 et 40.

[13]. Dechêne, op. cit., p. 402-406.

[14]. G. Deschênes, L’année des Anglais, la Côte-du-Sud à l’heure de la Conquête, Québec, Septentrion, 1988, p. 62-87; Stacey, op. cit., chap. 5; Dechêne, op. cit., p. 414-416.

[15]. Dechêne, op. cit., p. 114-115 et 410.

[16]. Charbonneau, op. cit., p. 140-141; Stacey, op. cit., p. 251-253.

[17]. A. Côté, Joseph-Michel Cadet (1719-1781), munitionnaire du roi en Nouvelle-France, Sillery et Paris, Septentrion/Éditions Christian, 1998.

[18]. Dechêne, op. cit., p. 356.

[19]. Voir le chapitre 10 du livre de L. Dechêne, «Jean-Baptiste s’en va-t-en guerre», ibid., p. 349-396. Contrairement aux soldats et aux volontaires, les miliciens ne reçoivent pas de salaire.

[20]. Ibid., p. 423 et 377; et R. Chartrand, «L’apport des miliciens canadiens à la guerre de Sept-Ans en Nouvelle-France», La guerre de Sept Ans en Nouvelle-France, La guerre de Sept Ans en Amérique, colloque tenu à Québec le 15 septembre 2009.

[21]. Au sujet du rôle des miliciens le 13 septembre 1759 sur les Plaines, L. Dechêne écrit ceci: «Montcalm aurait eu environ 5 000 hommes sous ses ordres. Les cinq bataillons, fort incomplets, comptent au plus 1 900 soldats et les troupes de la marine, un maximum de 500. Ce qui signifie que 2 100 miliciens au moins participent à ce combat, peut-être même 2 500. Il n’est donc pas impossible que 500 à 600 d’entre eux aient été tués, blessés ou faits prisonniers au cours d’une action aussi violente», Ibid., p. 391 et p. 386-395. Il est difficile d’établir le nombre de Canadiens ou de miliciens décédés durant la guerre de Sept-Ans et de ses suites (blessures, maladies, malnutrition) mais les démographes ont calculé que le taux de mortalité, qui avait toujours été inférieur à 30 décès pour 1 000 personnes avant 1745, passa à 37,9 % entre 1756 et 1760. J. Henripin et Y. Peron, «La transition démographique de la province de Québec», La population du Québec, études rétrospectives, H. Charbonneau (dir.), Trois-Rivières, Boréal, 1973, p. 43. De son côté, Christopher Moore estime que 10 % de la population est décédée durant la guerre de Sept-Ans, cité dans Dechêne, op. cit., p. 630, note 151.

[22]. Texte cité dans Robitaille, op. cit., p. 542.

[23]. M. Vallières et al., Histoire de Québec et de sa région, Québec, Presses de l’Université Laval, 2008, t. II, p. 709 à 749 et 855.

[24]. G. Blais et al., Québec, quatre siècles d’une capitale, Québec, Les Publications du Québec, 2008, p.299.

[25]. G. Gallichan, «La ville de Québec et le défi de la Capitale (1841-1865)», Les Cahiers des Dix, no. 61, 2007, p. 29.

[26]. L.-P. Turcotte, Le Canada sous l’Union 1841-1867, Québec, L.-J. Demers, 1882, p. 284. Au nombre des écrivains de cette époque, on peut rappeler les noms de E. Parent, M. Bibaud, J.-B.-A. Ferland, F.-X. Garneau, P-J.-O. Chauveau, J.-C. Taché, O. Crémazie, A.-N. Morin, A. Gérin-Lajoie, P.-A. de Gaspé. Pour un aperçu de la vie culturelle à Québec durant ces années, voir les articles suivants de Claude Galarneau: «Société et associations volontaires à Québec 1770-1859», Les Cahiers des Dix, no. 58, p. 171-212; «Les écoles privées à Québec (1760-1859)», Les Cahiers des Dix, no. 45, 1990, p.95-113; «Le spectacle à Québec», Les Cahiers des Dix, no. 49, 1994, p. 75-109; «La presse périodique au Québec de 1764 à 1859», Mémoires de la Société royale du Canada, quatrième série, t. XXII, 1984, p. 143-166. Voir aussi Livre et lecture au Québec, (1800-1850), sous la dir. de C. Galarneau et M. Lemire, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1988,

[27]. Turcotte, ibid., p. 284.

