Recension : Jonathan R. Dull, La Guerre de Sept ans. Histoire navale, politique et diplomatique, France, Les Perséides, 2009, 536 p.

Mourad Djebabla
Chercheur post-doctoral
Chargé de cours
Université McGill

En 2009, l’ouvrage de Jonathan R. Dull, The French Navy and the Seven Years’ War (UNP, 2005) a été traduit sous le titre La Guerre de Sept ans. Histoire navale, politique et diplomatique. Sans contredit, cette étude constitue une référence. Elle porte en effet un regard novateur sur un événement politico-militaire qui fut central à bien des égards, et en particulier pour la destinée de la Nouvelle-France.

Grâce à un travail minutieux dans des sources conservées à Londres ou à Paris, en plus de l’exploitation d’études françaises, allemandes et anglaises, comme en rend compte l’imposante bibliographie en fin d’ouvrage, ce livre propose une approche diplomatique et navale de la Guerre de Sept ans. Pour rendre compte de cette opposition franco-anglaise du XVIIIe siècle, Jonathan R. Dull a retenu un récit chronologique où chaque chapitre est consacré à une période ou à une date importante du conflit. L’auteur y déroule le fil des événements en y citant les noms des principaux lieux, ainsi que ceux d’acteurs politiques et militaires de la Guerre de Sept ans, que ce soit pour des faits s’étant déroulés sur terre ou sur mer. Jonathan R. Dull débute son étude en 1748, période caractérisée par une «paix fragile» marquée par des tensions européennes. Par la suite, il décrit minutieusement les différentes phases militaires, politiques et diplomatiques de la Guerre de Sept ans. Dans son épilogue, Jonathan R. Dull souligne en particulier les conséquences de cet événement pour la monarchie française de la fin du XVIIIe siècle.

Plus précisément, le but de l’ouvrage est de comprendre comment et pourquoi la France perdit ses colonies d’Amérique du Nord à la suite de la Guerre de Sept ans. Tout l’intérêt et l’aspect novateur de cette étude est d’aborder ce «premier conflit mondial de l’Histoire» (W. Churchill) du point de vue des opérations militaires navales sur les mers du globe et ce, à la lumière du contexte militaire et diplomatique européen. Alors que la période de la Nouvelle-France (en dehors de la multitude d’études sur les autochtones) demeure l’enfant pauvre des départements d’histoire québécois, ce livre est un atout important pour des étudiants et des chercheurs. Il permet en effet de comprendre tant la dimension politique et militaire de la Guerre de Sept ans, que ses conséquences pour le Canada à travers les actions militaires en Europe, navales dans l’Atlantique, et diplomatiques, de la monarchie française. Remarquons aussi que dans cette étude, les tensions coloniales prédominent sur fond de guerre navale entre la France et la Grande-Bretagne.

Il convient de remarquer que Jonathan R. Dull dépoussière nombre d’idées reçues sur l’attitude de la monarchie française (et notamment du souverain Louis XV) ou sur la valeur de la marine française face à la puissance maritime anglaise. L’auteur souligne combien les navires français, en dépit de leur infériorité numérique face à la flotte britannique, se défendirent du mieux qu’ils purent. D’ailleurs, selon l’auteur, en 1757, la France était «au bord de la victoire», notamment grâce aux efforts des secrétaires d’État de la Marine français au début du conflit pour renforcer la flotte royale française. Mais, pour Jonathan R. Dull, c’est le temps qui joua contre la France, qui était d’abord une puissance terrestre, plus que maritime, au contraire d’Albion d’abord tournée vers les mers. Avec une guerre qui s’enlisa dans le temps, le déséquilibre entre les forces navales françaises et britanniques ne fit que s’accentuer et joua en faveur de la Grande-Bretagne, notamment à partir de 1758, plaçant alors la marine royale française sur la défensive. L’auteur décrit ce déclin naval français et ses conséquences militaires. Par exemple, en 1758, la capture de la forteresse de Louisbourg, par la flotte britannique, donne aux Anglais le contrôle sur le Saint-Laurent et la Nouvelle-France. Ceci priva tant les forces françaises en Nouvelle-France de tous ravitaillements par voie maritime, que la marine française de bases arrières en Amérique du Nord. Il en résultera notamment la prise de Québec, en 1759. De manière plus générale, selon Jonathan R. Dull, l’année 1759 est celle de toutes les défaites pour la marine française.

Pour l’auteur, la France combattait sur deux fronts distincts: en Europe et sur mer. D’un point de vue diplomatique, Jonathan R. Dull soutient que si la France était consciente qu’elle pouvait perdre ses colonies face à la supériorité navale croissante et incontestable de la Grande-Bretagne, elle ne perdait néanmoins pas de vue le fait que lors de la négociation d’un traité de paix, des victoires stratégiques en Europe lui permettraient par la suite de négocier en position de force pour des compensations coloniales à obtenir. Jonathan R. Dull met ainsi sans cesse en parallèle les combats qui se déroulent en Europe et sur mer pour permettre aux lecteurs de mesurer combien ceux-ci sont inter-reliés et ont pu jouer finalement en défaveur de la France.

Même s’il faut reconnaître que le livre accorde une place plus importante à la question diplomatique qu’à la seule question navale, pour un lecteur québécois, comme le souligne justement le journaliste Christian Rioux, dans un éditorial du 22 août 2009 paru dans Le Devoir, «Dull n’hésite pas à critiquer ouvertement l’approche des historiens canadiens-français qui, dit-il, “ont eu tendance à projeter leur ressentiment sur la guerre de 1754-1763, convaincus que la France s’était laissé distraire par une guerre européenne et qu’elle n’avait pas fait assez pour sauver le Canada”. Au contraire, selon lui, “la France a fait de grands efforts, peut-être trop, pour sauver le Canada. Jusqu’à se laisser entraîner dans une guerre européenne”».C’est là tout l’intérêt que nous retenons de cette étude de référence sur la Guerre de Sept ans.