Vingt-cinq ans d’histoire politique : du Québec vers l’universel

STÉPHANE SAVARD
Directeur

« Michel Tremblay un jour […] a dit : «Les gens au-
jourd’hui essaient d’être internationaux, les gens
[veulent] faire des trucs [à l’]international et tout ça.
Mais très peu veulent faire des choses universelles.»
[…] Je pense que plus on est confiant de nous comme
culture, plus on parle de qui on est […], plus on parle
de ce qu’on connaît, surtout, plus on est universel. »
Robert Lepage [1]

Il y a 25 ans, le 10 avril 1992, une trentaine de personnes ont fondé l’Association québécoise d’histoire politique (AQHP) lors d’une assemblée tenue à l’Université du Québec à Montréal. Dès ses débuts, l’AQHP a su rejoindre des universitaires aux horizons variés, de même que des professionnels pratiquant l’histoire politique dans différentes institutions et organismes [2]. Propulsée par la diversité de ses membres, elle s’est alors fixé des objectifs clairement définis : « promouvoir l’histoire politique auprès des organismes publics et privés, en particulier auprès des milieux de l’enseignement et de la recherche » ainsi que « favoriser les échanges entre chercheures et chercheurs en leur offrant un cadre souple de diffusion et de réflexion [3] ».

C’est dans le contexte de ce deuxième objectif qu’est lancé au printemps 1992 le processus de création d’un « Bulletin », dont le premier numéro est finalement publié à l’automne de la même année. D’abord sous la forme d’un fascicule broché dont le contenu varie entre des annonces qui visent à informer les membres et des textes réflectifs portant sur l’histoire politique, le Bulletin de l’AQHP se transforme dès le vol. 3 (1994-1995) en une véritable revue savante et de transfert consacrée à l’histoire politique, particulièrement celle du Québec. À partir de ce moment, dans sa volonté de professionnaliser le travail d’édition de la revue, l’AQHP officialise le nom Bulletin d’histoire politique, s’associe avec une maison d’édition [4], et concrétise la pratique éditoriale de publier de manière systématique trois numéros par année comprenant chacun au moins un dossier thématique. Parmi les membres de l’AQHP qui participent à cette transformation, on retrouve Robert Comeau qui a été l’âme dirigeante de la revue pendant une vingtaine d’années [5].

En 25 années d’existence, le Bulletin d’histoire politique a ainsi publié pas moins de 75 numéros au sein desquels se sont glissés 82 dossiers thématiques portant principalement sur le Québec, mais aussi sur l’Europe ou les États-Unis. Très rapidement, la revue s’est imposée comme un important lieu de savoir et de débats au sein de laquelle les chercheurs – universitaires ou non – ont entamé un dialogue non seulement sur l’historiographie québécoise, mais aussi et surtout sur les transformations politiques vécues par le Québec dans les différentes périodes de son histoire.

En privilégiant le Québec comme principale échelle d’analyse, la position éditoriale de la revue ainsi que le travail des auteurs qui ont fait confiance à ce carrefour de diffusion ont participé activement au développement et au rayonnement des études québécoises. Le BHP a ainsi montré que l’histoire politique, dans son acception élargie qui tient compte à la fois de la politique et du politique dans une perspective multidisciplinaire, contribue à enrichir notre compréhension d’un objet d’études local, en l’occurrence le Québec, dont le parcours et l’expérience historique renferment un fort potentiel universalisable. Au fil du temps, le BHP n’a pas cherché à devenir une revue internationale, risquant de ce fait de perdre son « âme » et sa raison d’être. Au contraire, en raison des interrogations, connaissances et réflexions qu’elle et ses auteurs ont mis de l’avant, la revue a proposé des problématiques universelles. Aujourd’hui peut-être plus qu’à une certaine époque, je suis convaincu que l’expérience historique québécoise, entre autres dans sa dimension politique, a quelque chose à « dire » au reste du monde. Cela rend d’autant plus pertinente la présence du Bulletin d’histoire politique dans l’écosystème plutôt fragile des revues québécoises.

NOTES ET RÉFÉRENCES

1. Propos de Robert Lepage lors de ses entretiens avec Bernard Derome dans le documentaire Crise d’identité, Télé-Québec, 2016, telequebec.tv.
2. En guise d’exemple, le premier Comité exécutif de l’AQHP était alors composé de « Gérald Bernier, professeur au département de science politique de l’Université de Montréal ; Robert Comeau, professeur au département d’histoire de l’UQAM ; Réal Bélanger, professeur au département d’histoire à l’Université Laval ; Jocelyn Saint-Pierre, historien, chef de service à la Bibliothèque de l’Assemblée nationale (archives et reconstitution des débats) ; Michel Lévesque, étudiant au doctorat en histoire à l’UQAM ; Louise Brouillet, étudiante au doctorat en science politique à l’UQAM et Marcel Bellavance, professeur du département de sciences sociales au Collège militaire royal de Saint-Jean ». Voir Marcel Bellavance, « Présentation », Bulletin, vol. 1, n o 1,
1992, p. 1.
3. Ibid.
4. À partir du vol. 3, le Bulletin d’histoire politique a été co-édité par Septentrion (vol. 3 à 4), Comeau&Nadeau Éditeur (vol. 5 à 10), Lux Éditeur (vol. 11 à vol. 17.1) et VLB Éditeur (vol. 17.2 à aujourd’hui). Il est à noter que l’appui de ces maisons d’édition au fil des années, et notamment de VLB Éditeur depuis maintenant 9 ans, a permis au BHP d’avoir accès à un vaste réseau de distribution à travers librairies et bibliothèques, élargissant ainsi son lectorat potentiel, en plus de favoriser la régularité de sa parution, ce qui est largement apprécié des auteurs et abonnés.
5. La première année, le Bulletin a été dirigé par un comité de rédaction formé de Robert Comeau, Jocelyn Saint-Pierre et Michel Lévesque, ce dernier étant remplacé par Michel Sarra-Bournet pour les volumes 2 et 3. La direction a ensuite été assumée par Michel Sarra-Bournet (vol. 4), Robert Comeau (vol. 5 à 20), Robert Comeau et Stéphane Savard (vol. 21 et 22) et enfin Stéphane Savard (depuis le vol. 23).