[28]. Par exemple, le 13 septembre 1859, le Journal de Québec a reproduit, en page un, un extrait de l’Histoire du Canada de F.-X. Garneau qui avait pour titre «Les Montagnes Rocheuses».

[29]. A. Gérin-Lajoie dit qu’il «sut attirer autour de sa chaire un auditoire nombreux et attentif»; cité dans M. Lemire et D. Saint-Jacques (dir.), La vie littéraire au Québec, Québec, Presses de l’Université Laval, t. III, p. 267.

[30]. P. Groulx, op. cit., p. 59.

[31]. Chouinard, op. cit., p. 39.

[32]. P. Groulx, op. cit. À Québec, cet hommage aux Patriotes de 1837-1838 avait été vu de façon très positive. Voici ce qu’on pouvait lire dans Le Canadien, le 3 août 1853: «À une assemblée de citoyens responsables et influents de Québec la proposition suivante a été adoptée: Que les Canadiens-Français de cette cité donnent leur approbation la plus explicite au projet émis par l’Institut canadien de Montréal d’élever sur la tombe des martyrs de 1837-1838, des monuments qui rappellent aux générations futures l’héroïque dévouement de ceux qui sont morts glorieusement au champ d’honneur pour la défense de nos libertés politiques».

[33]. L’assistant-rédacteur du Journal de l’instruction publique était alors Joseph Lenoir; James J. Phelan occupait cette fonction pour le Journal of Education. A. Beaulieu et J. Hamelin, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l’Université Laval, 1973, t. I, p. 200-201. Chacun est indépendant en ce sens que les articles ne sont pas écrits par les mêmes personnes et ne traitent pas des mêmes questions. En septembre 1859, chacun a fait paraître un article sur les événements de 1759. Celui du Journal de l’instruction publique a pour seul titre «Petite revue mensuelle». Il débute en deuxième page, il fait environ 1 800 mots et il n’est pas signé. L’auteur commence par rappeler que, le 13 septembre, les Britanniques de la ville de Québec ont rendu hommage à Wolfe mais qu’ils se sont abstenus de «toute idée de triomphe et de provocation» (p. 166). Il y décrit ensuite les cérémonies qui ont eu lieu à la chapelle des Ursulines, le 14, en l’honneur de Montcalm. La dernière partie du texte porte sur le développement des relations entre la France et le Canada dans le contexte de la visite de la Capricieuse, le premier vaisseau de guerre français à venir à Québec depuis 1759, et la nomination d’un consul français à Québec en 1858 (p. 166-167). Celui du Journal of Education a pour titre «A Hundred Years Ago». Il débute en première page, fait environ 4 000 mots et des initiales y figurant à la fin (H. G. M.). Ce texte est le seul à faire une description du siège de Québec et des événements du 13 septembre. L’auteur commence par des réflexions sur les rapports entre histoire et mémoire et l’attitude qu’il faut avoir à l’égard des grands sentiments que peuvent parfois susciter certains grands événements historiques. Il y présente ensuite sa vision de la Nouvelle-France ainsi que des progrès économiques que cette région a connus depuis le changement de régime (p. 133-134). Suit une longue présentation des deux généraux «The English conqueror and the heroic defender» (p. 135). Les pages 135 et 136 portent sur le siège de la ville et la bataille. La dernière partie du texte (p. 136-137) est consacrée à une longue description des cérémonies qui ont eu lieu, le 14 septembre, à la chapelle des Ursulines; par contre, il ne dit rien de ce que les Britanniques ont fait, le 13, pour rendre hommage à Wolfe.

[34]. Aucun n’est signé mais on peut penser qu’ils expriment le point de vue de la direction du journal.

[35]. Ce monument se trouve dans le Jardin des Gouverneurs, près du Château Frontenac.

[36]. Félix Martin, De Montcalm en Canada, Tournai, H. Casterman, 1867, p. 212-213. On y lit cette inscription: «Honneur à Montcalm, le destin en le privant de la victoire, l’a récompensé par une mort glorieuse». La dépouille de Montcalm repose maintenant au cimetière de l’Hôpital Général depuis 2001.

[37]. Cette colonne qui est située en face du Musée national des beaux-arts du Québec, a été érigée par Aylmer en 1832 sur le méridien qui existait déjà depuis 1790 pour représenter l’endroit où était mort Wolfe. En 1849, cette colonne fut restaurée, élevée et surmontée d’un casque et d’une épée.

[38]. The Quebec Chronicle, 14 septembre 1859, p. 2.

[39]. Le Courrier du Canada, 14 septembre 1859, p. 2; Journal de l’instruction publique, septembre 1859, p.166. Selon Le Canadien, l’érable «était l’arbre préféré de la colonie» et on le trouvait souvent autour des églises, 29 août 1859, p. 4.

[40]. «Les cloches de l’église anglaise sonnaient hier en commémoration de la mort glorieuse du héros dont l’Angleterre peut, à bon droit, être fière…», Le Courrier du Canada, 14 septembre 1859, p. 2; Journal de l’instruction publique, septembre 1859, p. 166.

[41]. Le Courrier du Canada, 14 septembre 1859, p. 2; Journal de l’instruction publique, septembre 1859, p. 166.

[42]. Le Courrier du Canada, 16 septembre 1859, p. 2; Le Journal de Québec, 16 septembre 1859, p. 2; Le Canadien, 16 septembre 1859, p. 4. De son côté, le père Félix Martin décrit l’endroit ainsi: la chapelle «était tendue de draperies noires aux larmes blanches, et au milieu de la nef s’élevait un modeste catafalque recouvert du drap mortuaire parsemé de fleurs-de-lis d’argent», Martin, op. cit., p. 218.

[43]. Le Canadien, 16 septembre 1859, p. 4.

[44]. Ibid., p. 4; Le Courrier du Canada, 16 septembre 1859, p. 2.

[45]. Le Courrier du Canada, 16 septembre 1859, p. 2.

[46]. Le Canadien, 16 septembre 1859, p. 4.

[47]. Martin, op. cit., p. 219. Le père Martin présente l’assistance ainsi: «…l’élite Franco-Canadienne, à laquelle s’étaient joints tous les Français présents à Québec et plusieurs officiers de la garnison remplissaient l’étroite enceinte», Martin, op. cit., p. 219. Cela dit, quelqu’un d’important ne fut pas présent du côté des Français, le consul Gauldrée-Boilleau. Parti présenter ses lettres d’accréditation au gouverneur général E. Head à Toronto, il ne revint à Québec que le 14 dans la soirée, donc quelques heures après la cérémonie, Le Canadien, 16 septembre 1859, p. 4. Il était arrivé à Québec le 29 août à bord de l’Indian, Le Canadien, 29 août 1859, p. 4.

[48]. Le courrier du Canada, 16 septembre 1859, p. 2.

[49]. L. Lemieux, «Baillargeon, Charles-François, Dictionnaire biographique du Canada, Québec, Presses de l’Université Laval, 1977, vol. IX, p. 20.

[50]. Le Canadien, 16 septembre 1859, p. 4.

[51]. Le Journal de Québec, 16 septembre 1859, p. 2.

[52]. Selon Le Courrier du Canada, «…c’est à l’initiative de ce pieux ami de notre histoire et de nos traditions que nous devons la belle fête qui a eu lieu», le 16 septembre 1859, p. 3. Sur Faribault, voir Yvan Lamonde, «Faribault, Georges-Barthélémi», Dictionnaire biographique du Canada, Québec, Presses de l’Université Laval, 1977, vol. IX, p. 274-276.

[53]. Martin, op. cit., p. 218. «Le marbre provenait d’une carrière américaine», Le Canadien, 5 septembre 1859, p. 4.

[54]. Jean Pierre de Bougainville était le frère de Louis Antoine de Bougainville, l’aide-de-camp de Montcalm. Montcalm envisageait de briguer un jour les suffrages de cette Académie. Martin, op. cit., p. 216 et 214.

[55]. Martin, op. cit., p. 214 à 218.

[56]. Aujourd’hui, la section de cette chapelle, ouverte au public, ne peut contenir que 130 personnes. Ainsi, si le nombre de sièges était le même, on peut estimer à environ 260 le nombre de personnes qui ont pu assister à l’une ou l’autre des deux cérémonies (sur une population de 60 200 personnes).

[57]. Un seul journal anglophone a fait une brève mention de la cérémonie, The Quebec Chronicle, 14 septembre 1859, p. 2, mais l’auteur n’a pas résumé les paroles de Martin.

[58]. Le Canadien, 16 septembre 1859, p. 4.

[59]. Bibaud et Ferland, quant à eux, passent pratiquement sous silence le rôle de Montcalm à l’été 1759. M. Bibaud, Histoire du Canada, sous la domination française, Montréal, J. Jones, 1837, 196 p.; J.-B.-A. Ferland, Cours d’histoire du Canada, 2e partie, Québec, Augustin Côté, 1865, p. 584-590.

[60]. Martin, op. cit., p. VIII.

[61]. Le Canadien, 16 septembre 1859, p. 4.

[62]. Sur Félix Martin, voir la biographie de Georges-Émile Giguère dans le Dictionnaire biographique du Canada, Québec, Presses de l’Université Laval, vol. XI, 1982, p. 649-651.

[63]. Tournai, H. Casterman, 1867, 346 p.

[64]. The Quebec Gazette, 9 septembre 1859, p. 2.

[65]. Ibid. Le texte n’est pas signé mais il provient sans doute de la rédaction du journal.

[66]. The Quebec Mercury, 13 septembre 1859, p. 2.

[67]. The Quebec Chronicle, 14 septembre, p. 2.

[68]. Ibid. Même si le transfert de la Nouvelle-France à l’Angleterre ne se fit que lors du traité de Paris de 1763, plusieurs auteurs du XIXe siècle, et même plus récents, présentent la victoire de 1759 comme la date marquant la fin de la guerre en Amérique.

[69]. Ibid.

[70]. Journal of Education, p. 133.

[71]. Ibid.

[72]. Ibid., p. 134.

[73]. Sur ces années, voir entre autres: J. Monet, La première révolution tranquille, le nationalisme canadien-français (1837-1850), Montréal, Fides, 1981; J. Lamarre, «Les représentations du devenir de la société canadienne-française dans Le Canada sous l’Union, 1841-1867 de Louis-Philippe Turcotte», Recherches sociographiques, vol. XXXIV, no. 1, 1993, p. 69-88.

[74]. «Sauvegarder la bonne entente» disait Turcotte, cité dans Lamarre, op. cit., p. 83.

[75]. E.-P. Taché, texte cité dans Chouinard, Fête nationale, op. cit., p. 70.

[76]. «Montcalm, le noble et courageux défenseur de la patrie», Le Courrier du Canada, 16 septembre 1859, p. 2.

[77]. Robitaille, op. cit., p. 226.

[78]. Voir M. Cambron, «P.-J.-O. Chauveau, lecteur de Garneau», dans François-Xavier Garneau, figure nationale, sous la dir. de G. Gallichan et al., Québec, Nota Bene, 1998, p. 340-343. Dans l’article du Journal de l’instruction publique, l’auteur évoque d’ailleurs le rôle de la «providence» [sic], septembre 1859, p. 166. On peut penser, entre autres pour cette raison, que Chauveau est l’auteur de ce texte. Une première allusion à cette «théorie providentielle» de la conquête avait été formulée à l’automne 1789 par le juge William Smith dans une «exhortation» aux grands jurés de Québec. Claude Galarneau, La France devant l’opinion canadienne (1760-1815), Québec, Les Presses de l’Université Laval, 1970, p. 336-339.

[79]. Chouinard, op. cit., p. 161-188. Voir aussi la brochure 150 ans. Au service des Canadiens français depuis 150 ans, 1842-1992, Québec, La Société Saint-Jean-Baptiste, c1992, p. 14.16.

[80]. Robitaille, op. cit., p. 399 et 400. Plus tôt dans son texte (p. 226) Robitaille avait écrit ceci: «la cession de la nouvelle [sic] France à l’Angleterre en 1763, fut regardée par nos ancêtres comme un grand malheur».